Souffrance en France ou la banalisation de l’injustice sociale

Ma lecture du moment.

Cet ouvrage du maintenant célèbre Christophe Desjours spécialiste de la psychologie du travail dresse un constat assez noir de l’évolution des relations de travail dans nombre d’entreprises françaises.

Quelques unes de ses réflexions histoire de vous donner envie de le lire :

– on assiste actuellement à une banalisation importante de la violence et de l’injustice dans les entreprises et au dehors pour les chômeurs. La tolérance à ce qu’il appelle « le mal » est devenue la norme. Il rappelle à cet égard qu’en 1980 des experts avaient prédit à la France une explosion insurrectionnelle majeure si le chômage venait à dépasser les 4%. Or aujourd’hui nous dépassons allègrement les 10% et aucune insurrection n’a eu lieu. Selon lui au vu de l’état de la société française actuelle, nous pouvons largement aller plus loin dans l’augmentation du nombre des chômeurs des injustices et des violences sociales. Comment cela a-t’il été possible? Comment l’injustice et la violence au travail a t’elle pu se banaliser à ce point?

– Il précise la grande différence qu’il y a entre une description « gestionnaire du travail » qui en évacue tout subjectivité pour parler en chiffres soit disant indiscutables quoique le plus souvent falsifiés ou mensongers et une description subjective du travail c’est à dire du point de vue des salariés qui elle est absolument différente de la première. Il regrette du reste l’évacuation de la prise en compte de la subjectivité dans les analyses du travail. De cette évacuation de la subjectivité découlent les nouvelles méthodes d’optimisation industrielles et managériales « à la japonaise » et leurs effets délétères sur la santé des individus.

– il décrit avec une précision redoutable les pratiques managériales de travail de certaines entreprises dans le milieu industriel. Pour la petite histoire, Je me suis retrouvé point par point dans cette description d’un système quasi concentrationnaire et quasi fasciste assez affolante qui inflige aux personnes des souffrances extrêmes et malheureusement non prises en compte par la société et non reconnues, qu’on oblige à taire, ce qui favorise des conduites suicidaires au travail.

– il y a de nombreux renvois à diverses analyses du système Nazi qu’il ne cesse de comparer au système de relations sociales et de travail en France.  Selon lui un système de travail ne peut fonctionner que si chacun y apporte son concours zélé. Les acteurs du système nazi ne faisaient pas qu’obéir aux ordres qu’on leurs donnait mais y mettaient tout leur zèle et leur intelligence, exactement comme les « collaborateurs » de l’entreprise d’aujourd’hui. la question est comment cela est-il possible alors que beaucoup savaient pertinemment à quel point le système était injuste et porteur de violence… la thèse de la banalisation du mal et du retournement des valeurs est utilisée pour répondre à cette question sur le monde du travail décrit comme un système extrêmement cohérent et complet. Le fait par exemple de refuser de faire un sale boulot en entreprise (délation, mensonge, manipulation mobbing, harcèlement, etc.) est vu comme un manque de courage par les managers, et un manque de virilité (selon les termes de l’auteur) qui doit amener à se séparer du collaborateur vu comme faible. Il rapproche ces situations des cas ou certains soldats ont refusé de participer à des raffles de juifs lors de la seconde guerre mondiale. Je suis assez d’accord avec cette analyse. Selon moi il n’y a que peu de différence de nature entre ces comportements mais une différence de degrés. Il pose cette question : dans le régime Nazi il y avait utilisation de la force et de la contrainte par la violence pour amener les gens à faire des choses affreuses. Que ne parviendrait-on à obtenir de nous si la force physique violente était aujourd’hui utilisée, au point d’atonie et d’indifférence à l’injustice et à la violence auquel nous sommes aujourd’hui rendu? Ce point est à mon avis le plus fort du bouquin. Il a d’ailleurs été largement critiqué pour cette analyse en tant qu’il assimilait des conduites d’entreprises à un régime totalitaire ce qui est excessif. A mon sens, il n’assimile pas mais compare et cherche à comprendre l’un au regard de l’autre ce qui n’en est pas moins inquiétant au terme de l’analyse.

– Il explore les ressorts de l’adhésion à la culture d’entreprises pourtant violentes et injustes chez leurs salariés pourtant conscients chacun à leur niveau de la perversité du système dans lequel on les fait se débattre.

– il rappelle à quel point le travail peut être porteur de construction et de développement de tous les aspects de la personnalité d’un sujet dés lors que ce sujet parvient à combler le fossé entre le prescrit du travail (méthodes et organisations) et réel du travail (réalité qui oblige à beaucoup d’ajustement avec les procédures pour arriver à ses fins). Les individus investissent dans le travail une part toujours plus importante de leurs ressources psychologiques et de leur identité ce qui amène à beaucoup mieux comprendre le fait qui parait impensable que l’on puisse se suicider à cause de son travail. Dés lors que l’on nie ce travail, qu’on le réduit à néant, on nie et réduit à néant du même coup l’identité du sujet.

– Il rappelle que le système de travail actuel relève de choix politiques humains et non d’une quelconque loi économique naturelle intangible à laquelle personne ne pourrait rien.

Bref je vous le conseille.

ou la banalisation de l'injustice sociale

Déjà publié le 28 October 2010

Comment dégager des économies sur la fonction publique.

En ces temps de vaches maigres, il faut dégraisser la fonction publique et mettre au travail les fainéants congénitaux qui y travaillent. Comment y parvenir?

En utilisant le « lean management » bien sûr…

Le « lean manufacturing » est une méthode de management et d’organisation de production de biens et de services qui a fait ses « ‘preuves » dans diverses entreprises, en augmentant de manière faramineuse les performances et en limitant de manière drastique les gaspillages en temps et en matières premières, le tout avec la participation et le consentement (au moins dans un premier temps) des salariés.

On en voit un exemple dans cet extrait :

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Lisez cet article de « l’usine nouvelle » et pleurez (ou souriez c’est selon)…

http://www.usinenouvelle.com/article/et-si-l-etat-se-mettait-au-lean.N162328

Gageons que les risques psychosociaux ont encore de beaux jours devant eux…

 

 

 

Déjà publié le 8 November 2011