La torture en début de soirée : le retour de Jack Bauer

Je sais qu’il y a quelques accro de cette série à succès parmi nous.
C’est passionnant de voir l’impact énorme des séries sur notre vie de tout les jours.
Je me souviens d’un magistrat qui se plaignait que lors des audiences, les justiciables s’adressaient au président de la cour par « votre honneur » simplement parce que dans les séries américaines c’est le terme employé.
Dans cette article c’est plus grave puisque c’est le recours à la torture qui est en jeux.
Avec le version moderne du vieil adage « la fin justifie les moyens » traduit par Jack Bauer en « whatever it takes mentality”.

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Déjà publié le 12 January 2009

Le monde des systèmes et des supersystèmes cognitifs. Conflits et coopérations. Vers le post-humain.

Encore un super article passionnant avec pleins de concepts indispensables à une vision lucide du monde. La totalité en deuxième partie.

Le modèle de soi qui donne à un système cognitif toute sa puissance compétitive est différent. Il est doté d’une propriété qui lui ouvre au moins virtuellement des possibilités innombrables, celle de pouvoir contribuer à la formulation d’hypothèses s’affranchissant des expériences précédemment vécues par le système. C’est précisément en cela que réside la capacité du système cognitif, non pas de s’affranchir des déterminismes, mais de faire des hypothèses ne tenant pas compte des déterminismes déjà expérimentés et mémorisés.

Le fait que le modèle du soi propre au système cognitif échappe aux déterminismes linéaires et puisse formuler des hypothèses sur un mode presque aléatoire permet au cerveau d’abord, au corps tout entier du système cognitif ensuite, de se comporter dans le monde réel en machines à inventer. Le bénéfice en terme de compétitivité de l’émergence d’une telle propriété a été immédiat. Le cerveau du système cognitif, enrichi par le modèle (imaginaire ou halluciné) d’un soi pouvant librement imaginer de modifier le monde afin de le transformer a priori, est devenu un compétiteur redoutable à l‘égard des systèmes non cognitifs qui n’évoluent que beaucoup plus lentement et le plus souvent a posteriori seulement d’un évènement perturbateur.

Ces deux petits extraits m’ont poussés à la réflexion suivante : l’avantage de l’espèce humaine sur toutes les autres formes de vies connues est sa double capacité à transmettre un savoir sous forme de traditions et de remettre en question à chaque génération ces mêmes traditions. Ces deux facultés qui s’opposent et se complètent, la nouveauté devenant la tradition de la génération suivante, assurent une adaptation permanente des humains à leur milieu, même s’ils sont la cause des boulversements de leur environement.

Les systèmes cognitifs assemblés en SSC (super systèmes cognitifs) ont très vite, nous l’avons indiqué précédemment, exporté sur des réseaux de supports physiques externes à eux un certain nombre de représentations du monde, construites initialement dans les cerveaux des systèmes cognitifs individuels et s’étant révélées efficaces pour contribuer à la survie de ces systèmes. C’est ce mécanisme qui a donné naissance aux mémoires sociales les plus variées, depuis les mythes jusqu’aux programmes éducatifs enseignés dans les écoles. Si les contenus de ces mémoires ont été conservés et améliorés, ce n’était pas par ce qu’ils étaient vrais dans l’absolu (notion qui n’a pas de sens dans l’approche retenue ici) mais parce qu’ils étaient les plus propres à faciliter la survie des groupes et des individus qui s’y référaient. C’est ainsi que les mythes fondateurs, croyances religieuses et superstitions diverses sont apparus et ont continué à se développer du fait des références utiles à la survie qu’ils apportent aux systèmes cognitifs individuels et aux SSC. Ceci en dépit du fait que ces mythes, au regard des critères de la scientificité que nous allons présenter ci-dessous, ressemblent à des « mensonges  » ou tout au moins des illusions.

J’aime beaucoup cette explication de l’utilité des illusions! Cela parrait effectivement tellement logique!

Les contenus des mémoires scientifiques ne sont pas plus « vrais » au sens ontologique que ceux des mémoires mythologiques. Ils sont seulement plus efficaces puisqu’ils représentent la globalisation réutilisable par tous d’un nombre considérable d’expériences « réussies ». Autrement dit, ils contribuent à construire un monde que l’on pourrait dire scientifique ou rationnel qui se superpose au monde naturel et qui le modifie en permanence dans la mesure où la machine à inventer des SSC continue à fonctionner sur le mode de la production de contenus scientifiques.

J’ai envie de me revendiquer comme un représentationiste! Il n’existe pas de réel en soi. Seulement des représentations créées à partir de nos perceptions. On invente un modèle du monde qui nous sert d’environement d’interaction. Et l’on revoit ce modèle à chaque fois que nécessaire pour qu’il colle à à nos sensations. Ce processus nous permet de nous optimiser et améliorer nos chances de survie.

Les systèmes cognitifs sont en compétition les uns avec les autres. En simplifiant on dira qu’une première lutte pour la survie oppose les SSC scientifiques aux SSC privilégiant des représentations mythologiques. Vu l’efficacité des représentations scientifiques, on pourrait penser que les premiers l’emporteront inévitablement sur les seconds. Mais les connaissances scientifiques, bien qu’étendues, ne peuvent suffire à répondre à toutes les questions que les cerveaux des systèmes cognitifs se posent sur le monde. Donc, au sein même des SSC scientifiques persistent avec succès des représentations mythologiques dont s’inspirent beaucoup d’individus. Elles sont transmises tout naturellement par les langages, qui sont les vecteurs, non seulement des contenus de communication scientifique, mais de la prolifération d’entités informationnelles réplicantes n’ayant rien de particulièrement rationnel et que l’on désigne par le terme de mèmes.

Mais il y a un défaut à ce processus d’optimisation. Notre besoin d’avoir un modèle qui répond à toutes les questions nous pousse à croire à n’importe quoi plutot que d’admettre notre ignorance. C’est tellement simple et évident comme explication du fait religieux! Renforcé par notre mimétisme sociale, la modélisation a ses défauts qui vont à l’encontre de l’efficacité.

Par ailleurs et surtout, les corps et cerveaux des individus ou systèmes cognitifs individuels qui se regroupent au sein des SSC scientifiques ne sont pas entièrement dédiés à la construction de représentations scientifiques du monde. Quand il s’agit de corps biologiques (et non de corps artificiels), leurs héritages génétiques provenant de millions d’années d’évolution les laissent sensibles à des motivations qui peuvent venir en contradiction avec la rationalité scientifique (par exemple la défense exacerbée du territoire et la haine de l’autre considéré comme un rival). Au sein même de ceux des SSC que l’on pourrait globalement considérer comme des sociétés scientifiques ou technoscientifiques, les contenus de mémoire mythologiques réactivés en permanence par des héritages génétiques ou épigénétiques persistants depuis le fond des âges peuvent être bien plus nombreux que les contenus de mémoire provenant de la construction scientifiques. Les SSC à ciment principalement traditionaliste ou mythologique, dont certains sont aussi en partie des SSC scientifiques, sont finalement aussi puissants, en termes d’affrontement physique, que les SSC à ciment principalement scientifique. L’issue des conflits darwiniens pour la survie qui les oppose n’est donc pas prévisible.

C’est tellement vrai! Quand on voit de grands scientifiques de renom qui font appel au spiritualisme, à dieu ou même l’âme pour expliquer ce qu’ils échouent à comprendre, on voit bien à l’oeuvre ce mécanisme de modélisation.

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Déjà publié le 21 May 2008

Un monde qu’on croyait fini …

Le monde va vite. Suite à quelques reportages vu à la télé j’étais persuadé que les sous marins nucléaires ex-soviétiques étaient tous en train de pourrir/polluer les ports de la mer de Barentz.

Les histoires de sous marins nucléaires étaient maintenant réservées à Hollywood.

J’ avais tout faux, la Russie est fière, la Russie à du Gaz, La Russie est riche donc elle remet en état ses joujoux de morts.

Et comme au bon vieux temps elle montre ses muscles :

Le sous-marin nucléaire russe Toula a tiré samedi un missile balistique Sineva à la distance maximale lors des exercices tactiques Dvina de la flotte du Nord russe en mer de Barents, a annoncé l’assistant du commandant en chef de la Marine russe Igor Dygalo.

« Notre cible se trouvait dans la partie équatoriale de l’océan Pacifique au lieu du polygone Koura au Kamtchatka pour la première fois dans l’histoire de la Marine de guerre russe », a indiqué le responsable avant de préciser que le missile avait été tiré depuis le sous-marin en plongée.

Le président et chef suprême des armées russe Dmitri Medvedev suit le déroulement des manœuvres qui se déroulent dans le cadre des exercices d’état-major stratégiques Stabilité 2008 lancés en Russie en septembre dernier. Plus de 5.000 hommes dont 1.000 marins du croiseur lourd porte-avions Admiral Kouznetsov, ainsi que huit bâtiments de surface, cinq sous-marins, onze avions de la flotte du Nord et des hélicoptères Ka-27 et Mi-8 sont engagés aux exercices en mer de Barents.

Le president russe à bord
Le president russe à bord

Le tir a eu une portée de 11 000 km, histoire de rappeler à tout le monde que la Russie de Messieurs Medvedev/Poutine peut frapper n’importe ou n’importe quand.

Rassurant non ?

Déjà publié le 16 October 2008

“Pourquoi la guerre ?”

C’est un extrait d’une lettre écrite par Freud à Albert Einstein en 1933 pour la SDN. J’ai marqué en rouge les points qui me semblent importants.

Tout cela est exact et paraît même si incontestable qu’on en est réduit à s’étonner qu’un accord unanime de l’humanité n’ait point encore banni la guerre. On peut évidemment discuter l’un ou l’autre de ces points et se demander, par exemple, si la communauté ne doit pas avoir, elle aussi, un droit sur la vie de l’individu ; on ne saurait condamner au même titre tous les germes de guerre ; tant qu’il y aura des empires et des nations décidées à ex-terminer les autres sans pitié, ces autres-là doivent être équipés pour la guerre. Mais nous avons hâte de passer sur tous ces problèmes, ce n’est point la discussion à laquelle vous entendiez m’engager. Je veux en arriver à autre chose. Je crois que le motif essentiel pour quoi nous nous élevons contre la guerre, c’est que nous ne pouvons faire autrement. Nous sommes pacifistes, parce que nous devons l’être en vertu de mobiles organiques. Il nous est désormais facile de justifier notre attitude par des arguments. Continuer la lecture de « “Pourquoi la guerre ?” »

Quand les plus grandes utopies deviennent réelles.

Si je vous dis que le monde vivra mieux sans bombes atomiques, qu’il faut militer pour « un monde libéré des armes nucléaires »  « A World Free Of Nuclear Weapons » en anglais, vous aller me prendre pour un doux reveur, un baba cool égaré au XXI ème siècle.

Que neni, tout cela est bien réel et c’est pas specialement des poètes qui s’y collent

Dans une tribune publiée le 4 janvier dans The Wall Street Journal, quatre anciens hauts responsables américains, les anciens secrétaires d’Etat Henry Kissinger et George Shultz, l’ancien secrétaire à la défense William Perry et l’ancien président de la commission des forces armées du Sénat Sam Nunn, appellent les Etats-Unis à tout faire pour l’élimination des armes nucléaires. Sous le titre « A World Free Of Nuclear Weapons » , les quatre responsables rappellent que « les armes nucléaires ont été un élément essentiel pour maintenir la sécurité internationale durant la guerre froide car elles étaient un élément de dissuasion ». Mais, désormais, « il est loin d’être certain que nous pouvons reproduire le vieux modèle soviéto-américains de la « destruction mutuelle assurée », avec le nombre croissant d’ennemis à travers le monde pouvant devenir des puissances nucléaires, sans accroître considérablement le risque d’utilisation des armes nucléaires ». Continuer la lecture de « Quand les plus grandes utopies deviennent réelles. »

Du climat en danger au danger de guerre

Un nouveau rapport d’experts, préparé pour le compte du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), conseille de responsabiliser, avec des missions et des moyens nouveaux, non seulement les instances de l’ONU déjà saisies, mais le Conseil de Sécurité, dont le rôle devrait être modifié. Il fait également des propositions relatives aux nouveaux moyens d’intervention, financiers et réglementaires, à mobiliser sans attendre.

Le gouvernement fédéral d’Allemagne a créé le Wissenschaftlicher Beirat der Bundesregierung Globale Umweltveränderungen (WBGU) ou German Advisory Council on Global Change en 1992 à la suite du Sommet de la Terre de Rio. Il s’agit d’un organisme d’étude capable de mobiliser de nombreux experts internationaux à la compétence reconnue. Le WBGU travaille en étroite liaison avec l’ONU. Il produit des études et rapports soit sur demande du gouvernement fédéral ou de l’ONU, soit de son propre chef. Leur qualité est mondialement reconnue.

Son dernier rapport, réalisé pour le compte du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) , a été publié le jour de la remise à Oslo du prix Nobel de la paix à l’ex-président américain Al Gore et aux experts du GIEC. Il vient à point nommé pour alerter les représentants des gouvernements réunis à Bali du 10 au 14 décembre 2007 afin d’étudier les suites à donner au Protocole de Kyoto.

Un rapport catastrophiste de plus, diront les intérêts opposés à toute mesures sérieuses destinées à contrôler la hausse des températures globales. C’est en fait bien plus que cela. Au-delà de l’étude des évolutions géoclimatiques et biologiques en cours, le rapport développe les conséquences socio-politiques de leur aggravation. Il le fait en des termes dont le réalisme n’avait jamais été exprimé aussi brutalement. Le réchauffement climatique pourrait provoquer une « guerre civile mondiale », voire des guerres tout court, dont le rapport détaille les différentes composantes.

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« La tentation de la Défaite », livre d’Antoine Vitkine

Le dessein d’Antoine Vitkine n’est pas de faire peur gratuitement. Le scénario qu’il décrit est souvent évoqué par les spécialistes des questions internationales. Son hypothèse peut sembler régulièrement corroborée par certains développements de l’actualité. Mais, fidèle à l’adage disant qu’« un bon croquis vaut mieux qu’un long discours », l’auteur a préféré raconter une histoire incarnée dans des personnages – le diplomate et ses collègues, le ministre des affaires étrangères, le journaliste français, l’intellectuel arabe – plutôt que de faire subir au lecteur un exposé pesant. Comme l’ouvrage a de surcroît des qualités littéraires certaines, on lit avec passion les aventures de ces hommes et ces femmes aux prises avec ce que James Joyce appelait « le cauchemar de l’histoire ». La Tentation de la défaite raconte où peut mener l’amour du calme et du confort dans des démocraties développées qui veulent croire que la guerre ne les concernera plus jamais. Qu’on en partage ou non le pessimisme, la lecture de ce livre s’impose.

http://www.institut-defense-democratie.net/article.php3?id_article=217

La Tentation de la défaite

Ca a l’air pas mal comme bouquin. la dernière phrase du commentaire « La Tentation de la défaite raconte où peut mener l’amour du calme et du confort dans des démocraties développées qui veulent croire que la guerre ne les concernera plus jamais.  » me rappelle les accords signés par le gouvernement français avec hitler juste avant la seconde guerre mondiale…