Vivre seul et heureux, c’est possible

Alors, il y en a qui se reconnaisse 🙂 ?!

Reprise de l’article de Yvon Dallaire disponible  ICI

La majorité des gens trouve plus difficile de vivre seul qu’en couple. L’on sait, par exemple, que le taux de suicide est plus élevé chez les personnes vivant seules et que les gens mariés vivent plus longtemps et, généralement, plus heureux. La solitude fait tellement peur que nombreux sont ceux et celles qui préfèrent poursuivre une relation insatisfaisante plutôt que de quitter leur partenaire. Pourtant, vivre seul, n’est ni bien, ni mal; c’est seulement une situation précise, tout comme la vie à deux. De même qu’avoir un partenaire n’est pas nécessairement une garantie de bonheur, être célibataire n’est pas non plus une situation désastreuse. Le bonheur n’a rien à voir avec le statut civil.

Nous croyons à tort que, sans partenaire, nous ne sommes pas des personnes à part entière et que notre bonheur dépend d’un être unique et spécial. C’est pourquoi nous partons à la recherche de l’âme soeur (appellation moderne du prince charmant ou de la princesse charmante). L’âme soeur est à la fois une illusion et un signe de dépendance affective.

Actuellement, une personne sur trois vit seule au Québec. Il existe deux types de célibataires: ceux qui choisissent de vivre seuls et ceux qui subissent leur état de célibat. Les célibataires involontaires sont souvent des jeunes gens de 15 à 25 ans qui n’ont pas encore trouvé de partenaire, des divorcés ou des veufs. Mais, de plus en plus de personnes choisissent de vivre seul par choix, pour des raisons professionnelles ou pour profiter de leur solitude afin de faire un bilan ou un cheminement personnel. D’autres personnes ne comprennent pas pourquoi on voudrait limiter sa liberté en partageant sa vie avec quelqu’un.

Quoique plus facilement accepté socialement, les personnes qui vivent seules sont encore l’objet de certains préjugés: des personnes qui ne « pognent » pas; des personnes qui ont mauvais caractère; des homosexuels qui se cachent; un danger pour les couples mariés; des courailleux de 5 à 7; des éternels adolescents qui ont peur de s’engager… Ces préjugés se manifestent souvent par la tendance de leur entourage à vouloir les « matcher ».

D’après la psychologue Vera Peiffer, « On reconnaît une personne seule vraiment heureuse à son absence de fanatisme. Elle n’essaie pas de vous persuader que le célibat est le seul mode de vie acceptable ni que le salut ne réside que dans la vie à deux. Elle apprécie la vie de tout coeur mais garde l’esprit ouvert à la possibilité d’une relation future(…) Elle voit consciemment les avantages du célibat pendant qu’elle est seule tout comme elle discernera les avantages d’une relation de couple quand elle en vivra une » (1).

Les pièges du célibat

Pour éviter que le célibat ne devienne source de malheur, la personne vivant seule doit être consciente des pièges qui la guette. La solitude constitue le premier et principal danger car celle-ci risque de se transformer en isolement. D’où la nécessité pour le célibataire d’avoir une vie active remplie d’activités (sociales, sportives, culturelles…) épanouissantes et de développer des amitiés intimes, durables et asexuées, des deux sexes. La fonction de la solitude est d’être remplie; elle devient alors le moment privilégié pour réaliser les projets personnels.

Certains célibataires n’éprouvent aucun désir sexuel lorsqu’ils vivent seuls ou mettent carrément leur sexualité de côté. De plus en plus d’études (2) démontrent que l’absence totale d’activités sexuelles sur une longue période atrophie la fonction et rend difficile la reprise de la sexualité. Heureusement, la majorité continue d’exercer leur fonction sexuelle en utilisant soit la masturbation, soit les rencontre fortuites et sporadiques (one night stand), soit encore en entretenant un ou plusieurs partenaires avec qui ils échangent des services d’ordre sexuel. Certains font appel aux services de « professionnel(le)s » du sexe. Ce type de sexualité n’est évidemment pas sans risques (MTS) et, souvent, l’un des deux partenaires s’amourache de l’autre.

Le célibataire doit faire des efforts pour organiser des activités solitaires ou sociales afin d’éviter l’ennui, troisième piège du célibat. Il peut alors développer des habitudes agréables (apprendre un instrument de musique), s’impliquer dans des activités (l’apprentissage d’une nouvelle langue) et, parfois, s’obliger à rencontrer d’autres personnes (faire du bénévolat), car le célibataire qui s’ennuie risque de devenir ennuyeux. Toutefois, le célibataire doit faire attention de choisir ses activités et ses amis en fonction de ses propres besoins et non pour fuir sa solitude. Il se doit de viser la qualité, non la quantité.

D’autres pièges concernent la gestion financière, la prise de vacances, la vie sociale, la prise de décision…

Le célibataire malheureux

Les célibataires malheureux sont ceux qui se laissent prendre aux pièges. Vera Peiffer (1) a décrit sept types de célibataires malheureux. Il y a celui qui s’enferme au lieu de rencontrer des gens, le célibataire invétéré; leur chat et la télévision sont leurs meilleurs amis. À l’inverse, il y a celui qui ne peut absolument pas rester seul, le coureur de 5 à 7; il ne reste pas en place, blague, dit avoir beaucoup d’amis mais sombre dans les rencontres surperficielles, l’alcool ou la drogue. Le workaholique constitue un autre type de célibataire malheureux; il fait de l’argent, se paie ce qu’il y a de mieux mais sa vie privée passe toujours en dernier car il n’a jamais un moment à lui.

Le célibataire novice est celui qui passe inapperçu et qui souvent veut passer inapperçu; il est timide, ne sait pas entretenir de conversation, jeune et inexpérimenté; il s’est laissé abattre par quelques échecs amoureux et a développé un cercle vicieux infernal. Il y a aussi le célibataire fanatique, celui qui a peur de s’engager. Contrairement au précédent, il est généralement charmant, spirituel, adorable jusqu’aux premières relations sexuelles, jusqu’au moment où la relation risque de prendre un tournant sérieux; sa devise: n’aime pas, sinon tu seras blessé; il part donc vers de nouvelles conquêtes, sans cesse.

Le célibataire malgré lui est désespéré; il est prêt à sortir avec la première personne qui s’intéresse à lui; il devient aussitôt envahisseur et collant faisant ainsi fuir tout le monde. Finalement, il y a le prétendu célibataire, celui qui vante les mérites du célibat mais reste… marié tellement la peur d’être seul le terrorise; il n’a jamais vraiment vécu seul et est passé des jupes de sa mère aux jupes de sa… nouvelle mère.

Le célibataire heureux

Un célibataire heureux constitue un paradoxe car, étant heureux, il devient un candidat recherché pour former un couple; il pourrait facilement s’accoupler, mais ne le désire pas. Il n’est pas prêt à hypothéquer son bonheur et sa liberté pour former un couple à tout prix. Pourquoi certains célibataires sont-ils heureux et d’autres non?

Probablement parce que le célibataire heureux a accepté le fait de vivre seul et ne cherche pas continuellement à trouver l’âme soeur. Ne sachant pas combien de temps il sera seul, il a tout simplement décidé de prendre du bon temps en attendant de rencontrer quelqu’un qui ajoutera un plus à son bonheur plutôt que quelqu’un qui viendra combler sa solitude, pour ne pas dire son isolement.

Le célibataire heureux est probablement une personne qui a pris conscience qu’elle était au centre de son univers (et non pas qu’elle était le centre de l’univers), qu’elle se devait de partir de son centre pour satisfaire ses besoins, qu’elle possédait des ressources pour trouver les meilleurs moyens pour satisfaire ces besoins et qu’elle était finalement la seule personne responsable de son bonheur ou de son malheur. Elle ne croit pas qu’il faille nécessairement partager sa vie avec un partenaire privilégié pour être heureux, sans être opposée à cette idée. Elle ne se considère pas comme une moitié à la recherche d’une autre moitié; elle se perçoit comme une personne à part entière, tout en étant consciente que certains de ses besoins nécessitent la présence d’une autre personne. Le célibataire heureux ne devient jamais un dépendant affectif, même s’il peut éprouver des peines d’amour.

Être heureux seul demande une bonne estime de soi-même et une confiance, en soi et en la vie, à toute éprouve. Cette personne est capable de s’adapter au changement et recherche le changement pour mettre de la nouveauté et du piquant dans sa vie. Cette personne possède une pensée positive (mais pas une pensée magique) qui l’amènera à être de plus en plus heureuse parce qu’elle aura fait des efforts pour atteindre cet objectif. Elle maîtrise ses auto-verbalisations mentales et transforme chaque pensée critique en pensée constructive.

La personne heureuse entretient une image, physique et émotive, positive d’elle-même. Elle apprend de nouvelles aptitudes sociales (capacité d’écoute, étiquette, se tient informée de l’actualité…) lui permettant d’avoir plus de succès et d’être plus intéressante. Elle sait se faire des amis de qualité, se fie à ses propres jugements, est capable de dire non à ce qui ne l’intéresse pas. Elle ne cherche pas à se faire aimer, mais (et c’est là le paradoxe) à être davantage elle-même et, parce qu’elle s’aime et est ainsi mieux dans sa peau, se fait aimer.

Elle s’investit dans des activités qui l’intéresse, des hobbies qui la passionne et se rend compte que c’est la meilleure façon de rencontrer des gens qui partagent les mêmes goûts qu’elle, donc une certaine compatibilité qui pourrait rendre plus facile le début d’une relation amicale ou amoureuse. Elle invite et est invitée, mais ne se sent pas obligée d’accepter toutes les invitations ni d’inviter n’importe qui pour meubler sa solitude.

La personne heureuse vivant seule est capable d’apprécier les multiples avantages de la solitude, entre autres: la possibilité de tout faire à sa façon, quand bon lui semble; le fait de n’avoir aucun compte à rendre sauf à soi-même; le parfait contrôle de l’aménagement de son environnement; la non-nécessité d’acheter la paix en faisant des compromis; la consécration de tout son temps et de toutes ses énergies à satisfaire ses propres besoins; aucune permission à demander; aucune contrainte, sauf celle qu’elle s’impose; la possibilité de manger et dormir aux heures voulues; aucune perte de temps à attendre après l’autre; la possibilité de se laisser traîner; aucune obligation de s’occuper de l’autre lors d’un party… Le célibataire heureux, lorsqu’il décidera de se mettre en ménage, saura aussi apprécier les multiples avantages de la vie à deux sans regretter le prix à payer, i.e. tous les avantages ci-haut mentionnés, pour être deux.

La personne vivant seule peut même profiter de cet état pour faire des changements importants dans sa vie, comme retourner aux études pour changer d’orientation professionnelle, prendre une année sabbathique pour faire le tour du monde ou travailler à sa croissance personnelle en entreprenant une psychothérapie. Elle peut s’attaquer à un nouveau défi et faire des choses qu’elle ne ferait pas en vivant avec un partenaire ou en famille. La personne heureuse vit au moment présent et s’organise pour se sentir bien là où elle est.

La personne heureuse sait qu’il n’existe aucun état idéal, qu’elle ne peut être à la fois mariée et célibataire; elle sait qu’il y a toujours un prix à payer pour obtenir quelque chose ou vivre avec quelqu’un, mais ne regrette jamais ce prix car elle le considère comme un investissement plutôt qu’un coût. La personne heureuse sait qu’elle est la seule personne avec qui elle devra passer le reste de sa vie et s’organise pour être son meilleur ami. Le célibataire heureux sait que le bonheur n’est pas le but du voyage, mais plutôt une façon de voyager.

Yvon Dallaire
exerce en pratique privée au Centre Psycho-Corporel de Québec
[email protected]

1. Peiffer, Vera, Célibataire et heureux,Éd. Le Jour, Mtl., 1994, 158 p.
2. Dallaire, Pour que le sexe ne meure pas. La sexualité après 40 ans, Éd. Option Santé, Québec, 1999, 272 p.

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Une réponse à Vivre seul et heureux, c’est possible

  1. Bonjour,
    Je viens d’arriver sur votre blog un peu par hasard, et il semblerait que vos lecteurs/lectrices puissent être intéressés par Colocation 40 ans+, site de petites annonces, qui permet aux adultes ou aux seniors qui vivent seuls de se retrouver, en vue de vivre à plusieurs, sous un même toit en colocation.
    A bientôt.
    Cordialement
    P. Lelal
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