La vie des seins

Sainte Agathe présentant ses seins sur un plateau, tableau de Zurbaran, Musée Fabre de MontpellierEn linguistique, la démotivation s’applique aux mots ou expressions dont le sens premier n’est plus perçu ; « faire [des] gorges chaudes » signifie, au sens figuré, se répandre en moqueries, mais le sens premier, qui vient de la fauconnerie, s’est envolé : donner à l’oiseau chasseur des morceaux encore chauds et palpitants de la proie qu’il vient de capturer.
La démotivation peut aussi résulter de la synonymie ou de l’homophonie, en parasitant le sens d’une locution : il en va ainsi des saints de glace. Les jours de la fête desdits saints (Mamert, Pancrace et Servais), qui tombaient les 11, 12 et 13 mai, étaient censés s’accompagner des derniers frimas et de gelées tardives. Mais l’expression est souvent comprise seins de glace peut-être à la suite du film de Lautner sorti en 1974 (avec Mireille Darc et Delon) et qui s’intitulait ainsi. Où donc la démotivation va-t-elle se nicher ? avec Mamert, l’homophonie pouvait déjà induire en erreur, surtout s’il portait l’a[u]réole.

Sainte Agathe présentant ses seins sur un plateau, tableau de Zurbaran, Musée Fabre de Montpellier

La suite sur http://correcteurs.blog.lemonde.fr/correcteurs/2006/06/la_vie_des_sein.html

3 réponses sur “La vie des seins”

  1. Je vais rebondir sur la présence de St Agathe pour présenter le blog de mon père avec cet article sur St Agathe justement!
    http://patricetardieu.over-blog.com/article-7064628.html
    Les articles de mon père sont très techniques et s’adressent à un public universitaire. La lecture n’est donc pas facile mais les sujets devraient vous plaire : seins, sperme, sieste, caresse et charcuterie sont au programme…

    Sinon je ne sais pas quoi dire sur le présent article, sauf qu’il est interressant de connaitre le sens d’origine des expressions courantes.

  2. Pour répondre à #100, mon propos était à l’origine d’illustrer le mot « démotivation » …

    En ces périodes de grèves (de démotivation donc) il était intéressant (de mon point de vue) de faire partager un autre sens à ce mot et de rapprocher de la définition « dont le sens premier n’est plus perçu  » les raisons d’une grève …

    Mais peut être que mon esprit tortueux n’a pas su s’exprimer clairement … 😉

  3. J’ais pourtant bien l’impression que les fonctionnaires sont très « motivés » par leur privilèges régaliens (sur les retraites notament) et qu’ils trouvent tout à coup en eux-même des ressources inexploitées pour provoquer toute cette agitation.
    Bien au contraire de ce que tu avances, je dirais que les français se sont enfoncés dans une routine confortable où ils s’ennuient. Ils n’agissent plus, ils réagissent. D’où ce sursaut d’énergie pour faire la grève en réaction au changement. Les français attendent tout de l’état mais ne font rien d’eux-même. Il est ainsi plus facile de dire non à quelque chose que de proposer soi-même quelque chose de constructif. Comme le dit si bien mon ami Tocqueville : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.[…] Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, pré­voyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance; »

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