Lettre ouverte d’une crevure néolibérale à un jeune chômeur.

encore je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager cet article trouvé sur rue89 et écrit au premier degré par un patron d’une PME du secteur de l’informatique et du web qui déclare être lui même une crevue néolibérale.

http://eco.rue89.com/2011/01/05/lettre-ouverte-dune-crevure-neoliberale-aux-jeunes-chomeurs-183644

C’est intéressant à plus d’un titre, notamment parce que cela met bien en lumière un certain clivage politico-économico-philosophico-sociologique qui traverse la population française et  surtout pour les réactions qui suivent plus bas et notamment celle-là que j’avoue partager pleinement :

Je ne vois pas ou vous démontrez que vous êtes néolibéraliste, si vous êtes « vraiment » néolibéraliste « aujourd’hui » vous êtes certes un crétin très naif, mais bon… Vous n’êtes pas le seul.

Donc, je travaille moi même dans le web et la vidéos, je suis freelance depuis 5/6 ans. Et je l’ai été dès ma sortie de l’école.
Je vit correctement sans plus, mais je travaille pas trop, car je courre pas après la thune et j’ai suffisamment de talent pour trouver des missions alimentaires rapidement quand j’en ai besoin.

Et des monsieur/madame grosse testicules/gros ovaires, patron de petites agences, j’en ai croisé vraiment beaucoup, des bons patrons de petites boites (qui ne serpillent pas des freelance en négociant les tarifs comme des crevards quitte à avoir un mauvais travail, ou qui ne naviguent pas au sein des SSII toutes pourries), j’en ai croisé très peu par contre.

Mais pour moi vous oubliez plusieurs choses, d’abord tout le monde n’a pas la culture, et les épaules pour être auto entrepreneur ou freelance, il y a beaucoup plus de gens qui préféreront être salarié par … culture.
Des gens à qui la paperasse fait peur aussi, et qui ont du mal à s’en sortir même avec le peu de papiers que demande ces statuts.
Se lancer en freelance ça demande aussi plusieurs choses : un capital de départ pour vivre un certain temps (toucher son chômage quand on a des rentrées de revenus, même si on en a le droit, c’est la mission mensuelle avec les assedics, qui font tout pour nous virer), et pouvoir/savoir communiquer sur son travail, « et stratégifier » cette communication, pas facile pour tous au début.

En fait vous semblez chercher ceux qui vous « ressembleront » dans cette culture de l’entrepreneur, mais cette culture là est encore plus rare chez ceux qui sortent de stage, d’écoles ou ils ont été lessivés par le système de l’entreprise.
Vous faites vraiment peu de cas de ce type qui est prêt a des solutions précaires mais contractuelle, et je trouve ça détestable, c’est comme si vous lui disiez « t’es pas comme moi, t’es une merde vu que tu te défroques au moindre coup de pression, mais bon dans ce monde de merdes tu feras peut être quand même l’affaire », et humainement c’est minable et arrogant…
Professionellement, si je vous sentai comme ça, ou que vous l’étiez avec moi, vous seriez « blacklisté » de mes contacts professionnels, et j’en parlerai à tous mon réseau quand on parlerai de clients, et ces autres freelances hésiteraient beaucoup avant d’accepter une de vos missions, voir refuseraient…
Bref ce genre d’attitude est mal perçue par beaucoup d’entre nous, et nous les freelances, qui sommes aussi des précaires, on a pas besoin de clients de merde non plus au contraire.
Car ce genre d’attitude montre qu’en cas de problème, c’est pas sûr que vous ayez les épaules et la dignité pour rester réglo.

Et enfin la généralisation des statuts de freelance, cache bien une précarisation déguisée du travail, que vous le vouliez ou non, il y a des gens qui en profitent, qui déguisent les salariés, qui les paient peu, et qui en plus n’ont pas à s’acquitter de charges patronales.

Généraliser et proposer cette solution à n’importe qui qui débute, c’est juste irresponsable, pour nous les freelances qui sommes chers et qualifiés, pour eux les débutants qui sont bradés et peu qualifiés : ça précarise tout le monde, et au final ça ne profitera ni aux petites structures, ni aux grandes structures, car le problème de ce statut c’est bien son encadrement très limité…

Dans mon métier les mauvais disparaissent, vivotent ou deviennent salariés.
Les bons freelances perdurent, et montent un jour leur entreprise, mais dans tous les cas pour rester un bon, le meilleur avantage c’est d’avoir un réseau de professionnels qui nous aideront et nous soutiendront, et entre nous les freelances, ce qui compte en premier c’est d’être professionnel, réglos et humainement fiables. C’est la règle tacite. Et elle est valable avec les mauvais clients aussi.

Déjà publié le 5 January 2011

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