La religion selon Freud…

Toujours tiré de ce magnifique texte de (70 pages) gratuit (http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/malaise_civilisation/malaise_civilisation.html)

Un autre procédé est plus radical et plus énergique ; il voit dans la réalité l’enne­mie unique, la source de toute souffrance. Comme elle nous rend la vie impossible, on doit rompre toute relation avec elle, si l’on tient à être heureux d’une manière quelconque. L’ermite tourne le dos à ce bas monde et ne veut point avoir affaire à lui. Mais on peut aller plus loin et s’aviser de transformer ce monde, d’en édifier à sa place un autre dont les aspects les plus pénibles seront effacés et remplacés par d’autres conformes à nos propres désirs. L’être qui, en proie à une révolte désespérée, s’engage dans cette voie pour atteindre le bonheur, n’aboutira normalement à rien ; la réalité sera plus forte que lui. Il deviendra un fou extravagant dont personne, la plupart du temps, n’aidera à réaliser le délire. On prétend toutefois que chacun de nous, sur un point ou sur un autre, se comporte comme le paranoïaque, corrige au moyen de rêves les éléments du monde qui lui sont intolérables, puis insère ces chimères dans la réalité. Il est un cas qui prend une importance toute particulière ; il se présente lorsque des êtres humains s’efforcent ensemble et en grand nombre de s’assurer bonheur et protection contre la souffrance au moyen d’une déformation chimérique de la réalité. Or les religions de l’humanité doivent être considérées comme des délires collectifs de cet ordre. Naturellement, celui qui partage encore un délire ne le reconnaît jamais pour tel.

La religion porte préjudice à ce jeu d’adaptation et de sélection en imposant uni­for­mément à tous ses propres voies pour parvenir au bonheur et à l’immunité contre la souffrance. Sa technique consiste à rabaisser la valeur de la vie et à déformer de façon délirante l’image du monde réel, démarches qui ont pour postulat l’intimidation de l’intelligence. A ce prix, en fixant de force ses adeptes à un infantilisme psychique et en leur faisant partager un délire collectif, la religion réussit à épargner à quantité d’êtres humains une névrose individuelle, mais c’est à peu près tout. Il y a, nous l’avons dit, quantité de chemins pour conduire au bonheur, tel du moins qu’il est accessible aux hommes ; mais il n’en est point qui y mène à coup sûr. La religion elle-même peut ne pas tenir sa promesse. Quand le croyant se voit en définitive contraint d’invoquer les « voies insondables de Dieu », il avoue implicitement que, dans sa souffrance, il ne lui reste, en guise de dernières et uniques consolation et joie, qu’à se soumettre sans conditions. Et s’il est prêt à le faire, il aurait pu sans doute s’épargner ce détour.

Je trouve ces deux extraits d’une évidence et d’une grande clareté. Freud sait vraiment dire ce qu’il y a de plus enfoui profodement dans l’homme avec des mots simples. J’ai à chaque fois cette sensation qu’il m’a retiré le « caca » que j’avais devant les yeux!!!

Bien sur pauvres êtres humains, cette vision réaliste ne fait pas de cadeau mais il faut bien faire face au principe de réalité. Ou bien rester indéfiniment dans l’enfance…

Déjà publié le 11 September 2008

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