Le visage de Dieu

Le livre des frères Bogdanov s’intitule « Le visage de dieu« 

car quand George Smoot (Nobel de physique 2006) a contemplé l’image par téléscope spatial qu’il a pu capter de l’Univers âgé de 380 000 ans après le Big Bang, il s’est exclamé : « C’est comme voir le visage de Dieu ». ]

« Le Big Bang, l’évènement le plus cataclysmique que nous puissions imaginer, à y regarder de plus près, apparaît finement orchestré. »

George Smoot (prix Nobel de physique 2006), Keay Davidson, Les rides du temps Flammarion, 1994

« Sommes-nous au bout de nos surprises ? Non, car surgit aussitôt une nouvelle question : comment, par quel prodige, la constante [cosmologique] elle-même arrive-t-elle au chiffre tellement précis qui est le sien et pas à un autre ? C’est là que les choses deviennent franchement renversantes. En effet, les contributions positives venant des quatre forces de l’Univers et les contributions négatives venant de la matière s’annulent jusqu’à les 120e décimale ! Ce qui veut dire qu’en unités de Planck, la constante s’écrit 0 puis la virgule puis 119 zéros derrière, jusqu’à ce que l’on trouve enfin un chiffre non nul au 120e rang (1) ! Autre manière de voir ce prodigieux réglage : la constante en question a une chance sur un milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de tomber juste sur la « bonne valeur » (c’est à dire la sienne) par hasard ! […] Un tant soit peu plus grande et l’Univers se serait dilaté trop vite pour que les étoiles et les galaxies aient le temps de se former. Au contraire, à peine plus petite et le cosmos se serait effondré sur lui-même depuis bien longtemps.

(1) Au passage, précisons que les unités de Planck représentent un système d’unités uniquement défini à l’aide de certaines constantes fondamentales. Curieusement, les physiciens leurs donnent souvent le surnom d' »unités de Dieu ».

« En d’autres termes, la vie apparaît comme l’expression nécessaire d’un Univers dont le réglage sous-jacent implique que les molécules les plus simples s’organisent en systèmes plus complexes jusqu’à engendrer du vivant. Faisant un pas de plus vers l’intuition d’un ordre profond, le physicien américain (d’origine anglaise) Freeman Dyson, l’un des pères de la chronodynamique quantique, ira même jusqu’à écrire : « Plus j’analyse l’Univers et étudie les détails de son architecture, plus je rencontre de preuves selon lesquelles, dans un certain sens, l’Univers « savait » que nous allions apparaître. Il y a plusieurs exemples saisissants au sein des lois de la physique nucléaire d’accidents numériques qui semblent conspirer pour rendre l’Univers habitable. »

« Contrairement à ce qu’affirme le biologiste Jacques Monod, grand défenseur de l’idée de hasard universel, la vie ne semble pas explicable par une série d’accidents. Il y a aussi peu de chances, comme l’observe le théoricien de la complexité James Gardner (1), que des systèmes complexes soient apparus par hasard dans l’Univers, qu’un Boeing 747 s’assemble spontanément au coeur de la ceinture des astéroïdes, à partir des matériaux environnants. Tout semble au contraire avoir été minutieusement préparé, organisé dans le grand théâtre cosmique pour permettre l’apparition, sur la scène de l’Univers, d’une matière ordonnée, puis de la vie et enfin de la conscience.

(1) James Gardner, The Intelligent Universe : AI, ET, and the Emerging Mind of the Cosmos, New Page Books, 2007

« Ce réglage d’une précision vertigineuse permet-il d’en déduire de facto une Intelligence organisatrice transcendant notre réalité ? C’est peut-être à cette intelligence-là qu’Einstein songeait en 1936, lorsqu’il a répondu (par lettre, quelques jours plus tard) à un enfant qui lui demandait s’il croyait en Dieu : « Tous ceux qui sont sérieusement impliqués dans la science finiront un jour par comprendre qu’un esprit se manifeste dans les lois de l’Univers, un esprit immensément supérieur à celui de l’homme. »

6 réponses sur “Le visage de Dieu”

  1. Quelle est la probabilité que je lise cet email précis au regard de l’existance de l’univers… moins d’une chance sur un milliard de milliard de milliardde milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard demilliard de milliard de milliard de milliard je dirais bien. Et pourtant je le lit. Le fait que quelque chose a une probabilité quasi nulle d’exister ne l’empèche pas d’exister. La probabilité que les atomes de mon corps s’assemblent pour faire mon corps est surement aussi petite. Je ne devrais même pas exister! Et pourtant si. Donc pas besoin de s’extasier devant la précision d’une constante cosmique!

  2. En bref ça ne m’étonne pas que des scientifiques viellissant se mettre à croire en dieu. Je trouve simplement triste qu’ils se réfugient dans un créationisme simplet devant la finesse de l’univers. Bien au contraire, plus je creuse la mécanique quantique et la relativité générale, plus l’évidence d’un jeu de forces aveugles m’aparait. Déterminisme oui, prédéterminisme, non!

    1. Et voilà les noms d’oiseaux qui fusent…

      Essayons de répondre quand-même :

      – « vieillissants » : qui est vieillissant ? Les Bogda ? Ils ont 59 ans, mais leur premier livre, « Dieu et la science » date de 1991, ils avaient donc 40 ans, c’est trop vieux pour toi ? Einstein en 1936 ? Il avait 57 ans, peut-être un peu vieux mais il lui restera encore 19 ans à vivre, et on ne sait pas depuis quand il en est arrivé à ses conclusions métaphysiques. George Smoot ? Il doit avoir la cinquantaine, mais il est rare de recevoir le prix Nobel à 25 ans, il faut avoir fait une carrière et des découvertes conséquentes pour le recevoir. De plus, son livre « Les rides du temps » date de 1994, donc de 16 ans auparavant.

      – « simplet » : ça m’étonnerait que les théories des Bogda soient « simplettes » : le sujet de leurs thèses était : « Qu’y avait-il avant le Big bang » (voir leur livre « Avant le Big bang ».) Selon leurs travaux, avant le Big bang, le temps était sous sa forme « imaginaire pure » (dans le sens des nombres complexes : la partie imaginaire), et le Big bang le fait passer dans sa partie réelle. Avant le Big bang, selon eux, l’Univers n’existait que sous forme d’information (donc immatérielle), et le Big bang le fait passer sous forme de matière, d’énergie, d’espace et de temps. L’Univers existait donc sous forme d’un « codage » (un « code génétique »), ils se demandent alors qui a écrit ce code ? Si tu appelles ça simplet, eh bien je ne sais pas ce qu’il te faut.

      – la probabilité pour que tu lises cet email : il faut prendre en compte les conditions initiales : sachant que nous nous connaissons, que je t’ai dit que j’allais écrire un article, que tu es abonné au Fumier… La probabilité est pas loin de 1… 😉
      « La probabilité que les atomes de mon corps s’assemblent pour faire mon corps est surement aussi petite. » : eh oui, ça s’appelle le miracle de la vie, si tu ne trouves pas ça miraculeux, donc digne de se poser des questions, alors…

      – « les forces aveugles » : une force aveugle qui peut créer un oiseau par exemple… Ou la 7e symphonie de Beethoven, les suites pour violoncelle de Bach, les nymphéas de Monet… Eh bien si cette force est aveugle, qu’est-ce que ça serait si elle voyait ? !! « Pourquoi de la musique plutôt que du bruit ? » se demande Hubert Reeves.

      Non, être croyant n’est pas irrationnel, c’est même très rationnel au contraire…

      Je vais finir par deux citations de philosophes :

      « Attribuer à la spontanéité et au hasard l’existence et la formation du monde sensible, c’est absurdité d’homme qui ne sait ni comprendre ni regarder. Absurdité évidente avant tout raisonnement. » Plotin, Ennéades III, De la Providence

      « Dans la nature, une sorte d’art est à l’oeuvre, une sorte de capacité technique orientée qui travaille la matière du dedans. La forme s’empare de la matière, elle refoule l’indétermination. » Aristote

      On ne peut pas mieux dire.

  3. C’est intéressant de voir comment, à la recherche de l’unité (le fait d’être uni), on arrive à s’opposer (donc désunir) les gens … 😉

    Dieu apporte le dogme, à partir de là, on peux mettre Paris en bouteille ou accepter notre manque de connaissance …

    « l’unique » veille sur nous, peut être que c’est un complexe Freudien (http://fr.wikipedia.org/wiki/Complexe_%28psychologie%29#Complexe_freudien) ? :):)

    PS: j’ai mis le lien du complexe Freudien car la définition vaut le détour :):)
    Un extrait (si si)
    <>

  4. J’ éprouve toujours une sensation inconfortable devant ce type de démonstration de la « nécessité » de Dieu.

    Au commencement l’homme créa une abstraction Dieu , il vit que c’était bon !
    Il y eu un soir, il y eu un matin
    Alors il inventa les mathématiques et la physique afin de comprendre le monde
    Il y eu un millénaire, il y eu deux millénaires
    L’Homme démontra sa première abstraction en utilisant les deux autres.

    A l’aube du troisième millénaire, l’Homme se reposa : sa Création intellectuelle était cohérente.

    Je me demande ce qu’un Bonobo qui partage tant de point commun avec nous pense de tout cela.

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