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	<title>Notre fumier &#187; liberté</title>
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		<title>Comment protéger sa vie privée sur Internet &#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Jul 2009 07:32:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>eclos</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un internaute soucieux de partager des connaissances de bases sur la sécurité sur internet a ouvert le 25 juillet dernier un wiki consacré aux méthodes de préservation de l&#8217;anonymat, à la protection contre les virus ou encore à la sécurisation des &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/comment-proteger-sa-vie-privee-sur-internet/776">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Un internaute soucieux de partager des connaissances de bases sur la sécurité sur internet a ouvert le 25 juillet dernier un wiki consacré aux méthodes de préservation de l&#8217;anonymat, à la protection contre les virus ou encore à la sécurisation des conversations.<br />
=&gt; <a href="http://free.korben.info/index.php/Les_menaces_contre_notre_libert%C3%A9">http://free.korben.info/index.php/Les_menaces_contre_notre_liberté</a></strong></p>
<p>La page sur le nombre de fichiers en France laisse pantois &#8230;<strong><br />
</strong></p>
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		<title>Pourquoi la constipation est le mal le plus répandu en prison ?</title>
		<link>http://www.notrefumier.fr/pourquoi-la-constipation-est-le-mal-le-plus-repandu-en-prison/633</link>
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		<pubDate>Sat, 25 Apr 2009 13:54:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>job</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jean-Marie Delarue est le le contrôleur général des lieux privatifs de libertés. Nommé en mai 2008, il vient de rendre son rapport une fois de plus accablant sur l&#8217;état de nos prisons. Il passait à la radio l&#8217;autre matin et &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/pourquoi-la-constipation-est-le-mal-le-plus-repandu-en-prison/633">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jean-Marie Delarue est le le contrôleur général des lieux privatifs de libertés.<br />
Nommé en mai 2008, il vient de rendre son rapport une fois de plus accablant sur l&#8217;état de nos prisons.<br />
Il passait à la radio l&#8217;autre matin et je vous ai extrait quelques perles.<br />
La première concerne les soutien-gorges qui sont systématiquement ôtés aux personnes qui sont incarcérées car ils représentent une menace à la sécurité.<br />
L&#8217;absurde est au rendez vous !</p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2009/04/soutien-george.mp3">soutien-gorge</a></p>
<p>Passons maintenant à une question passionnante: En quoi les citoyens &laquo;&nbsp;hors des murs&nbsp;&raquo; que nous sommes sont responsables de l&#8217;état des prisons</p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2009/04/prison-citoyen.mp3">prison-citoyen</a></p>
<p>Un auditeur répond à la même question en termes plus directs, qui ne sont pas sans rappeler certaines propositions d Eclos pour punir les pédophiles.</p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2009/04/tortionnaire-patente.mp3">tortionnaire-patente</a></p>
<p>Je trouve ce point de vue d&#8217;une grande justesse. On a les prisons qu&#8217;on mérite.</p>
<p><span id="more-633"></span></p>
<p>J&#8217;aime assez l&#8217;idée d&#8217;un choix caricatural entre deux options:</p>
<ul>
<li><span style="text-decoration: underline;">La prison ENFER</span>. Elle est utile pour mettre hors d&#8217;état de nuire des individus dangereux pour la société. En ne respectant pas les règles , les personnes qui sont en prisons ont perdu le droit à bénéficier des protections que procure notre société à tous ces membres. Le priorité est donné à la protection des victimes passées ou potentiellement à venir.<br />
Dans ce cadre le recours à la peine de mort est logique. Si une personne est irrécupérable pourquoi la garder en vie.</li>
<li><span style="text-decoration: underline;">La prison PURGATOIRE</span>. Elle est une étape inventée pour permettre à une société de réformer et de réintégrer des individus ayant commis des crimes. Les prisonniers sont donc des citoyens à part entière provisoirement privés de libertés mais dont l&#8217;objectif à plus ou moins long terme est  de réintégrer la société.</li>
</ul>
<p>Ce n&#8217;est pas un débat neuf, et je pense que cela nous donnera encore quelques discussions animées pour nos prochains repas.</p>
<p>Si vous voulez écouter le totale en deux partie de 10 minutes (France Inter 24/04/2009):</p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2009/04/2009-04-24-linvite-dinter-24042009.mp3">2009-04-24-linvite-dinter-24042009</a></p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2009/04/2009-04-24-inter-activ-24042009.mp3">2009-04-24-inter-activ-24042009</a></p>
<p>PS: Pour ce qui est de la constipation, je ne sais pas si j&#8217;ai vraiment besoin de vous expliquer pourquoi,  si on se rapelle que les détenus sont le plus souvent à plusieurs dans des cellules exigues ou les chiottes ne sont pas isolés du reste de la pièce. Mais le mieux et d&#8217;ecouter l&#8217;interview</p>
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		<title>Six degrés de séparation</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jun 2008 16:27:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>eclos</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bush]]></category>
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		<description><![CDATA[Reprenant le vocabulaire des six degrés de liberté qu&#8217;on rencontre en mécanique, cette idée théorique évoque la possibilité que toute personne sur le globe peut être reliée à n&#8217;importe quelle autre au travers d&#8217;une chaîne de relations individuelles comprenant au &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/six-degres-de-separation/283">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Reprenant le vocabulaire des <span class="mw-redirect">six</span> degrés de liberté qu&#8217;on rencontre en mécanique, cette idée théorique évoque la possibilité que toute personne sur le globe peut être reliée à n&#8217;importe quelle autre au travers d&#8217;une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq autres maillons.</p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Six_degr%C3%A9s_de_s%C3%A9paration">Six degrés de séparation</a><br />
<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tude_du_petit_monde">Étude du petit monde</a></p>
<p>Voici maintenant les <a href="http://www.netsoc.tcd.ie/~mu/wiki/">Six Degrees of Wikipedia</a> &#8230;</p>
<p>Allez au paragraphe &laquo;&nbsp;find shortest paths&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Vous trouverez qu&#8217;il y a trois clicks entre &laquo;&nbsp;George W. Bush&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;fool&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il y en a deux entre &laquo;&nbsp;George W. Bush&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;woman&nbsp;&raquo;</p>
<p>Mais il n&#8217;y a qu&#8217;un click entre la vie (life) et la mort (dead) &#8230;</p>
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		<title>Le monde des systèmes et des supersystèmes cognitifs. Conflits et coopérations. Vers le post-humain.</title>
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		<pubDate>Wed, 21 May 2008 15:34:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cento</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Encore un super article passionnant avec pleins de concepts indispensables à une vision lucide du monde. La totalité en deuxième partie. Le modèle de soi qui donne à un système cognitif toute sa puissance compétitive est différent. Il est doté &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/le-monde-des-systemes-et-des-supersystemes-cognitifs-conflits-et-cooperations-vers-le-post-humain/256">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Encore un super article passionnant avec pleins de concepts indispensables à une vision lucide du monde. La totalité en deuxième partie.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Le modèle de soi qui donne à un système cognitif toute sa puissance compétitive est différent. Il est doté d’une propriété qui lui ouvre au moins virtuellement des possibilités innombrables, celle de pouvoir contribuer à la formulation d’hypothèses s’affranchissant des expériences précédemment vécues par le système. C’est précisément en cela que réside la capacité du système cognitif, non pas de s’affranchir des déterminismes, mais de faire des hypothèses ne tenant pas compte des déterminismes déjà expérimentés et mémorisés.</span></p>
<p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Le fait que le modèle du soi propre au système cognitif échappe aux déterminismes linéaires et puisse formuler des hypothèses sur un mode presque aléatoire permet au cerveau d’abord, au corps tout entier du système cognitif ensuite, de se comporter dans le monde réel en machines à inventer. Le bénéfice en terme de compétitivité de l’émergence d’une telle propriété a été immédiat. Le cerveau du système cognitif, enrichi par le modèle (imaginaire ou halluciné) d’un soi pouvant librement imaginer de modifier le monde afin de le transformer a priori, est devenu un compétiteur redoutable à l‘égard des systèmes non cognitifs qui n’évoluent que beaucoup plus lentement et le plus souvent a posteriori seulement d’un évènement perturbateur. </span></p></blockquote>
<p>Ces deux petits extraits m&#8217;ont poussés à la réflexion suivante : l&#8217;avantage de l&#8217;espèce humaine sur toutes les autres formes de vies connues est sa double capacité à transmettre un savoir sous forme de traditions et de remettre en question à chaque génération ces mêmes traditions. Ces deux facultés qui s&#8217;opposent et se complètent, la nouveauté devenant la tradition de la génération suivante, assurent une adaptation permanente des humains à leur milieu, même s&#8217;ils sont la cause des boulversements de leur environement.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Les systèmes cognitifs assemblés en SSC (super systèmes cognitifs) ont très vite, nous l’avons indiqué précédemment, exporté sur des réseaux de supports physiques externes à eux un certain nombre de représentations du monde, construites initialement dans les cerveaux des systèmes cognitifs individuels et s’étant révélées efficaces pour contribuer à la survie de ces systèmes. C’est ce mécanisme qui a donné naissance aux mémoires sociales les plus variées, depuis les mythes jusqu’aux programmes éducatifs enseignés dans les écoles. Si les contenus de ces mémoires ont été conservés et améliorés, ce n’était pas par ce qu’ils étaient vrais dans l’absolu (notion qui n’a pas de sens dans l’approche retenue ici) mais parce qu’ils étaient les plus propres à faciliter la survie des groupes et des individus qui s’y référaient. C’est ainsi que les mythes fondateurs, croyances religieuses et superstitions diverses sont apparus et ont continué à se développer du fait des références utiles à la survie qu’ils apportent aux systèmes cognitifs individuels et aux SSC. Ceci en dépit du fait que ces mythes, au regard des critères de la scientificité que nous allons présenter ci-dessous, ressemblent à des &laquo;&nbsp;mensonges &nbsp;&raquo; ou tout au moins des illusions. </span></p></blockquote>
<p>J&#8217;aime beaucoup cette explication de l&#8217;utilité des illusions! Cela parrait effectivement tellement logique!</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Les contenus des mémoires scientifiques ne sont pas plus « vrais » au sens ontologique que ceux des mémoires mythologiques. Ils sont seulement plus efficaces puisqu’ils représentent la globalisation réutilisable par tous d’un nombre considérable d’expériences « réussies ». Autrement dit, ils contribuent à construire un monde que l’on pourrait dire scientifique ou rationnel qui se superpose au monde naturel et qui le modifie en permanence dans la mesure où la machine à inventer des SSC continue à fonctionner sur le mode de la production de contenus scientifiques. </span></p></blockquote>
<p>J&#8217;ai envie de me revendiquer comme un représentationiste! Il n&#8217;existe pas de réel en soi. Seulement des représentations créées à partir de nos perceptions. On invente un modèle du monde qui nous sert d&#8217;environement d&#8217;interaction. Et l&#8217;on revoit ce modèle à chaque fois que nécessaire pour qu&#8217;il colle à à nos sensations. Ce processus nous permet de nous optimiser et améliorer nos chances de survie.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Les systèmes cognitifs sont en compétition les uns avec les autres. En simplifiant on dira qu’une première lutte pour la survie oppose les SSC scientifiques aux SSC privilégiant des représentations mythologiques. Vu l’efficacité des représentations scientifiques, on pourrait penser que les premiers l’emporteront inévitablement sur les seconds. Mais les connaissances scientifiques, bien qu’étendues, ne peuvent suffire à répondre à toutes les questions que les cerveaux des systèmes cognitifs se posent sur le monde. Donc, au sein même des SSC scientifiques persistent avec succès des représentations mythologiques dont s’inspirent beaucoup d’individus. Elles sont transmises tout naturellement par les langages, qui sont les vecteurs, non seulement des contenus de communication scientifique, mais de la prolifération d’entités informationnelles réplicantes n’ayant rien de particulièrement rationnel et que l’on désigne par le terme de mèmes. </span></p></blockquote>
<p>Mais il y a un défaut à ce processus d&#8217;optimisation. Notre besoin d&#8217;avoir un modèle qui répond à toutes les questions nous pousse à croire à n&#8217;importe quoi plutot que d&#8217;admettre notre ignorance. C&#8217;est tellement simple et évident comme explication du fait religieux! Renforcé par notre mimétisme sociale, la modélisation a ses défauts qui vont à l&#8217;encontre de l&#8217;efficacité.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Par ailleurs et surtout, les corps et cerveaux des individus ou systèmes cognitifs individuels qui se regroupent au sein des SSC scientifiques ne sont pas entièrement dédiés à la construction de représentations scientifiques du monde. Quand il s’agit de corps biologiques (et non de corps artificiels), leurs héritages génétiques provenant de millions d’années d’évolution les laissent sensibles à des motivations qui peuvent venir en contradiction avec la rationalité scientifique (par exemple la défense exacerbée du territoire et la haine de l’autre considéré comme un rival). Au sein même de ceux des SSC que l’on pourrait globalement considérer comme des sociétés scientifiques ou technoscientifiques, les contenus de mémoire mythologiques réactivés en permanence par des héritages génétiques ou épigénétiques persistants depuis le fond des âges peuvent être bien plus nombreux que les contenus de mémoire provenant de la construction scientifiques. Les SSC à ciment principalement traditionaliste ou mythologique, dont certains sont aussi en partie des SSC scientifiques, sont finalement aussi puissants, en termes d’affrontement physique, que les SSC à ciment principalement scientifique. L’issue des conflits darwiniens pour la survie qui les oppose n’est donc pas prévisible.</span></p></blockquote>
<p>C&#8217;est tellement vrai! Quand on voit de grands scientifiques de renom qui font appel au spiritualisme, à dieu ou même l&#8217;âme pour expliquer ce qu&#8217;ils échouent à comprendre, on voit bien à l&#8217;oeuvre ce mécanisme de modélisation.</p>
<p><span style="font-size: x-small; color: #006699; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong><span style="color: #ff0000;"><span style="font-size: small; color: #000099;"><strong><span style="font-size: x-small; color: #339999;"><span id="more-256"></span>Le monde des systèmes et des supersystèmes cognitifs. Conflits et coopérations. Vers le post-humain </span><br />
</strong></span></span></strong></span><span style="font-size: x-small; color: #000000; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">par Jean-Paul Baquiast 20/03/2008</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><em><span style="color: #ff0000;"><span style="font-size: x-small; color: #000099; font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">NB. Ce texte ne vise pas à la scientificité au sens habituel. Il s&#8217;agit plutôt d&#8217;un apologue scientifique visant à concrétiser une vision du monde et de la science à laquelle, d&#8217;une façon bêtement métaphysique (et darwiniste) &laquo;&nbsp;croît&nbsp;&raquo; l&#8217;auteur. </span></span></em></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Appelons système cognitif (de l’américain <em>Cognitive system</em>) toute organisation biologique ou artificielle dotée d’un corps et d’un cerveau et capable de construire au niveau de son cerveau des modèles du monde incluant une image de lui-même (ou de soi). Le terme de système cognitif est préférable à celui de système conscient car ce dernier fait allusion à la conscience, propriété élusive pour laquelle aucune définition opérationnelle ne peut être retenue. Le terme cognitif, au contraire, implique que le système a la connaissance de quelque chose dont l’importance est telle qu’elle permette de le différencier de tous les autres systèmes. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Le système cognitif</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Est-ce le modèle du monde qui est ce &laquo;&nbsp;quelque chose&nbsp;&raquo; dont le système cognitif a connaissance? Pas seulement. Rappelons que tout système biologique ou artificiel doté d’un corps et d’un cerveau, en interagissant par ses organes d’entrée-sortie avec son environnement, identifie dans celui-ci, sur le mode essais et erreurs, des constantes qui pour lui représentent le monde. Ces constantes sont mémorisées dans la mémoire du système et constituent le modèle du monde auquel il se réfère lors de ses actions ultérieures. Ce modèle déclenche des actions en réponse quasi automatiques (stimulus-réponse), quand le système se retrouve confronté à des situations analogues à celles ayant fait l’objet d’une observation ou expérience dont les résultats ont été mis en mémoire.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ce qui fait l’originalité du système cognitif est le fait que le modèle du monde dont il dispose est « habité », si l’on peut dire, par une représentation du système cognitif lui-même, que nous appellerons image de soi. La comparaison parfois faite avec un jeu vidéo est utile. Un système non cognitif, nous venons de le voir, dispose d’un modèle du monde présent en permanence dans sa mémoire. Il l’a construit progressivement par apprentissage en interagissant avec le monde extérieur. C’est l’équivalent du décor visible sur l’écran du jeu vidéo. Mais ce décor est vide. Un système cognitif, au contraire, dispose d’un personnage, ou <strong>avatar</strong> de lui-même, qui le représente en train d’interagir avec le monde. C’est le modèle de soi. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">A quoi sert ce personnage ou modèle de soi ? Nous avons vu précédemment que le propre du cerveau associatif, dans les systèmes non cognitifs comme dans les systèmes cognitifs, est de construire des représentations du monde en élaborant, à partir des expériences précédentes conservées en mémoire, des hypothèses que le reste du corps se charge de mettre à l’épreuve. Ces hypothèses portent toujours sur l’effet positif ou négatif que tel élément du monde perçu par les sens pourra avoir sur la vie ou la survie du système tout entier. Prenons l’exemple d’un système non cognitif tel qu’un cheval non monté se déplaçant au galop sur un terrain varié comportant des haies. Le modèle du monde mémorisé dans le cerveau de ce cheval comporte, consécutivement à des expériences précédentes, deux catégories de haies, celles qui sont franchissables d’un bond et celles qui ne le sont pas. Lorsque le cheval se trouve en présence d’une nouvelle haie, son cerveau construit un modèle de cette haie à partir des informations visuelles qu’il en reçoit. Il compare ce modèle à ceux des haies déjà présentes en mémoire et procède à une hypothèse concernant la possibilité de la franchir ou non d’un bond. Le cerveau commande ensuite au corps de vérifier l’hypothèse qu’il vient de formuler : sauter ou se dérober. Le résultat de l’expérience, qu’il confirme ou infirme l’hypothèse, est enregistré. Il enrichit ainsi le modèle du monde dont dispose notre cheval</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous avons dit que tous les systèmes, qu’ils soient ou non cognitifs, procèdent de même. Les systèmes non cognitifs le font systématiquement et les systèmes cognitifs par défaut, quand ils fonctionnent en mode non cognitif, ce qui est le plus fréquent. Mais quand le système cognitif bascule en mode cognitif, que se passe-t-il ? Revenons sur l’exemple du cheval au galop, considéré comme représentatif d’un système non cognitif (ce qui était peut être un peu désobligeant pour cet animal, dont les capacités cognitives en remontrerait à beaucoup de cavaliers <em>lambda</em>). Dans le scénario retenu, son cerveau n’anticipe pas sur les évènements du monde extérieur. Il se borne à attendre que ceux-ci soient perçus par les sens et plus généralement, vécus par le corps. Ce sont ces perceptions qui déclenchent l’activité de formulation d’hypothèses caractéristiques du cerveau. Nous pourrions pour illustrer ceci nous placer dans la situation d’un apprenti pilote en cours de formation sur un simulateur de vol. Le simulateur, dans sa fonction la plus simple, se limite à faire défiler sur l’écran des scènes face auxquelles le pilote devra réagir, sans pouvoir anticiper sur le déroulement des évènements. Dans une approche de piste simulée, le simulateur se bornera à provoquer des turbulences auxquelles le pilote devra réagir pour corriger son assiette. Le pilote en ce cas ne se comporte pas véritablement comme un système cognitif. Les performances accomplies par son cerveau ne dépassent pas celles du cerveau du cheval précité. </span></p>
<p align="center"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><img src="http://by130w.bay130.mail.live.com/mail/SafeRedirect.aspx?hm__tg=http://65.55.135.121/att/GetAttachment.aspx&amp;hm__qs=file%3d1a60d406-5167-4744-8038-70f2d5be0135.gif%26ct%3daW1hZ2UvZ2lm%26name%3daW1hZ2U3LmdpZg_3d_3d%26inline%3d1%26rfc%3d0%26empty%3dFalse%26imgsrc%3dcid%253aimH&amp;oneredir=1&amp;ip=10.1.106.99&amp;d=d2321&amp;mf=0" alt="simulateur de vol" width="350" height="266" /></span></p>
<p align="center"><span style="font-size: xx-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><a href="http://rafale-f2.france-simulation.com/" target="_blank">Mirage 2000-5 survolant le porte-avions Charles de Gaulle.<br />
Source: http://rafale-f2.france-simulation.com/</a></span>
</p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">La situation est toute autre quand le simulateur fait intervenir un avatar ou image de l’avion auquel le pilote peut donner des ordres. Il peut alors commander à son avatar d’accomplir telles actions au sein du décor, lesquelles provoquent des évènements en réaction qui ne se seraient pas produits en l’absence d’avatar. Dans un exercice d’appontage sur porte-avion, le pilote peut alors décider de se mettre en approche ou au contraire de reprendre de l’altitude. Nous sommes toujours dans la simulation, c’est-à-dire dans le virtuel. Mais les simulations ainsi réalisées peuvent être beaucoup plus variées que si elles se déroulaient séquentiellement. Elles peuvent aider le pilote à maîtriser le moment venu des situations en vraie grandeur qu’il aurait lui-même provoquées pour optimiser le déroulement de son vol. Evidemment, sur un simulateur de vol, c’est le cerveau du pilote qui joue le rôle de modèle du soi en se projetant dans l’avatar. Quelle est la nature du modèle du soi qui intervient dans les systèmes cognitifs ? </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Tout système comportant un corps et un cerveau, qu’il soit ou non cognitif, acquiert un modèle de soi qui fait partie du modèle du monde construit par son cerveau. Mais le modèle de soi du système non cognitif n’est pas proactif. Autrement dit, il ne contribue pas, par des initiatives spécifiques, à la fabrication des hypothèses qui constituent l’activité principale du cerveau. Il fait partie, si l’on peut dire, du décor général dont le cerveau tient compte pour élaborer ses hypothèses. Le modèle du soi du système non cognitif est un modèle du corps, avec ses capacités mémorisées depuis les origines de la vie du système. Il a été construit par le cerveau du système non cognitif de la même façon que son modèle du monde, par apprentissage à partir des informations endogènes (provenant du corps). Un système faiblement cognitif, ou non cognitif, tel un insecte, « connaît » toujours exactement l’état de ses membres dans l’espace. Ces informations endogènes permettent à son cerveau de construire ce que l’on nomme parfois la conscience primaire de soi. Mais les informations correspondant à la construction de cette conscience primaire ne sont pas utilisées dans les hypothèses sur le monde auxquelles procède le cerveau en dehors des situations précises auxquelles le corps sera appelé à s’adapter. Le cerveau d’un système non cognitif, quand il perçoit l’existence d’une haie dans le monde extérieur, simule le saut compte tenu de ce qu’il a mémorisé des capacités saltatoires des jambes. Mais il ne va pas simuler par anticipation la réaction du corps à des situations qui ne se sont pas encore produites, tel que le saut imaginaire d&#8217;une rivière imaginée. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Le modèle de soi qui donne à un système cognitif toute sa puissance compétitive est différent. Il est doté d’une propriété qui lui ouvre au moins virtuellement des possibilités innombrables, celle de pouvoir contribuer à la formulation d’hypothèses s’affranchissant des expériences précédemment vécues par le système. C’est précisément en cela que réside la capacité du système cognitif, non pas de s’affranchir des déterminismes, mais de faire des hypothèses ne tenant pas compte des déterminismes déjà expérimentés et mémorisés. On connaît l’histoire (romancée) de la découverte des premiers outils par des hominiens en train de devenir des systèmes cognitifs à la différence de leurs cousins primates qui ne suivaient pas cette voie. Plutôt que rejeter les noix dont ils ne pouvaient casser l’enveloppe, ils ont entrepris de les casser avec des percuteurs de pierre. Ces hypothèses, mises en expérimentation par le corps du système cognitif, pouvaient échouer : l’hominien s’écrase un doigt et renonce, mais elles pouvaient aussi réussir. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Quand de telles hypothèses réussissent, le système cognitif s’est ouvert une marge d’action dans le monde extérieur qu’il n’aurait jamais découverte s’il était resté enfermé dans la chronologie des évènements s’imposant à lui. Si je m’imagine que je ne suis pas condamné à répéter indéfiniment les comportements anciens, avec leurs déterminismes bien définis, autrement dit si me suppose capable d’inventer un comportement nouveau tel qu’utiliser une pierre pour casser une noix, même si je n’ai jamais vu faire ce geste, il viendra bien un jour où je casserai effectivement une noix, augmentant ainsi mes chances de vie. Mais par quel terme traduire le fait de se supposer capable d’inventer un comportement nouveau échappant aux déterminismes anciens ? Dans la philosophie courante, on dira que c’est faire preuve de liberté. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous n’allons pas ici reprendre ce terme de liberté dont les implications métaphysiques empêchent de rechercher comment, dans l’évolution des systèmes cognitifs, des propriétés nouvelles favorisant l’invention créatrice ont pu être acquises par essais et erreurs au sein de systèmes en compétition pour la survie. Comment le cerveau du premier système cognitif aura-t-il généré l’image d’un soi capable de s’affranchir de certains déterminismes et d’expérimenter librement, hypothèse contraire à toutes les expériences faites jusqu’alors ? On retrouve là une question bien connue, celle de l’origine de la « conscience de soi » dans le règne animal ? Une explication relativement simple consisterait à dire que l’image d’un soi libre d’inventer pourrait n’être que la traduction, au niveau du cerveau associatif, d’un comportement très répandu y compris dans des espèces animales non réputées pour leurs aptitudes à la conscience de soi, qui est le jeu, l’exploration relativement « hors normes » du monde, auxquels se livrent les jeunes de nombreuses espèces, voire les cerveaux non matures d’espèces capables de conscience. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Mais l’hypothèse la plus vraisemblable fait appel à la vie de groupe. Un individu n’est jamais seul. Il est toujours membre d’un groupe plus ou moins important. C’est au sein de ce groupe qu’il se forme – en commençant par observer les comportements de sa mère. On considère généralement que ce sont des mutations apparues dans le cortex associatif de certains primates, sous forme de neurones miroirs (ou hypothèse analogue) qui ont permis, dans chacun des cerveaux individuels, d’associer et de construire par interaction l’image de l’autre et l’image de soi. Lorsque je vois quelqu’un d’autre que je considère semblable à moi cueillir un fruit pour le manger, je suis porté par empathie à faire de même. Ce faisant, je me crois libre de le faire puisque j’imite l’autre que je crois lui aussi libre de cueillir ou ne pas cueillir le fruit. Il ne me vient pas à l’idée que le geste de l’autre est entièrement déterminé. Par conséquent je ne me considère pas non plus comme déterminé lorsque je l’imite. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On voit que le cerveau du système cognitif a placé dans le modèle du monde qu’il s’est construit un modèle du soi ou avatar capable de prendre des initiatives échappant aux déterminismes inscrits dans le modèle du monde. Ces initiatives ne sont jamais totalement indéterminées, ce qui n’aurait pas de sens. Mais elles obéissent à des causes tout à fait extérieures au système, comme l’imitation de comportements ou phénomènes étrangers. Dès que dans le cerveau du système, le modèle du soi a pris (virtuellement) une initiative jamais prise jusqu’alors, le cerveau commande au corps d’expérimenter cette initiative dans le monde réel. Elle aboutira ou n’aboutira pas, mais dans les deux cas, le modèle du monde et le modèle du soi géré par le cerveau du système cognitif se seront enrichis. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Le fait que le modèle du soi propre au système cognitif échappe aux déterminismes linéaires et puisse formuler des hypothèses sur un mode presque aléatoire permet au cerveau d’abord, au corps tout entier du système cognitif ensuite, de se comporter dans le monde réel en machines à inventer. Le bénéfice en terme de compétitivité de l’émergence d’une telle propriété a été immédiat. Le cerveau du système cognitif, enrichi par le modèle (imaginaire ou halluciné) d’un soi pouvant librement imaginer de modifier le monde afin de le transformer a priori, est devenu un compétiteur redoutable à l‘égard des systèmes non cognitifs qui n’évoluent que beaucoup plus lentement et le plus souvent a posteriori seulement d’un évènement perturbateur. Les systèmes non cognitifs modifient certes le monde, mais sans faire appel au cerveau. Ils le font par divers mécanismes de mutation aléatoires liés à leur corps, dont certains réussissent et d’autres pas. Mais ils n’imaginent pas de pouvoir modifier le monde. Aucun circuit ne peut au sein de leur cerveau élaborer de telles intentions. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On n’oubliera pas cependant un point essentiel. Le modèle du soi généré par un système cognitif n’invente pas simplement au hasard, ce qui n’aurait pas de sens, comme nous venons de le rappeler. Il invente essentiellement à partir des informations et exemples visuels apportés par les autres individus du groupe. Mais il invente aussi (et peut-être surtout) à partir du modèle de soi acquis par le système dès sa naissance, informations endogènes venant des capteurs intérieurs qui renseignent sur les capacités du corps, informations mémorisées et disponibles en mémoire résultant des expériences précédemment vécues par le système. Ainsi, s’il me vient à l’idée d’imiter les oiseaux que je vois voler, je ne chercherai pas à procéder comme eux car mon système cognitif sait très bien que je n’ai pas d’ailes. Peut-être imaginerai-je de voler comme un oiseau, mais cette rêverie n’aura pas de suite pratique. Au contraire j’essaierai de mobiliser les ressources dont je dispose, individuellement ou dans le cadre du groupe, pour inventer des substituts au vol de l’oiseau. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Systèmes cognitifs et supersystèmes cognitifs</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On considère généralement que l’individu humain adulte constitue une version particulièrement accomplie de système cognitif. Mais il en existe un certain nombre de versions moins élaborées dans le règne animal et, de plus en plus, sous forme artificielle, dans un nombre croissant d’entreprises travaillant pour la défense, essentiellement aux Etats-Unis. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ceci dit, comme nous venons de le rappeler, ces systèmes, que nous pourrions nommer des systèmes individualisés, ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt. Ils n’auraient jamais pu apparaître et moins encore se développer sans les interactions permanentes qu’ils entretiennent entre eux au sein des groupes qui les réunissent. Nous pourrions considérer que lesdits groupes constituent en fait les véritables systèmes cognitifs, les seuls capables en tous cas d’agir sur le monde et d’y construire des environnements nouveaux. Nous appellerons donc ces groupes des supersystèmes cognitifs (SSC). Ce terme n’a rien d’original pour nous puisque dans la suite des propositions d&#8217; Howard Bloom, nous avons depuis longtemps pris l’habitude d’identifier comme moteurs de l’évolution globale du monde un certain nombre se superorganismes dotés, comme des organismes individuels, bien qu&#8217;à une autre échelle, de corps et de cerveaux.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Mais ces superorganismes sont-ils tous des systèmes cognitifs, autrement dits des supersystèmes cognitifs? Non, puisque dans la plupart des cas, leur cerveau ou ce qui en tient lieu n’est pas capable de construire des modèles globaux du monde et moins encore d’y introduire des modèles du soi présentant le moindre caractère de proactivité. Nous devrons donc les nommer des supersystèmes non cognitifs (SSNC). On trouve de tels SSNC à tous les niveaux d’organisation. C’est le cas d’une termitière, c’est le cas d’une espèce animale répartie sur tous les continents, comme les bactéries et certaines espèces d’oiseaux. C’est enfin le cas, au niveau de complexité le plus élevé, de la Terre toute entière. Certains scientifiques avaient imaginé qu’existait un supersystème non cognitif global (baptisé <strong>Gaïa)</strong> doté de facultés d’autoréparation suffisantes pour lui permettre de résister à des agressions naturelles (par exemple chute de petit astéroïde, variations climatiques spontanées) et continuer à se développer de façon globalement régulée. Mais il apparaît aujourd’hui que faute précisément de disposer de capacités cognitives, les SSNC naturels, qu’ils soient petits, grands ou global (Gaïa), ne semblent pas capables de résister spontanément aux modifications agressives que leur imposent les SSC. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les SSNC, bien qu’infiniment plus présents dans le monde que les SSC, ne génèrent pas en effet dans leur cerveau (quand ils en ont) d’images d’eux-mêmes ni d’ailleurs d’images du monde. Ils ne génèrent donc pas d’hypothèses sur le monde et sur leur soi. Leur cerveau ou ce qui en tint lieu leur sert seulement à la coordination locomotrice sur le mode stimulus-réponse/retard, en réaction aux évènements que l’évolution du monde leur impose. Ils peuvent apprendre à s’adapter aux changements du monde (principalement sur le mode des mutations génétiques réussies), mais sans pouvoir anticiper ces changements. Ils ne peuvent d’ailleurs pas s’adapter aux changements trop rapides ou trop importants. On dira, pour reprendre le terme précédemment utilisé, qu’ils ne sont pas proactifs. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Revenons aux SSC. Les premiers d’entre eux sont apparus dans le monde animal. Ils ont pris une grande extension au sein de l’espèce humaine. On considère généralement que les SSC biologiques se sont développés à partir des individus (individus humains dans le cas de l’espèce humaine). C’est une évidence dans la mesure où seuls les individus sont dotés de cerveaux. Mais les cerveaux eux-mêmes sont des constructions acquises génétiquement en conséquence des interactions entre individus au sein des groupes. Plus généralement, comme nous l’avons rappelé plus haut, ce sont les groupes ou sociétés qui ont permis, par l’imitation puis le langage, la mise en place au niveau du cerveau des individus des images du monde et de soi qui caractérisent les systèmes cognitifs. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les SSC sont évidemment très nombreux et divers. Ils regroupent des individus associés par des modes de vie communs et un tissu plus ou moins dense et permanent de symboles langagiers externalisés, matérialisés et mémorisés au sein de réseaux physiques. Ces réseaux constituent, avec les individus qui y sont connectés, les supercerveaux des SNC. Ces supercerveaux, de même que les cerveaux individuels, hébergent des modèles du monde et des modèles de soi représentant le supersystème cognitif. Pour simplifier, on dira qu’ils assurent les mêmes fonctions que les cerveaux biologiques individuels, malgré leurs profondes différences anatomiques. Les SSC, dans l’espèce humaine ou dans les autres domaines où ils apparaissent (notamment dans le monde de la vie artificielle, sur lequel nous reviendrons ultérieurement) sont, du fait de leur nombre, de leurs différences et donc de leurs exigences de survie pouvant éventuellement s’opposer, en conflit darwinien permanent. Il n’y a là rien de surprenant ni même d’inquiétant. Le moteur de leur évolution, pour eux comme pour tous les systèmes biologique, est la compétition darwinienne pour l’accès aux ressources et le « contrôle du monde ». Cette compétition n’exclut pas, comme on le sait, la coopération et les symbioses. Sans cette compétition, ils ne pourraient pas devenir de plus en plus cognitifs.</span></p>
<p>Nous avons vu qu’à la naissance d’un premier modèle du soi a été l’imitation en miroir par le proto- système cognitif de l’activité d’un système non cognitif extérieur intériorisé comme un soi. Le fonctionnement de la machine à inventer caractérisant les systèmes cognitifs a toujours été alimenté depuis lors par les échanges, de compétition ou de collaboration, avec les autres systèmes cognitifs. Laissé à lui-même, le recyclage interne sans apport de l’extérieur finirait vite en effet par enlever toute dynamique aux capacités d’invention du système cognitif. Le relais du groupe est nécessaire. L’accroissement de taille des SSC par recrutement constant de nouveaux membres individuels, qui semble être un de leurs traits significatifs, s’explique pour cette raison d’efficacité. Plus on est nombreux, plus on innove. On le vérifie aujourd’hui dans le domaine des systèmes cognitifs non biologiques ou artificiels, qui apprennent d’autant mieux à modifier le monde qu’ils sont groupés en essaims.</p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les systèmes cognitifs assemblés en SSC ont très vite, nous l’avons indiqué précédemment, exporté sur des réseaux de supports physiques externes à eux un certain nombre de représentations du monde, construites initialement dans les cerveaux des systèmes cognitifs individuels et s’étant révélées efficaces pour contribuer à la survie de ces systèmes. C’est ce mécanisme qui a donné naissance aux mémoires sociales les plus variées, depuis les mythes jusqu’aux programmes éducatifs enseignés dans les écoles. Si les contenus de ces mémoires ont été conservés et améliorés, ce n’était pas par ce qu’ils étaient vrais dans l’absolu (notion qui n’a pas de sens dans l’approche retenue ici) mais parce qu’ils étaient les plus propres à faciliter la survie des groupes et des individus qui s’y référaient. C’est ainsi que les mythes fondateurs, croyances religieuses et superstitions diverses sont apparus et ont continué à se développer du fait des références utiles à la survie qu’ils apportent aux systèmes cognitifs individuels et aux SSC. Ceci en dépit du fait que ces mythes, au regard des critères de la scientificité que nous allons présenter ci-dessous, ressemblent à des &laquo;&nbsp;mensonges &nbsp;&raquo; ou tout au moins des illusions. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Une révolution est cependant apparue dans la production de ces mémoires collectives, révolution due elle aussi au hasard et conservée par la sélection naturelle du fait de l’efficacité de sa contribution à la survie des SSC. Il s’agit de la révolution apportée par la méthode scientifique. Un certain nombre de SSC, aux alentour de la période dite des Lumières, voire auparavant, dès le XIVe siècle européen, ont expérimenté (là encore par suite d’un hasard heureux) l’intérêt pour la survie de la pratique consistant à mutualiser toutes les représentations du monde présentant à la fois le caractère d’être efficaces en terme d’action sur le monde et celui d’être cumulables avec d’autres analogues. Une représentation du monde provenant d’un mythe est rarement efficace. Elle est encore moins cumulable avec d’autres car la variété des mythes, religions et autres créations de l’imaginaire est sans limite. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les représentations dites par la suite scientifiques accumulées dans les mémoires scientifiques ont été générées par le travail d’un très grand nombre de cerveaux ayant appris par essais et erreurs l’efficacité :<br />
1. des méthodes de formulation d’hypothèses dites déduction, induction et abduction ;<br />
2. des méthodes de vérification d’hypothèses dites de la pratique expérimentale mutualisée ;<br />
3. des instruments d’observation et d’expérimentation physiques prolongeant les appareils sensorimoteurs des « corps » des systèmes cognitifs ;<br />
4. des outils logiques (mathématiques) et épistémologiques permettant de formaliser, rendre compatibles et critiquer les connaissances ;<br />
5. de la mutualisation des connaissances assurée sur un mode universel à travers les années et les continents, même lorsque les systèmes cognitifs contribuant à l’oeuvre commune sont en compétition sinon en guerre les uns avec les autres.</span></p>
<p>Les réseaux numériques modernes constituent aujourd’hui un des meilleurs terrains, comme nous le verrons ci-dessous, de la mutualisation des représentations scientifiques et donc du développement des SSC scientifiques.
</p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les contenus des mémoires scientifiques ne sont pas plus « vrais » au sens ontologique que ceux des mémoires mythologiques. Ils sont seulement plus efficaces puisqu’ils représentent la globalisation réutilisable par tous d’un nombre considérable d’expériences « réussies ». Autrement dit, ils contribuent à construire un monde que l’on pourrait dire scientifique ou rationnel qui se superpose au monde naturel et qui le modifie en permanence dans la mesure où la machine à inventer des SSC continue à fonctionner sur le mode de la production de contenus scientifiques. Les formes de vie, d’intelligence et de conscience artificielle constituent les aspects les plus récents de cette production d’un « nouveau monde » ». Mais comme on le verra, elles sont sur la voie de pouvoir elles-mêmes se transformer en systèmes cognitifs autonomes, éventuellement sans coopération avec les systèmes cognitifs humains, ce que ne peuvent pas faire des SSC tels que « le monde de l’automobile » ou « le monde des énergies fossiles ». Des problèmes ou même des conflits de coexistence pourront en surgir. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Les conflits entre supersystèmes cognitifs</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les systèmes cognitifs sont en compétition les uns avec les autres. En simplifiant on dira qu’une première lutte pour la survie oppose les SSC scientifiques aux SSC privilégiant des représentations mythologiques. Vu l’efficacité des représentations scientifiques, on pourrait penser que les premiers l’emporteront inévitablement sur les seconds. Mais les connaissances scientifiques, bien qu’étendues, ne peuvent suffire à répondre à toutes les questions que les cerveaux des systèmes cognitifs se posent sur le monde. Donc, au sein même des SSC scientifiques persistent avec succès des représentations mythologiques dont s’inspirent beaucoup d’individus. Elles sont transmises tout naturellement par les langages, qui sont les vecteurs, non seulement des contenus de communication scientifique, mais de la prolifération d’entités informationnelles réplicantes n’ayant rien de particulièrement rationnel et que l’on désigne par le terme de mèmes. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Par ailleurs et surtout, les corps et cerveaux des individus ou systèmes cognitifs individuels qui se regroupent au sein des SSC scientifiques ne sont pas entièrement dédiés à la construction de représentations scientifiques du monde. Quand il s’agit de corps biologiques (et non de corps artificiels), leurs héritages génétiques provenant de millions d’années d’évolution les laissent sensibles à des motivations qui peuvent venir en contradiction avec la rationalité scientifique (par exemple la défense exacerbée du territoire et la haine de l’autre considéré comme un rival). Au sein même de ceux des SSC que l’on pourrait globalement considérer comme des sociétés scientifiques ou technoscientifiques, les contenus de mémoire mythologiques réactivés en permanence par des héritages génétiques ou épigénétiques persistants depuis le fond des âges peuvent être bien plus nombreux que les contenus de mémoire provenant de la construction scientifiques. Les SSC à ciment principalement traditionaliste ou mythologique, dont certains sont aussi en partie des SSC scientifiques, sont finalement aussi puissants, en termes d’affrontement physique, que les SSC à ciment principalement scientifique. L’issue des conflits darwiniens pour la survie qui les oppose n’est donc pas prévisible. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Une autre compétition, bien plus aiguë encore, est celle qui oppose les systèmes et supersystèmes cognitifs scientifiques entre eux. Le fait de se référer à des modèles scientifiques ou rationnels du monde ne leur garantit pas un comportement en permanence rationnel ou scientifique. S’appuyer sur des socles communs de connaissance ne les pousse pas nécessairement à coopérer pour accroître celles-ci. La compétition au niveau des représentations scientifiques va d&#8217;ailleurs de soi. Sans elle il n’y aurait pas de progrès des connaissances. Ces compétitions sont d’autant plus vives que, comme nous l’avons vu, les SSC scientifiques comportent aussi de nombreux héritages venant des SSC mythologiques et génétiques. Les SSC scientifiques s’affrontent donc pour tirer de leurs modèles scientifiques des applications, économiques et surtout militaires, propres à augmenter leur puissance. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ces affrontements sont dangereusement à courte vue. Nous voulons dire par là que si les SSC scientifiques sont capables d’anticiper convenablement leur propre devenir, face aux adversaires qu’ils ont identifiés, ils sont incapables de mesurer les conséquences qu’auront leurs conflits sur le monde en général. Ils ne disposent pas en effet des informations suffisantes pour cela. Leur science n’a pas encore acquis la puissance nécessaire. Ceci tient notamment au fait qu’il n’existe pas, sauf de façon embryonnaire, de SSC universel, doté d’une vision globale du monde et d’un modèle de soi lui-même universel, qui puisse émettre des messages d’alerte. Dans ces conditions, on peut craindre que les compétitions entre SSC, même s’ils sont à dominante scientifiques, entraînent à brève échéance des conséquences catastrophiques, d’autant plus catastrophiques qu’elles mettront en œuvre des technologies d’inspiration scientifique. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">En effet, les compétitions entre SSC, qu’ils soient ou non scientifiques, ne se traduisent pas seulement par des conséquences susceptibles d’entraîner soit la complexification et l’enrichissement de certains d’entre eux, soit la disparition de certains autres. Elles retentissent aussi sur l’évolution des supersystèmes naturels non cognitifs (SSNC). Ceux-ci, nous l’avons rappelé, n’ayant pas la possibilité de représenter leur soi d’une façon coactive, sont livrés si l’on peut dire passivement aux initiatives, généralement agressives pour eux, des SSC. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Inutile ici de rappeler qu’une compétition de plus en plus vive a opposé les SSNC aux systèmes cognitifs, ceci dès l’apparition de ces derniers, que l’on peut faire remonter à quelques millions d’année avant le présent. La diversité, l’omniprésence, l’ancienneté de l’histoire évolutive des systèmes non cognitifs (dont l’histoire a commencé il y a environ 4 milliards d’années) leur a longtemps permis de résister avec succès au déploiement des systèmes cognitifs. Mais aujourd’hui, vu la puissance acquise par les SSC scientifiques dans les 50 dernières années, on peut s’inquiéter des conséquences de l’affrontement. On risque de voir s’établir une nouvelle ère d’extinctions massives analogues, mais dues à d’autres causes, à celles déjà subies par la vie terrestre. Le nombre et la variété des systèmes non cognitifs « naturels » risquent de diminuer considérablement, mettant en danger l’écosystème terrestre. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les combats que se livrent entre eux les SSC pour la maîtrise du monde seront, comme nous venons de l’indiquer, des facteurs aggravants majeurs dans la marche à ce désastre. On voit par exemple comment, pour soutenir les conflits qui les opposent, des puissances géopolitiques détruisent systématiquement les ressources naturelles de la planète, compromettant la survie d’innombrables espèces et d’équilibres vitaux, notamment ceux liés à la pureté de l’air et de l’eau. Les avertissements des scientifiques comme ceux des populations ne servent à rien face à la volonté de conquête malheureusement aveugle qui anime les chefs des Etats ou ceux des grandes entreprises. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">De nombreux indicateurs scientifiques fiables, largement diffusés par les réseaux d’information, montrent que, depuis quelques décennies, l’action des humains, des technologies qu’ils développent et des superorganismes sociaux qui les déterminent, conduit à des désastres en chaîne. Ceux-ci pourraient provoquer l’effondrement des civilisations sous leur forme actuelle. Ces désastres sont dorénavant décrits et documentés: explosion démographique, épuisement des ressources, destruction de la biodiversité et des écosystèmes, conflits interhumains généralisés. Le dernier rapport de l’OCDE, publié en mars 2008, conduit aux mêmes conclusions, tout en rapprochant à 2030 au lieu de 2050 l’échéance du non retour.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On pourrait qualifier cette marche au désastre de suicide collectif accepté. En effet, comme indiqué ci-dessus, les messages d’alertes sont très nombreux et convergent, mais les humains, à titre individuel ou au sein des superorganismes qui les réunissent, ne veulent pas ou plutôt ne peuvent pas en tenir compte. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les superorganismes sociaux, armés des technologies de plus en plus efficaces qu’ils développent, sont devenus des machines très puissantes se disputant la maîtrise de l’anthropocène. Chacun d’eux, nous l’avons dit, vise, aussi intelligemment que possible, son intérêt propre, mais ce faisant aucun d’eux n’est capable de prendre en considération la survie de la biosphère mise en danger par leurs stratégies égoïstes. Emportés par la compétition darwinienne, aucun de ces organismes n’est capable, malgré les avertissements des scientifiques et des philosophes, de se réformer pour assurer un développement global bénéficiaire à l’ensemble. Tout se passe comme si la devise de chacun était « Plutôt mourir que se contraindre ».</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ces superorganismes sont en général bien identifiés par la science politique et économique, de même que les processus et procédures grâce auxquels ils fonctionnent en interne et interagissent collectivement. Il s’agit des administrations publiques militaires et civiles (par exemple le <em>Military Industial Congressional Complex</em> aux Etats-Unis), des entreprises grandes ou petites, des groupements d’intérêt divers. On doit y ajouter les Eglises et organisations religieuses, les partis et les groupes de pression multiples. Ils présentent deux faces, une face ouverte et une face cachée. La face ouverte (<em>overt </em>en anglais) est révélée par leurs statuts, leurs politiques de communication et plus généralement leurs comportements visibles. Leur face cachée (<em>covert</em>) est de double nature. Elle découle de structures et comportements maintenus volontairement confidentiels, pour des raisons de compétition stratégique. Mais elle est aussi fonction de déterminismes sous-jacents échappant aux représentants de ces organismes et qui ne pourraient être analysés que par des recherches scientifiques dotées d’outils d’investigation dont elles ne disposent pas encore pleinement. Ainsi les déterminismes génétiques et culturels déjà évoqués plus haut, qui fondent l’attachement au territoire, le rejet de l’autre et les pulsions soit altruistes soit agressives. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous sommes là en présence de systèmes et supersystèmes cognitifs qui, bien que cognitifs, se comportent dans leur compétition comme des mécanismes physiques ou climatiques déterministes, sans modèle de soi suffisamment ouverts pour pouvoir tenir compte d’informations générales concernant l&#8217;état du monde. Ils ne disposent pas de suffisamment d’ouverture sur le monde pour construire des modèles de celui-ci et d’eux-mêmes capables de prendre en considération tous les critères. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous venons de rappeler à propos du mythe de Gaïa que, faute précisément de disposer de capacités cognitives, les systèmes non cognitifs naturels, qu’ils soient petits, grands ou à l’échelle de la planète (Gaïa), ne semblent pas capables de résister spontanément aux modifications agressives que leur imposent les systèmes cognitifs. Quant aux SSC scientifiques, ils n’ont pas encore atteint des tailles et des puissances leur permettant de prendre en compte les intérêts globaux que pourtant ils devraient défendre, au lieu de se combattre aux dépends de ces intérêts. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Apparition de supersystèmes cognitifs scientifiques ouverts</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Qu’en est-il des individus composant les SSC ainsi en train de pratiquement se suicider ? Nous pouvons admettre en simplifiant beaucoup que les humains se répartissent en deux groupes. La majorité d’entre eux ne perçoit pas les dangers ou ne juge pas possible d’agir efficacement pour les prévenir. Beaucoup se consolent en pensant qu’une vie meilleure les attendra dans l’au-delà. Une petite minorité par contre essaye d’analyser les déterminismes auxquels ils sont soumis, afin de prendre les mesures les plus aptes à rendre l’avenir meilleur. Ils croient le faire volontairement ou librement. Mais ils sont en fait déterminés par des facteurs bénéfiques pour leur survie qui s’imposent à eux du fait de leurs statuts dans les groupes. Il s’agit notamment des contenus scientifiques et moraux tissant la représentation commune du monde générée par la coopération de leurs cerveaux au sein de ce que nous appellerons pour faire simple la démocratie citoyenne. On peut penser que le développement proliférant spontané des STIC, qui marque l’évolution du monde actuel vers une phase que certains ont appelé la Singularité pourrait favoriser leur regroupement et le renforcement de leurs pouvoirs politiques. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Face aux risques d’effondrement du supersystème non cognitif Gaïa, du fait des compétitions destructrices entre SSC incapables de prendre la mesure des conséquences globales néfastes de leurs agissements, ne verra-t-on pas naître spontanément des mécanismes correcteurs ? Il en est certainement un qui est en train de se mettre en place. La preuve en est que nous en parlons, ceci parce qu’il commence à prendre forme, par un mécanisme de mutation adaptative s’exerçant au niveau de certains SSC (dont font partie l’auteur de cet article comme sans doute la plupart de ses lecteurs). Il s’agit d’une véritable « émergence », celle de la mise en réseau d’un certain nombre de cerveaux et de corps appartenant à des systèmes cognitifs humains individuels ou associatifs profitant du développement spontané, proliférant, des STIC (sciences et technologies de l’information et de la communication). Aucune volonté supérieure n’a décidé de la création de ces réseaux. Il s’agit d’un phénomène évolutif spontané, analogue à la formation d’autres réseaux, tels que les réseaux bactériens, qui profitent eux-aussi, sinon des STIC, du moins des échanges physiques liés à la globalisation. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ces réseaux de systèmes cognitifs commencent à constituer des SSC transversaux qui se superposent aux réseaux fermés des SSC verticaux. Les systèmes cognitifs individuels qui sont reliés par eux sont comparables aux neurones d’un cerveau global qui s’étendrait progressivement à travers le monde. Même s’ils ne perdent pas les liens verticaux avec le SSC auxquels ils appartiennent, ils acquièrent de nouveaux liens horizontaux entre eux, d’un supersystème vertical à un autre. Les STIC offrent évidemment un terrain favorable au développement de toutes sortes de SSC, qu’ils soient mythologiques ou scientifiques. Les STIC n’offrent donc pas l’assurance que des contenus scientifiques communs pourront se répandre à la surface de Gaïa, pour prendre en compte les intérêts de sa survie. En effet, elles facilitent aussi, comme on le sait, la prolifération de réseaux destructeurs de type terroriste agis par des représentations métaphysiques de monde. En dépit de cette ambivalence, le développement des STIC, accompagné de celui d’autres technologies émergentes, dites aussi nano, bio et cognotechnologies, constitue actuellement le seul facteur perceptible capable de contribuer à la mondialisation d’un SSC fédérateur dont Gaïa serait le corps. Ce facteur serait encore plus efficace si parallèlement les systèmes cognitifs humains changeaient progressivement de nature, adoptant un statut que nous qualifierons pour simplifier de post-humain. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Des supersystèmes cognitifs post-humains</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Si les SSC verticaux peuvent être dits fermés sur eux-mêmes, les SSC horizontaux qui se créeront spontanément, grâce notamment aux STIC, pourront être dits ouverts, surtout s’ils se réfèrent à des contenus ou modèles scientifiques du monde et d’eux-mêmes. La science, nous l’avons dit, possède en effet la propriété, unique à ce jour sur la planète, d’être inductive, expérimentale, instrumentale, cumulable et collectivisable. Sous ses formes les plus récentes et les plus ambitieuse, elle peut être qualifiée d’hyperscience. Les SSC qui se référeront aux versions les plus ouvertes de cette hyperscience devraient donc pouvoir recruter de nouveaux membres dans toutes les parties du monde. Dans une vision optimiste de cette évolution, on pourrait admettre que s’ouvrirait alors une opportunité évolutive de grande portée. Il s’agirait de la construction du supercerveau qui manquait au supersystème non cognitif Gaïa, le transformant en un ensemble de SSC en symbiose, lequel ensemble serait doté notamment d’une représentation de soi globale. Dans ce cas, on pourrait espérer que cette représentation de soi générerait des hypothèses dont certaines, en cas de succès, pourraient contribuer à la sauvegarde de Gaïa. Les systèmes cognitifs individuels qui participeraient à la fois aux SSC verticaux fermés et au SSC horizontal ouvert pourraient faire remonter au sein des systèmes verticaux des informations relatives aux risques que ces derniers font courir à l’ensemble en refusant de prendre en compte les impératifs de survie de Gaïa. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On voit que la clef de cette évolution salvatrice limitant les effets d’une compétition aveugle entre SSC verticaux seraient des systèmes cognitifs individuels jouant le rôle de passeurs entre le vertical fermé et l’horizontal ouvert. Ils le feront d’autant plus aisément qu’ils subiront des évolutions leur permettant, sans les nier entièrement, de s’affranchir des adhérences les plus pénalisantes à leurs SSC originels et d’acquérir de nouvelles qualifications les rendant aptes à s’intégrer à des SCC horizontaux ouverts. Concrètement, si ces systèmes cognitifs individuels sont des humains, ils devront les plus pénalisants et archaïques des déterminismes génétiques et culturels qui les enferment dans leurs groupes et les empêchent de s’ouvrir à des perspectives plus larges. Ils devront acquérir de nouvelles propriétés, de type technologiques mais aussi intellectuelles et morales, les rendant aptes à la coopération et à l’invention en réseau ouvert. Autrement dit, on pourrait dire, en reprenant une terminologie de plus en plus utilisée, que ces nouveaux humains devront devenir des post-humains. Ils s’affranchiraient d’un certain nombre des héritages génétiques et culturels des humains traditionnels et pourraient acquérir, grâce aux nombreuses « augmentations » rendues disponibles par l’évolution technologique, de nouvelles capacités fonctionnelles, tant sur le plan des performances physiques que mentales. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Si dans le même temps des systèmes cognitifs artificiels se sont développés et sont entrés en compétition avec les post-humains, il y a tout lieu de penser que cette concurrence aura des effets favorables. Elle pourra prendre la forme de coopérations réussies ou de symbioses unissant les représentants des deux catégories de partenaires, systèmes cognitifs humains d’une part, systèmes cognitifs artificiels d’autre part (sur le modèle de celui proposé par Alain Cardon). Une nouvelle sorte de SSC mixtes, biologiques « augmentés » et artificiels, en résultera, dont les capacités à prendre en compte les intérêts de survie de Gaïa seront considérablement accrues. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Evidemment, la compétition entre les systèmes biologiques et les systèmes artificiels n’aboutira pas nécessairement à des symbioses favorables. Elle donnera nécessairement lieu aussi à des conflits destructeurs, illustrés dans la littérature de science fiction par le thème des guerres entre robots et humains. Mais par définition, ces conflits étant destructeurs élimineront les systèmes individuels humains ou robotiques incapables de coopérer et laisseront survivre ceux capables de coopérer. Des post-humains augmentés ou des robots humanisés y laisseront la vie. Mais d’autres survivront dotés des qualités conjuguées des uns et des autres. Il n’y aura rien d’original à cela. C’est bien ainsi que, dans le monde biologique ayant dominé la Terre jusqu&#8217;à ces derniers siècles, des espèces vivantes que rien ne prédestinaient à s’entendre ont, de conflits destructeurs en conflits destructeurs, fait apparaître des espèces symbiotiques nouvelles, enrichies des qualités des individus ayant trouvé la voie de la coopération au lieu de celle de la destruction mutuelle. </span></p>
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<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">© Automates Intelligents &#8211; 25/04/2008</span></p>
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		<title>Pouvoir : et si nous aimions être dominés ?</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Mar 2008 15:46:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cento</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Et si l’homme n’était pas cet être assoiffé de liberté qu’on nous dépeint souvent mais celui que le pouvoir subjugue au point de s’y soumettre de soi-même?? C’est l’hypothèse impertinente que posait déjà La Boétie au XVIe siècle. http://www.scienceshumaines.com/pouvoir&#8211;et-si-nous-aimions-etre-domines-_fr_21999.html Si &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/pouvoir-et-si-nous-aimions-etre-domines/204">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="entete gras">Et si l’homme n’était pas cet être assoiffé de liberté qu’on nous dépeint souvent mais celui que le pouvoir subjugue au point de s’y soumettre de soi-même??<br />
C’est l’hypothèse impertinente que posait déjà La Boétie au XVIe siècle.
</p>
<p class="entete gras"><span id="more-204"></span></p>
<p><a href="http://www.scienceshumaines.com/pouvoir--et-si-nous-aimions-etre-domines-_fr_21999.html">http://www.scienceshumaines.com/pouvoir&#8211;et-si-nous-aimions-etre-domines-_fr_21999.html</a></p>
<p>Si Étienne de La Boétie s’était exprimé dans le langage d’aujourd’hui, il se serait probablement exclamé: mais ils sont masos ou quoi? Dans le <em>Discours de la servitude volontaire</em>, écrit dans le courant du xviesiècle, il constate avec effarement qu’un <em>«?million de millions d’hommes?»</em> vit sous le joug d’une tyrannie féroce et se complaît dans cette situation d’asservissement généralisé. Il s’agit là d’une véritable énigme?: comment se fait-il que l’homme, qui est né libre, se retrouve dans les fers et se plie de lui-même à la domination d’un pouvoir inique?? Selon l’ami de Montaigne, l’origine de la tyrannie ne réside pas dans la lâcheté ou dans la crainte du peuple, qui n’aurait d’autre choix que de se soumettre à un régime répressif permanent. C’est bel et bien la <em>«servitude volontaire»</em> des hommes qui permet de rendre compte de leur oppression. Étrange paradoxe?: l’état d’esclavage n’est pas subi mais voulu par ceux-là mêmes qui le connaissent. En l’occurrence, les hommes désirent être malmenés et spoliés par le tyran, et c’est une telle disposition qui sert de fondement au pouvoir politique. Celui-ci ne peut se déployer dans toute sa violence que dans la mesure où les individus ont la volonté constante de tendre le bâton pour se faire battre.<br />
L’hypothèse de La Boétie laisse donc entrevoir que le pouvoir, ici appréhendé sous la forme extrême de la tyrannie, est l’obscur objet du désir… des dominés eux-mêmes. Le ressort d’un tel phénomène doit être recherché dans le domaine des croyances et des représentations dont le pouvoir est le dépositaire. Les hommes sont comme <em>«enchantés»</em> et <em>«?charmés?»</em> par le tyran et la servitude volontaire est inséparable d’une telle fascination. C’est l’image d’une autorité omnipotente et s’appliquant à l’ensemble du corps politique qui capte et séduit les gouvernés.</p>
<h2>Foule subjuguée</h2>
<p>Le processus psychologique à l’œuvre relève de l’identification?: chaque homme s’identifie au tyran et croit incarner le pouvoir par le biais de cette projection imaginaire. C’est ainsi le fantasme de ne faire qu’un avec celui qui exerce la domination qui explique la tendance à se soumettre de soi-même à un ordre marqué par l’oppression continuelle. Ce fantasme devra être savamment entretenu par le tyran, en permanence soucieux de sa popularité et de sa capacité à subjuguer les foules. Il s’agira pour le pouvoir de maintenir son emprise sur le peuple en le rendant un peu plus maso encore…<br />
Le concept de servitude volontaire situe par conséquent l’analyse du pouvoir non du côté des éventuelles pulsions sadiques de ceux qui le possèdent, mais du côté de l’obéissance aveugle de ceux qui s’y plient. Une obéissance qui semble intériorisée et ancrée profondément dans le psychisme des individus. Il n’est donc pas étonnant que la psychanalyse se soit saisie du problème, en étudiant les mécanismes inconscients de la domination. Dans son article de 1921 intitulé «?Psychologie des foules et analyse du moi?», Sigmund Freud prend l’exemple de formations collectives organisées comme l’Église catholique ou l’armée. Nous sommes en présence de masses humaines qui sont <em>«?avides d’autorité?»</em> et ont <em>«?soif de soumission»</em>. Cette aspiration se concentre sur la figure tutélaire du meneur, soit du prédicateur représentant le Christ soit du commandant en chef. Ce <em>leader</em> charismatique apparaît comme un substitut symbolique du père et fait office d’un <em>«?idéal du moi?»</em>, c’est-à-dire d’un modèle auquel chaque individu souhaite se conformer. La logique d’identification fonctionne à nouveau ici?: les hommes se projettent dans la personne investie du pouvoir et sont de ce fait prêts à le suivre quoi qu’il en coûte. De même, car ils abandonnent leur narcissisme et portent leur affection sur un même être perçu comme extraordinaire, les membres de la foule s’identifient les uns aux autres, ce qui crée une communauté fusionnelle. La cohésion des masses étudiées par Freud repose <em>in fine</em> sur des liens de nature libidinale: les individus qui les composent aiment leur chef et vivent dans l’illusion que celui-ci les aime en retour d’un amour égal.</p>
<h2>Un consentement éclairé??</h2>
<p>Des moyens tels que la manipulation idéologique et la propagande doivent permettre de renforcer ces attachements émotionnels et de conforter cette conviction, en favorisant l’essor d’un culte de la personnalité. Le désir des dominés, articulé à leur besoin d’identification, se trouve à la racine de l’autorité… Une servitude volontaire revue et corrigée à la lumière de l’inconscient, en somme.<br />
Mais en suivant cette pente, n’est-on pas conduit à adopter une vision purement aliénante du pouvoir? Chez La Boétie, les hommes sont fascinés par le tyran, chez Freud, les foules sont hypnotisées par le meneur. Une dimension essentielle se voit occultée, au grand dam de ces auteurs?: celle de la liberté ou de l’autonomie des êtres qui sont confrontés au pouvoir. Or, il est possible d’envisager une autre approche où celui-ci ne s’appuie pas sur une soumission de type psychologique mais sur un consentement éclairé des individus qui en font l’expérience.<br />
Revenons à la philosophie politique. Toute une tradition a cherché à concilier liberté et pouvoir en montrant que ce dernier naît d’un contrat ou d’un pacte, ce qui suppose un choix réfléchi de la part des hommes qui le concluent. Le philosophe anglais John Locke est emblématique du versant libéral de cette tradition: dans le <em>Traité du gouvernement civil</em> (1690), il défend la thèse selon laquelle ce sont les individus eux-mêmes qui décident par convention d’instituer la société civile et le pouvoir politique qui en est le corollaire. L’État est créé afin d’arbitrer de manière impartiale les conflits et de garantir les libertés fondamentales, au premier rang desquelles la propriété et la sécurité.</p>
<h2>Le droit de révolte</h2>
<p>Telle est sa mission première, et elle lui est confiée par les hommes qui acceptent d’obéir aux lois censées protéger leurs droits inaliénables. L’assujettissement n’est donc plus de mise, dans la mesure où le pouvoir ne se soutient que du consentement actif du peuple. De même, nul désir énigmatique d’être dominé, mais une adhésion rationnelle aux impératifs de la vie en commun et un rapport de confiance aux institutions en place. Et J.Locke de pousser dans ses derniers retranchements une telle conception: si le pouvoir politique dégénère en absolutisme ou en tyrannie, s’il use de ses prérogatives de manière arbitraire au lieu de défendre les libertés des individus, alors ces derniers ne sont plus tenus d’obéir. Le peuple possède un droit de résistance dès lors que le pacte originel a été brisé, et ce par les hommes au pouvoir eux-mêmes. Il ne s’agit pas tant ici de justifier la rébellion violente que de lancer un appel solennel?: si les hommes se retrouvent dans une situation d’oppression manifeste, ils ne doivent pas se résigner à la servitude?; il est nécessaire qu’ils se prennent en main afin de renverser le régime devenu illégitime et de jeter les bases d’un nouveau gouvernement. Certes, J.Locke n’entre pas dans le détail des modalités de l’insurrection populaire, mais le principe qui sous-tend son propos est clair?: seule la volonté d’être libre permet de s’ériger contre la domination politique injustifiée et les formes de passivité qu’elle est susceptible d’entraîner. La Boétie n’est pas loin?: pour ce dernier, la sortie de l’esclavage ne passe pas par un tyrannicide sanglant, mais par le développement du refus de servir. C’est l’affirmation d’un véritable désir de liberté émanant du peuple qui mettra définitivement fin à l’ère de la servitude volontaire. Tel un colosse aux pieds d’argile, le tyran s’effondrera dès lors que les hommes cesseront d’être subjugués par sa figure et de croire en sa toute-puissance.</p>
<h2>L’insoumission de la liberté</h2>
<p>Le pouvoir se heurte ici à des résistances qui sont l’expression de l’autonomie des gouvernés. Une autonomie qui peut être suspendue dans les cas de fascination pour l’autorité, mais qui doit être supposée et exercée afin que les individus reconnaissent la légitimité du pouvoir et ne s’inclinent pas mécaniquement devant lui. Le postulat de la liberté et l’idée selon laquelle l’existence même du pouvoir implique la possibilité de telles résistances se retrouvent dans les analyses d’un penseur nettement plus proche de nous, à savoir Michel Foucault. Il est vrai que ce dernier réfléchit sur la question du pouvoir dans une optique spécifique: il ne s’intéresse pas en priorité au pouvoir politique, c’est-à-dire aux institutions publiques et aux règles juridiques par lesquelles l’État organise la vie des citoyens. De manière générale, le pouvoir ne doit pas être conçu comme l’ensemble des mécanismes permettant aux gouvernants d’assurer leur domination sur les gouvernés. Selon M.Foucault, le pouvoir définit essentiellement un type de relation entre les individus; il renvoie à un processus concret au terme duquel certains hommes déterminent la conduite d’autres hommes. Or, une telle conception pose la problématique des rapports de force qui s’instaurent dans la mise en œuvre du pouvoir. Et dans un article de 1982 baptisé «Deux essais sur le sujet et le pouvoir?», M.Foucault refuse explicitement d’envisager ces rapports sous l’angle de la servitude volontaire. Le désir d’être esclave et l’amour du maître sont des hypothèses mystérieuses qui masquent le fonctionnement réel du pouvoir?: celui-ci s’exerce sur des <em>«?sujets libres?»</em>, sur des individus ou des groupes qui sont toujours en mesure d’adopter des <em>«stratégies de lutte»</em>, de refus ou de contournement des actions qui leur sont prescrites. <em>«?L’insoumission de la liberté?»</em> et les résistances diverses qui en sont la manifestation constituent le réquisit et le pendant irréductible de toute relation de pouvoir. Il n’en résulte pas une opposition binaire entre la liberté et le pouvoir, mais un rapport dynamique marqué par l’incitation et la provocation permanentes. De telles analyses ont été relayées de manière concrète par la sociologie des organisations <em>(encadré p.?62)</em>.<br />
Ainsi, ce qui se laisse à penser, de La Boétie à M.Foucault, c’est que les hommes ne sont jamais totalement démunis face au pouvoir. À la différence de la violence pure qui impose une contrainte physique de fait, celui-ci repose sur des croyances et des formes de reconnaissance qui peuvent à tout moment être ébranlées. Qu’il nous amène à agir d’une façon déterminée ou qu’il nous hypnotise, le pouvoir apparaît dans toute sa précarité dès lors que la liberté reprend ses droits. La piqûre de rappel n’est pas simple à administrer, mais elle a au moins le mérite d’exister?: finalement, face au pouvoir, nous ne sommes peut-être pas obligés d’être masos…</p>
<h3>Lire aussi &nbsp;&raquo; <em><a href="http://www.scienceshumaines.com/au-coeur-des-rapports-de-force_fr_22000.html">Au cœur des rapports de force</a></em> &laquo;&nbsp; </h3>
<h2>Aristote (-384/-322)</h2>
<p><!-- (article) --><br />
L’homme est un <em>«?animal politique?»</em> qui vit naturellement dans la cité. Fort de cette thèse, Aristote propose une typologie des gouvernements, de la monarchie à la démocratie, et s’interroge sur les critères de leur légitimité morale. Un régime apparaîtra comme juste s’il sert l’intérêt commun et promeut l’égalité des citoyens. Ces conditions peuvent être atteintes si la constitution prévoit un système d’alternance entre les gouvernés et les gouvernants, ce qui rend possible la participation de tous à l’exercice du pouvoir.</p>
<h2>Nicolas Machiavel (1469-1527)</h2>
<p><!-- (article) --><br />
Dans <em>Le Prince</em> (1513), Machiavel expose les techniques permettant à l’homme qui a acquis le pouvoir de maintenir son autorité. Si la nécessité l’exige, il doit savoir se faire <em>«?lion?»</em> et <em>«?renard?»</em>, et employer des moyens comme la violence et la ruse. La conservation du pouvoir est un enjeu primordial qui légitime le recours au mal et implique ainsi une émancipation de la politique par rapport à la morale. Le prince doit également s’attacher les faveurs du peuple en se faisant aimer et craindre de lui.</p>
<h2>Thomas Hobbes (1588-1679)</h2>
<p><!-- (article) --><br />
Ce philosophe anglais est un théoricien du contrat social comme origine du pouvoir politique. Dans le <em>Léviathan</em> (1651), il forge l’idée d’un état de nature où les hommes se livrent des conflits incessants et vivent dans l’insécurité permanente. Pour se sortir de cette <em>«guerre de tous contre tous»</em>, ils concluent un pacte par lequel ils abandonnent leurs prérogatives naturelles à une puissance souveraine. L’État est donc créé afin d’assurer la paix civile, et il peut s’arroger tous les droits pour remplir cette fonction.</p>
<h2>Hannah Arendt (1906-1975)</h2>
<p><!-- (article) --><br />
S’élevant contre toute une tradition, Hannah Arendt refuse de penser le pouvoir sous l’angle de la domination. Selon elle, le pouvoir est une force positive irréductible à la violence et qui est l’attribut non d’un individu isolé mais d’un groupe. Il naît lorsque des hommes décident de se rassembler, de se concerter et de prendre des initiatives en commun. Le pouvoir constitue une dynamique collective d’action qui s’incarne dans l’histoire au travers des mouvements de révolution ou de contestation des autorités établies.</p>
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		<title>Sapere aude !</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Mar 2008 00:58:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cento</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de son enfance dont il est lui-même responsable. Enfance, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d’autrui, enfance dont il est lui-même responsable puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.<br />
<span id="more-197"></span>La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les ai affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, des enfants, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteurs des premiers. Il est si aisé d’être un enfant ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes et des femmes tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant pour devenir adulte, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc où ils les ont enfermées. Ils leur montrent les dangers qui les menacent, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai. Il est donc difficile pour chaque individu de sortir de la enfance, qui est presque devenue pour lui naturelle.</p>
<p align="right">Emmanuel Kant, dans <em>Qu&#8217;est-ce que les Lumières</em></p>
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		<title>Le divin marché</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Dec 2007 22:51:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>job</dc:creator>
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		<description><![CDATA[test <a href="http://www.notrefumier.fr/le-divin-marche/57">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Est ce que la société libérale n&#8217;est  pas en train de nous enfermer dans une logique de l&#8217;argent et de l&#8217;égoïsme.</p>
<p>Interview de Dany-Robert Dufour qui a écris :</p>
<p><a href="http://www.amazon.fr/Divin-March%C3%A9-r%C3%A9volution-culturelle-lib%C3%A9rale/dp/2207259145%3FSubscriptionId%3DAKIAJM4TYXISRK2BVY2Q%26tag%3Dnotrefumier-20%26linkCode%3Dxm2%26camp%3D2025%26creative%3D165953%26creativeASIN%3D2207259145"><img src="http://ecx.images-amazon.com/images/I/412QkFwca7L._SL160_.jpg" alt="" /></a></p>
<p><span style="color: #333399;">L&#8217;auteur cite <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Mandeville" target="_blank"> Bernard de ManDeville </a> qui énonçait &laquo;&nbsp;Les vices privées font la vertus publique.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p><span style="color: #333399;">Sa thèse principale est que les actions des hommes ne peuvent pas être séparées en actions nobles et en actions viles, et que les vices privés contribuent au bien public tandis que des actions altruistes peuvent en réalité lui nuire. Par exemple, dans le domaine économique, il dit qu’un libertin agit par vice, mais que « <em>sa prodigalité donne du travail à des tailleurs, des serviteurs, des parfumeurs, des cuisiniers et des femmes de mauvaise vie, qui à leur tour emploient des boulangers, des charpentiers, etc.</em> ». Donc la rapacité et la violence du libertin profitent à la société en général.</span></p>
<p><span style="color: #333399;">Il inspira mon &laquo;&nbsp;grand ami&nbsp;&raquo; Adam Smith.</span></p>
<p><span id="more-57"></span>Dany Robert Dufour explique que la liberté est une ennemie du marché  qui veut nous connaitre pour mieux nous offrir tous les biens qu&#8217;il peut produire</p>
<p>Nous ne sommes pas individualistes mais égoïstes.</p>
<p>Cette égoïsme facilite la constitution de grand troupeau que l&#8217;on peut mener ou on le souhaite.</p>
<p>On abouti à la création d&#8217;un être nouveau qui ne s&#8217;appartiennent plus. La morale s&#8217;estompe pour faire la place à une recherche  de la jouissance à tout prix.</p>
<p>On crée une économie de jouissance au lieu d&#8217;un économie de désir. Le désir est toujours inassouvi et permet de se surpasser, la jouissance est sans lendemain, elle n&#8217;est au mieux qu&#8217;une répétition</p>
<p>La visée du siècle des lumières était que chacun puisse oser penser par lui même. C&#8217;est cela le véritable égoïsme</p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2007/12/divinmarcheeurope1.mp3" target="_blank">Le divin marché (Europe1) (mp3). (7 minutes)<br />
</a></p>
<p>Je trouve que son analyse donne un peu souvent dans le cliché, sans apporter vraiment de solutions, mais il y a  quand  même quelques idées sympa.  Surtout les idées de ce Bernard de Mandeville qui permettent de quasiment tout justifier.</p>
<p>Je peux avoir des actions contraires à la morale, mais dont les conséquences après coup s&#8217;avèreront bénéfiques. Une sorte de moralité par la bande <img src='http://www.notrefumier.fr/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';-)' class='wp-smiley' /> </p>
<p>Je truande dans la file d&#8217;attente pour que les organisateurs s&#8217;aperçoivent du problème et mettent en place un système plus efficace.</p>
<p>Je vole dans les supermarché ce qui provoque l&#8217;embauche de vigiles supplémentaires.</p>
<p>Y a vraiment un côté pervers à fouiller &#8230;</p>
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		<title>Coupable mais pas responsable</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Nov 2007 21:00:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>job</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[justice]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour faire suite à l&#8217;article Rétention de sûreté et déclaration d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental Robert Badinter explique de façon très claire pourquoi la loi en question est fondamentalement dangereuse. Elle introduit des failles dans les principes séculaires &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/coupable-mais-pas-responsable/114">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour faire suite à l&#8217;article <a href="http://www.notrefumier.fr/retention-de-surete-et-declaration-d%e2%80%99irresponsabilite-penale-pour-cause-de-trouble-mental/113" title="Rétention de sûreté et déclaration d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental">Rétention de sûreté et déclaration d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental</a></p>
<p>Robert Badinter explique de façon très claire pourquoi la loi en question est fondamentalement dangereuse.</p>
<p>Elle introduit des failles dans les principes séculaires de la justice.</p>
<p>Il explique comment fonctionne une justice de liberté:</p>
<ul>
<li>Une infraction.</li>
<li>On détermine qui est responsable.</li>
<li>On le juge.</li>
<li>On le condamne.</li>
<li>On exécute la condamnation.</li>
<li>Lorsque la peine est achevée on peut faire des mesures de surveillance.</li>
<li>Si la personne ne respecte pas ces mesures de surveillance, cela constitue une nouvelle infraction qui ramène devant le juge.</li>
</ul>
<p>La nouvelle loi elle introduit la notion d&#8217;infraction virtuelle. Il n&#8217;y a plus <strong>infraction -&gt; sanction</strong> mais <strong>risque d&#8217;infraction -&gt; sanction</strong></p>
<p>C&#8217;est dans la droite ligne des différentes tentatives au cours du siècle dernier pour détecter l&#8217;homme dangereux, le gêne du tueur &#8230;</p>
<p>On passe de la justice de liberté, de responsabilité à la justice de sureté.</p>
<p>Le mieux reste d&#8217;écouter l&#8217;original</p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2007/11/badinter_justice_surete.mp3" title="Robert Badinter Justice de  Sureté (7 m)">Robert Badinter Justice de  Sureté (7 m)</a></p>
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		<title>Liberté, égalité, musique !</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Nov 2007 09:32:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cento</dc:creator>
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		<category><![CDATA[internet]]></category>
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		<category><![CDATA[musique]]></category>

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		<description><![CDATA[Le rapport de la mission Olivennes se nourrit d’abord d’un échec. Celui de la loi DADVSI qui, face aux incertitudes liées à l’élection présidentielle, s’est révélée parfaitement inapplicable. Envoyer des P2Pistes en prison en pleine campagne électorale, ou les condamner &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/liberte-egalite-musique/112">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p id="storytext"><strong>Le rapport de la mission Olivennes se nourrit d’abord d’un échec. Celui de la loi DADVSI qui, face aux incertitudes liées à l’élection présidentielle, s’est révélée parfaitement inapplicable. </strong></p>
<p>Envoyer des P2Pistes en prison en pleine campagne électorale, ou les condamner à 300 000 euros d’amende, voilà qui aurait fait tâche. Vouloir dépénaliser le monde des affaires d’un côté, et se montrer intraitable avec le menu fretin qui télécharge de la musique « illégalement » sur Internet de l’autre, risquait de donner l’image d’une France paternaliste et autoritaire, économiquement libérale et politiquement conservatrice, surtout en rupture avec ses propres Lumières, qui a renoncé à se distinguer et à éclairer les autres en explorant de nouvelles voies, et préfère servir la soupe aux riches et vilipender les pauvres, comme pour mieux se plier à l’équilibre d’un monde dominé pour une grande part par des puissances économiques et financières. De quoi faire perdre les élections à la droite.</p>
<p>La gauche, elle, est totalement passée à côté du sujet pendant la campagne. Ce qui lui a probablement coûté l’élection. Elle n’a pas su mettre le doigt sur le symbole fort sous-jacent à cette question des échanges de pair à pair, qui sont la manifestation de la nature foncièrement libertaire des réseaux. Quel en était l’enjeu ? La fondation d’une nouvelle société de l’information à visage humain, la définition d’une nouvelle citoyenneté et de nouvelles libertés publiques, de nouvelles formes de démocratie directe et d’un nouveau contrat social plus libertaire et mieux adapté aux nouvelles sociétés en réseau.</p>
<p>Dans le cas de la gauche, il importait surtout de ne pas se mettre à dos les artistes et le monde de la culture, de ne pas aborder un sujet qui fâche et divise les Français de part et d’autre de l’échiquier politique. En s’en tenant à cette mise sous silence, fruit d’un consensus mou avec la droite, elle est passée à côté du véritable enjeu de cette élection, faisant la preuve de son manque de courage politique et de son absence de conviction et de vision.</p>
<p><strong>Des oligopoles en butte à la &laquo;&nbsp;libéralisation&nbsp;&raquo; des réseaux</strong></p>
<p>Une fois Nicolas Sarkozy élu &#8211; et Dieu sait que toute une gent discographique s’est pressée autour de lui pendant la campagne<br />
présidentielle, affichant sans la moindre pudeur son soutien manifeste au candidat de l’UMP -, il devenait urgent, pour un certain nombre d’oligopoles, que soient adoptées de nouvelles règles répressives beaucoup plus efficaces contre la « libéralisation » sauvage des pratiques de la société civile en réseau, applicables à grande échelle et de manière plus massive, et plus à même que la loi DADVSI de protéger leurs intérêts et de conforter leur position dominante sur les marchés des produits dérivés de la culture.</p>
<p>Le travail de la mission Olivennes n’avait pas d’autre objectif. Et vu le manque d’imagination dont elle a fait preuve, par ailleurs, pour déterminer comment favoriser le développement de nouveaux modèles économiques et la multiplication d’offres de musique en ligne accessibles à tous, elle n’aura pas d’autre résultat.</p>
<p>Face à ce qu’on nous présente souvent comme de détestables métastases de Mai 68, on applique finalement de vieilles recettes politiques héritées du XIXième siècle, qui conjuguent le même positivisme béat et le même autoritarisme masqué. Pour aboutir à quel résultat ? L’introduction d’une surveillance accrue des nouveaux modes d’échange en réseau, au détriment de la protection de la vie privée, de l’exception culturelle et d’un certain nombre de libertés publiques. Au détriment de la démocratie, en somme. Il s’agit d’une vraie rupture, certes… avec les valeurs de la Révolution française.</p>
<p><strong>&laquo;&nbsp;Liberté, égalité, gratuité&nbsp;&raquo;</strong></p>
<p>Il n’est pas anodin qu’au même moment, ceux qui réfléchissent à contre-courant de cette regrettable évolution voient leur pensée atteindre une certaine maturité. Ainsi ai-je trouvé très salutaire de recevoir, le jour même où la mission Olivennes rendait son rapport public, un essai de Philippe Axel préfacé par Jacques Attali et paru aux Editions Pearson / Village mondial, sous le titre « <a href="http://www.amazon.fr/dp/2744063134?tag=rockaltitude-21&amp;camp=1414&amp;creative=6410&amp;linkCode=as1&amp;creativeASIN=2744063134&amp;adid=0DV9M6Y3JRG6802RDGZQ&amp;">La révolution musicale</a> », dont le sous-titre claque comme un drapeau au vent : « Liberté, égalité, gratuité ».</p>
<p>L’essai de <a href="http://www.zdnet.fr/blogs/2007/11/26/liberte-egalite-musique-/www.philaxel.com">Philippe Axel</a> est salutaire à plus d’un titre. D’abord, il offre avant tout le point de vue d’un artiste, non pas celui d’un artiste établi, qui a tout à gagner à défendre le respect de l’ordre marchand établi, mais celui d’un citoyen ordinaire qui a fait le choix de développer des activités artistiques dans le domaine de la musique, l&#8217;effort de parvenir à une certaine excellence dans l’exercice de son art, et qui porte un regard très critique sur l’environnement économique de cet art, sans que sa réflexion ne se laisse à aucun moment polluer par la frustration qui pourrait être la sienne de ne n’être toujours pas parvenu au firmament de la notoriété.</p>
<p>Philippe Axel nous fait pénétrer dans les arcanes de l’industrie phonographique, nous dresse un portrait de la face cachée du disque, sans céder ni au ressentiment ni à la démagogie. Son ouvrage est d’une clarté et d’une limpidité exemplaires, d’une grande honnêteté intellectuelle, et c’est ce qui fait la force du message qu’il délivre.</p>
<p>Avant même que la mission Olivennes n’ait rendu son rapport, l’auteur écrit dans sa conclusion, dans un éclair de clairvoyance : « Il existe un risque réel que le marché soit tenté d’utiliser sur la Toile des méthodes totalitaires fondées sur la surveillance afin de maintenir une rareté artificielle de biens non rivaux et donc, abondants par nature. La culture laissée uniquement au marché dans le cadre d’une société de contrôle par le marketing et la surveillance, entraînerait un risque majeur de disparition de la sincérité des œuvres. Il en résulterait un mal de vivre profond, créant une société désespérée et favorisant les attitudes suicidaires et extrémistes. »</p>
<p><strong>L&#8217;exception culturelle bafouée</strong></p>
<p>Dans la bouche de Philippe Axel, ou plutôt sous sa plume, la « gratuité » n’est pas un gros mot, ni un vain mot. Elle est l’essence même de l’idée d’exception culturelle, qui veut que la culture soit d’abord, en se fondant sur des valeurs d’échange et de partage, source de création de lien social, avant de donner lieu, ce qui n’est pas antinomique, à une marchandisation de ses produits dérivés.</p>
<p>Il ne fait pas de la gratuité un dogme, et la considère plutôt comme une vertu de l’art et de la culture, qu’il est essentiel de préserver. Il n’oppose pas plus la culture au marché, ni le gratuit au payant, l’un se nourrissant abondamment de l’autre. Il explore simplement les nouveaux « transferts de ressources » qu’il serait nécessaire d’organiser et de réguler, entre les acteurs du marché qui profitent à plein tube de la libre circulation des œuvres de l’esprit sur Internet (FAI, fabricants de hardware, etc.) et les industries de la création.</p>
<p>Ces transferts de ressources pourraient prendre différentes formes, s’effectuer selon différentes modalités qui restent à imaginer, à étudier et à discuter. Autant dire que la commission Olivennes est complètement passée à côté de cet enjeu. Qu’à trop céder à une certaine forme de pragmatisme très en vogue par les temps qui courent et très politiquement correcte, en définitive, elle en oublie de remettre un peu d’imagination au pouvoir, ce qui en matière de culture, laisse cruellement à désirer. Certains agitateurs culturels n’agitent plus grand-chose.</p>
<p><strong>Une &laquo;&nbsp;révolution musicale&nbsp;&raquo; porteuse de fraternité</strong></p>
<p>Dans le sous-titre de son livre, Philippe Axel fait figurer la gratuité au frontispice de la République en lieu et place de la fraternité. Dans le titre de cette note, je préfère y faire figurer la musique. L’une comme l’autre (musique et gratuité) créent du lien social et sont source de fraternité. C’est peut-être ce qui manque le plus à notre société aujourd’hui, et ce dont est le plus porteur « la révolution musicale » à laquelle Philippe Axel consacre son essai.</p>
<p>Un espoir fondamental, alors que toutes les mesures liberticides préconisées par la mission Olivennes pour juguler les échanges de musique entre particuliers, mêmes si elles atteignent leur objectif, ne parviendront pas à faire remonter les ventes de disques d&#8217;un iota, j&#8217;en mettrais presque ma main à couper.</p>
<p>Allons enfants de la musique, le jour de gloire est peut-être arrivé ! Si d&#8217;aucuns cherchent à refonder la nation&#8230;</p>
<p><a href="http://www.zdnet.fr/blogs/2007/11/26/liberte-egalite-musique-/?xtor=EPR-100">http://www.zdnet.fr/blogs/2007/11/26/liberte-egalite-musique-/?xtor=EPR-100</a></p>
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