Douche froide pour les stratèges à 360 deg

A la suite de Radiohead, de nombreux artistes britanniques comme Jamiroquai, Oasis ou Madness, envisageraient de se passer d’intermédiaires pour distribuer leur prochain album sur Internet. Et semblent peu disposés à partager leurs autres sources de revenus avec les labels. Un sérieux accros dans la mise en œuvre de stratégies à 360°.

Quelle mouche a piqué les artistes ? Au mois de juillet dernier, Prince prenait la liberté de faire distribuer gratuitement son nouvel album au Royaume-Uni par un tabloïd et se payait le luxe d’en écouler ainsi trois millions d’exemplaires en un seul jour, au grand dam de sa maison de disques Sony BMG et des distributeurs spécialisés. Une opération destinée à promouvoir une série de concerts prévue à Londres.

Fin septembre, c’était au tour de Madonna de laisser filtrer dans la presse son intention de quitter sa maison de disques Warner Music, après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, pour signer un contrat de 120 millions de dollars avec le promoteur de concerts Live Nation.

« C’est un signe des temps, réagit un professionnel du disque. A ce stade de sa carrière, Madonna réalise qu’elle peut gagner plus d’argent avec ses tournées qu’en sortant des disques. Aussi préfère-t-elle s’associer avec une compagnie qui peut gérer les deux plutôt que de rester pieds et poings liés avec une maison de disques. »

La fin d’une ère

Et la même source de reconnaître : « Avec Internet, vous n’avez plus besoin d’être une maison de disques pour sortir des albums. L’ère des gros labels qui contrôlent la carrière des artistes sera bientôt révolue. »

L’initiative du groupe britannique Radiohead, qui a décidé de distribuer son dernier album In Rainbow directement sur Internet, hors de tout contrat discographique et en laissant la liberté à ses fans de fixer eux-mêmes le prix qu’ils étaient prêts à payer pour le télécharger, n’est qu’une réplique des nombreuses secousses qui agitent le business du disque aujourd’hui et laissent certains de ses exécutifs en état de choc.

Dans la foulée de Radiohead, Jamiroquai et Oasis, deux figures majeures de la pop anglaise sans contrat discographique ou de distribution avec une major, envisageraient de proposer leurs nouveaux matériaux selon le même mode opératoire sur Internet. C’est l’option qu’aurait également retenue Madness, égérie ska des années 80, qui dispose d’une base de fans considérable chez les quadragénaires.

The Charlatans, autre groupe britpop managé par Alan McGee, distribuera son prochain album et deux singles gratuitement sur le site Web d’une radio. « Nous voulons que les gens possèdent la musique et que les artistes – c’est-à-dire nous – détiennent le copyright », a déclaré son chanteur Tim Burgess.

Objectif avoué : attirer plus de monde à leurs concerts et booster leurs ventes de merchandising. Dans le cas des Charlatans, l’opération se révèle payante. Les premiers retours sont si positifs que leur manager envisage de « booker » des salles plus grandes en prévision de leur prochaine tournée. « Nous allons doubler la fréquentation de nos concerts, voire même la tripler », confie Alan McGee.

La formule séduit : « Il y songent tous désormais, considère mon confrère Stuart Clarke de Music Week. N’importe quel artiste de renom, comme Jamiroquai ou Oasis, va maintenant l’envisager comme une option. » Tous ceux, en tout cas, qui peuvent s’appuyer sur leur notoriété et sur les opportunités offertes par Internet pour s’émanciper. A l’instar de Nine Inch Nail, qui vient de rompre avec son label Interscope Records (Universal).

Des intérêts divergents

« J’ai beaucoup de plaisir à pouvoir enfin entretenir une relation directe avec le public, ce que je trouve digne et approprié », écrivait le 8 octobre dernier leur chanteur Trent Reznor sur le site Web du groupe.

« De nombreux autres pourraient suivre, estime David Enthoven, fondateur de ie:music, la société de management de Robbie Williams. Vous devez être sûr de votre base de fans mais pourquoi mettriez-vous toute votre carrière dans les mains d’une maison de disques quand les ventes de CD baissent si vite ? »

Alors que les maisons de disques négocient un virage à 360° pour faire face à la crise du disque et diversifier leurs sources de revenus dans le live, le management d’artistes ou le merchandising, leurs relations avec les artistes se délitent. Peut-être parce que ces derniers voient d’un mauvais œil les premières envisager de gérer l’ensemble de leur carrière, management et concerts compris.

« Plait-il ? Donner les droits des concerts aux majors ? Mais pourquoi ? Il faudrait être dingue, s’insurge ce mois-ci Mick Jagger dans Rock & Folk. […] Pour les remercier d’avoir laissé couler le disque, on leur donnerait le spectacle ? Dites aux groupes de ne surtout pas faire ça ! J’insiste. »

De quoi refroidir les nouveaux stratèges à 360° de l’industrie du disque.

À propos de ce billet

Publié le Publié le 16 octobre 2007 11:53:35 dans Digital Jukebox

http://www.zdnet.fr/blogs/2007/10/16/douche-froide-pour-les-strateges-a-360-degres/?xtor=EPR-100

Déjà publié le 22 October 2007

2 réponses sur “Douche froide pour les stratèges à 360 deg”

  1. J’ai mis cet article car il me semble important que les majors comprènent qu’elles sont des dinosaures qui n’ont plus de raison d’exister. Leur époque est révolues mais elles résistent pour ne pas disparaitre. Et comme elles ont plein d’argent, elles ont du pouvoir sur les politiques, mais pas forcément sur les artistes. Comme ces derniers peuvent enfin se passer d’eux, cela apporte plus de liberté (ce qui est une bonne chose) mais en meme temps plus de responsabilité (ce que les gens n’aiment pas avoir à gerer généralement). On va donc avoir des artistes plus matures qui se prennent en mains et qui pilote leur propre carierre. Mais fini la période faste des majors qui se goinffrent sur leur dos. Enfin quelque chose d’optimiste dans cette société étouffante.

  2. Oui, des métiers apparaissent d’autres s’en vont.
    Ce qui est amusant , c’est que d’habitude ce sont des métier pour les « petites gens ».
    Pour une fois c’est un métier de « riche » : major

    Enfin ne vendont pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
    Comme tu le fais judicieusement remarquer, c’est gens là sont très proche du pouvoir et feront tout ce qui est en leur « grand » pouvoir pour retarder leur propre disparition.

    N’oublions pas que dans ces ventes directes l’état perd beaucoup d’argent sous forme d’impôts non perçus.

    A suivre …

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