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	<title>Notre fumier &#187; état</title>
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		<title>La dette publique : Une longue histoire</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Aug 2011 14:44:00 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Economie]]></category>
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		<description><![CDATA[Je vous propose ce court article du monde très intéressant sur l&#8217;histoire de la dette publique Le problème de la dette publique surgit aujourd&#8217;hui avec une extrême urgence sur la scène économique, politique et médiatique. Par un jeu de dominos &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/la-dette-publique-une-longue-histoire/2012">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Je vous propose ce court <a title="Article du monde" href="http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2011/08/13/1559248.html" target="_blank">article du monde</a> très intéressant sur l&#8217;histoire de la dette publique</em></p>
<p>Le problème de la dette publique surgit aujourd&#8217;hui avec une extrême urgence sur la scène économique, politique et médiatique. Par un jeu de dominos pervers, plusieurs pays de la Communauté européenne sont au bord de la banqueroute (Irlande, Grèce) ou mis en danger par l&#8217;explosion de leur dette publique (Portugal, Espagne, Italie), tandis que les Etats-Unis sont minés par leur déficit abyssal.<img class="alignright" title="Triple a perdu" src="http://www.dna.fr/fr/images/86a6c2bf-f71e-4b1a-b64c-e83a9f58391b/DNA_02/Daily-cartoon-from-Stephff-USA-lost-its-triple-A-DESSIN-(Photo-DNA-16-Compo).jpg" alt="Triple a perdu" width="650" height="475" /></p>
<p>L&#8217;acuité de la crise financière et le désarroi des politiques incapables de la juguler expliquent la panique qui a saisi les marchés et l&#8217;angoisse qui a envahi les citoyens. Non que la question de la dette américaine ou du déficit des Etats européens ait été ignorée au moment du traité de Maastricht, en 1992, mais la tournure prise par les événements depuis 2008 lui confère le statut peu enviable de péril inouï.</p>
<p><span id="more-2012"></span></p>
<p>C&#8217;est la monnaie unique et la construction européenne qui se trouvent menacées ; au-delà, c&#8217;est tout le système économique qui se lézarde sous nos yeux. Pourtant, la dette publique a un très long passé, riche de défauts de paiement, de réformes ratées, mais aussi de rétablissements spectaculaires. Il n&#8217;est pas indifférent de rappeler que peu d&#8217;Etats ont pu se passer de dette publique. Pourtant, si l&#8217;Empire romain fut sans cesse à la recherche d&#8217;argent, il n&#8217;a jamais mobilisé des créances négociables sur un marché pour se financer et s&#8217;il y eut des emprunts, ils furent effectués de manière ponctuelle, sans qu&#8217;il y ait la moindre velléité de s&#8217;appuyer sur une dette d&#8217;Etat permanente.<img class="alignright" title="grece antique" src="http://28.media.tumblr.com/tumblr_le9wwlOvzv1qznc4no1_500.jpg" alt="" width="500" height="356" /></p>
<p>Au Moyen Age, ce sont les cités italiennes (Venise, Florence&#8230;) qui ont été les instigatrices d&#8217;un système de dette publique. Le besoin de payer des mercenaires pour les conflits incessants entre les cités, et la présence de marchands riches, disposant de réseaux bancaires tentaculaires, incitaient à user de cette commodité financière.</p>
<p>Le procédé, assorti d&#8217;une certaine confusion entre les deniers publics et les deniers des grandes familles, avait le mérite de fournir aux marchands (florentins et autres&#8230;) une excellente occasion de s&#8217;enrichir davantage, comme à tous les créanciers. Il avait l&#8217;inconvénient d&#8217;alimenter des rivalités meurtrières entre factions et des troubles sévères.</p>
<p>Forts de leur fortune personnelle, les banquiers italiens prêtaient à toute l&#8217;Europe. Cela n&#8217;allait pas sans risque. Lorsque le roi d&#8217;Angleterre, Edouard III, fut incapable de payer ses dettes au début de la guerre de Cent Ans, ce sont les grandes banques italiennes qui lui avaient prêté inconsidérément qui en firent les frais. Elles firent faillite, sans que personne ne se sente obligé de voler à leur secours. Il existe donc un excellent moyen de se débarrasser de la dette publique, c&#8217;est de ne pas payer ses créanciers et cette panacée fut réutilisée à plusieurs reprises ultérieurement. Inconvénient : par la suite, les prêteurs ne se précipitent pas forcément pour apporter de nouveau leur argent à l&#8217;Etat impécunieux.</p>
<p>En France, Saint Louis fut le premier à endetter lourdement l&#8217;Etat. Ses successeurs accrurent le problème par une politique de renforcement de l&#8217;autorité royale et d&#8217;intervention hors du royaume. On connaît la réputation de Philippe le Bel, &laquo;&nbsp;le roi faux-monnayeur&nbsp;&raquo;. Capter une partie du métal en circulation par des refontes successives, jouer sur la monnaie par des dévaluations et des réévaluations incessantes, c&#8217;est la troisième méthode pour contourner le problème.<img class="alignleft" title="King" src="http://www.picturesof.net/_images_300/cartoon_king_royalty_free_080912-024013-164042.jpg" alt="" width="227" height="300" /></p>
<p>Jusqu&#8217;à Louis XIV et la Régence incluse, tous les monarques français useront de cette solution. Mais cela ne suffisait pas. Philippe le Bel est connu aussi pour avoir persécuté les juifs et les Templiers. Il s&#8217;agissait bien pour lui non seulement de ne pas payer sa dette mais de mettre la main sur les biens de ses créanciers. Les pressurer ou leur extorquer des fonds constitue des parades efficaces.</p>
<p>Au cours des siècles qui suivirent, si les besoins croissants de la monarchie étaient à peu près couverts en temps de paix par le prélèvement fiscal issu des désastres de la guerre de Cent Ans, la dette se creusait à chaque conflit majeur. Une grande partie de ce crédit était drainée par les emprunts sur l&#8217;Hôtel de Ville à partir de François Ier, et par la mise en vente des offices.</p>
<p>Les premiers passaient par le canal de la Ville de Paris qui offrait plus de garanties pour les prêteurs que le pouvoir royal. La seconde consistait à pourvoir les charges (les fonctions administratives) à titre onéreux, en sachant qu&#8217;elles étaient cessibles sur un marché et transmissibles. On avait carrément basculé d&#8217;une dette d&#8217;Etat qui ne disait pas son nom à une véritable dette publique concurrente de celle que pouvaient servir jusque-là les financiers.</p>
<p>Pendant les premières années du règne de Louis XIV, la dette resta contenue par une politique d&#8217;économie sur la gestion des finances et une politique douanière agressive inspirées par Colbert. La réduction de la dépense publique et le protectionnisme représentent donc deux autres issues possibles. Malheureusement, à la mort de Louis XIV, à la suite de longues et difficiles guerres, la dette atteignait de nouveau des niveaux inquiétants. On peut l&#8217;estimer à quelque 3 milliards de livres, disons une bonne dizaine d&#8217;années de revenus de l&#8217;Etat, peut-être 80 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que le service écrasant de la dette expliquait largement un déficit évalué à 80 millions par an.</p>
<p>Pour faire face à cette situation, le pouvoir actionna plusieurs leviers. Après avoir fait examiner les comptes, le roi imposa des amendes aux financiers ou agents du fisc, accusés d&#8217;avoir extorqué des fonds pendant les années de détresse financière du règne de Louis XIV. Il entreprit, ensuite, de réorganiser l&#8217;administration fiscale pour faire des économies dans l&#8217;appareil de gestion des deniers publics. Mais tout cela ne constituait que des expédients.</p>
<p>Le gouvernement du régent crut avoir trouvé la solution avec le système de Law.<img class="alignright" title="law" src="http://i21.servimg.com/u/f21/14/11/53/98/240px-10.jpg" alt="" width="240" height="309" /> L&#8217;émission de papier-monnaie par une banque d&#8217;Etat, couplée avec la création d&#8217;une compagnie par actions, permit de rembourser les créanciers et de payer les fournisseurs. Au total, environ 2,5 milliards de livres de papier-monnaie furent émis. La faillite du système, en 1720, remit tout en cause. Après la banqueroute, on dut procéder à un apurement des comptes et indemniser au mieux les déposants, tandis qu&#8217;une chasse aux spéculateurs rapportait près de 200 millions de livres.</p>
<p>A l&#8217;issue de ce désastre, le Trésor ne fut pas totalement perdant puisque la dette fut réduite de moitié. L&#8217;émission de monnaie papier est donc un autre moyen de résoudre des problèmes financiers, quand bien même les effets pervers de cette médication ne sauraient être ignorés : hausse des prix et des taux d&#8217;intérêt&#8230;</p>
<p>Durant le XVIIIe siècle, le problème de la dette héritée et accrue par les besoins croissants de l&#8217;Etat et par les guerres hanta les gouvernements. Les contrôleurs des finances parlèrent sans cesse de réforme fiscale sans l&#8217;entreprendre, tant la suppression du privilège dont disposaient les plus riches (noblesse en tête) suscitait d&#8217;opposition, et tant l&#8217;alourdissement de la charge sur certaines provinces mieux traitées que les autres était politiquement explosif. Il fallut emprunter et l&#8217;on eut recours à d&#8217;autres canaux, notamment la création de plus en plus intense de rentes viagères qui s&#8217;avérèrent désastreuses pour le Trésor.</p>
<p>En 1788, la dette se montait à environ 4 milliards de livres, alors que les recettes de l&#8217;Etat n&#8217;excédaient guère 500 millions et que les dépenses atteignaient 630 millions. Pour autant qu&#8217;on puisse le calculer, elle dépassait certainement 80 % du PIB. Il faut dire que l&#8217;intervention française dans la guerre d&#8217;indépendance américaine, à elle seule, coûta 1 milliard. A ce moment, le service de la dette absorbait environ la moitié du budget et l&#8217;endettement s&#8217;accroissait de manière inexorable. Il fallut se résigner à convoquer les états généraux pour demander des subsides. La suite est connue, sur le plan politique.</p>
<p>Sur le plan financier, l&#8217;assemblée proclama l&#8217;égalité de tous devant l&#8217;impôt et entreprit d&#8217;unifier à l&#8217;échelle du royaume le prélèvement fiscal. Pour éteindre la dette, elle confisqua les biens du clergé, que l&#8217;on peut estimer à 3 milliards de livres, avec l&#8217;engagement de prendre à son compte les charges qui incombaient jusque-là à l&#8217;Eglise : le culte, l&#8217;assistance et l&#8217;enseignement. Pour effectuer cette vente des biens dits nationaux dans de bonnes conditions, elle émit des billets destinés à les payer, les assignats. L&#8217;impossible réforme fiscale avait été réalisée et la dette était destinée à s&#8217;éteindre. Malheureusement ce beau scénario s&#8217;effondra rapidement.</p>
<p>La fuite du roi, puis la guerre, les troubles et enfin la désorganisation de l&#8217;administration fiscale eurent raison du redressement financier. L&#8217;assignat se déprécia rapidement, les dépenses montèrent de manière exponentielle, enfin non seulement le niveau des contributions destinées à remplacer les impositions de l&#8217;Ancien Régime fut fixé trop bas mais les Français ne payèrent quasiment plus rien pendant près de dix ans, ou alors en monnaie dévalorisée.</p>
<p>Le gouvernement révolutionnaire, acculé, transforma les assignats en papier-monnaie et en émit de manière massive (près de 50 milliards au total) pour faire face à ses dépenses. Il concourut ainsi à l&#8217;avilissement de la monnaie papier, avant de la supprimer en 1797, lorsque sa valeur tomba quasiment à zéro.<img class="alignleft" title="assignat" src="http://www.thouzon.fr/archives/assignat.jpg" alt="" width="800" height="477" /></p>
<p>En 1797, le Directoire dut se résoudre à une banqueroute dite des deux tiers. En simplifiant, il se débarrassait d&#8217;un trait de plume de la plus grande partie de la dette en garantissant le paiement d&#8217;une rente réglée &laquo;&nbsp;rubis sur l&#8217;ongle&nbsp;&raquo; pour le tiers restant. En réalité, des mesures d&#8217;accompagnement furent prises qui permirent de désembourber les finances de l&#8217;Etat : création de nouveaux impôts, réorganisation ferme de l&#8217;administration des finances, mise en confiance des banquiers dépositaires de la dette qui offrirent au Consulat et à l&#8217;Empire un budget assaini, conforté par l&#8217;arrêt provisoire des hostilités.</p>
<p>En jetant un regard rétrospectif sur cette longue histoire, on peut tirer quelques leçons simples. La dette publique sort tout droit des dépenses extravagantes induites par les grands conflits, et cette règle se vérifia aussi bien avec la première qu&#8217;avec la seconde guerre mondiale, mais elle se trouve confortée chaque fois qu&#8217;une crise économique ampute les ressources de l&#8217;Etat. Ce fut le cas à la fin du règne de Louis XIV comme pendant la Révolution, quand la récession économique conjugua ses effets avec la guerre.</p>
<p>Cependant, l&#8217;endettement de l&#8217;Etat est devenu chronique car ses dépenses se sont accrues et il est politiquement délicat de taxer les citoyens au niveau que requiert le financement. Deux postes sont devenus importants : le soutien à l&#8217;activité économique, notamment en cas de récession, au moins depuis 1929 ; les dépenses sociales induites par l&#8217;Etat-providence, au moins depuis Bismarck en Allemagne. Un troisième vient d&#8217;apparaître inopinément : le secours des banques mises en péril par l&#8217;absence de toute régulation.</p>
<p>Sauf en cas de guerre, et encore, la dette publique ne devenait insupportable qu&#8217;à la suite des errances antérieures de la politique financière et budgétaire. Si la monarchie succomba, c&#8217;est parce qu&#8217;elle ne fut pas capable de supprimer les avantages fiscaux des privilégiés. Le gaspillage des fonds publics, l&#8217;absence de système fiscal performant, l&#8217;incapacité à traquer la fraude, les politiques laxistes qui consistent à favoriser certaines catégories sociales ou certains lobbies sont les voies d&#8217;entrée d&#8217;un endettement excessif.</p>
<p>A partir d&#8217;un certain niveau de dette, celle-ci devenait incontrôlable puisque son service interdisait de la rembourser. Pour surmonter leur déficit, les Etats ont employé plusieurs remèdes mais il faut admettre que ceux-ci ont rarement été simples et jamais indolores. Trois chemins tortueux se sont offerts et s&#8217;offrent encore aux politiques : ne pas rembourser la dette ou la phagocyter, faire des économies, trouver des ressources supplémentaires.</p>
<p>- L&#8217;exécution des créanciers ou l&#8217;extorsion de fonds étant a priori exclus, la banqueroute ou l&#8217;inflation, en suivant l&#8217;exemple de Law ou de l&#8217;assignat. Elles permettent de spolier violemment ou en douceur les créanciers. L&#8217;inflation fut encore très efficace après les deux guerres mondiales mais on en entrevoit les effets indésirables.</p>
<p>- Une politique d&#8217;économies et de réductions des dépenses. Mais, de même que le non-financement de la guerre entraînait inéluctablement la défaite, de même les réductions de dépenses publiques débouchent facilement sur des troubles sociaux et une contraction économique, qui, à son tour, peut réduire les recettes fiscales.</p>
<p>- La taxation de pays occupés n&#8217;étant plus acceptable, l&#8217;aide des autres pays ou d&#8217;institutions internationales, sous forme de prêts ou de remises de dettes.</p>
<p>- La dévaluation ou, plus exactement, de nos jours, la dépréciation de la monnaie. Elle entretient l&#8217;espoir que la relance des exportations relancera l&#8217;économie et apportera des rentrées d&#8217;argent mais ses conséquences politiques peuvent être néfastes.</p>
<p>- La vente des offices étant obsolète, le prélèvement fiscal, avec le sempiternel dilemme que connut si bien l&#8217;Ancien Régime : alourdir la charge, ce qui est économiquement et politiquement mal avisé ; élargir l&#8217;assiette en éliminant l&#8217;économie souterraine et en basculant vers une imposition forte des hauts revenus. Au-delà, il y a en ligne de mire une harmonisation des systèmes fiscaux (et sociaux) et une régularisation des flux de capitaux. De ce modèle historique rêvé, on est encore fort loin.</p>
<p>Gérard Béaur est directeur de recherches au CNRS et à l&#8217;Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)</p>
<p>Ancien président de l&#8217;Association française des historiens économistes de 2001 à 2004, il a notamment coédité &laquo;&nbsp;La Dette publique dans l&#8217;histoire&nbsp;&raquo; (Comité pour l&#8217;histoire économique et financière de la France, 2006), ainsi que &laquo;&nbsp;Fraude, contrefaçon et contrebande de l&#8217;Antiquité à nos jours&nbsp;&raquo; (Droz, 2006).<br />
&#8212;-</p>
<p><em>L&#8217;auteur de cet article, Gérard Béaur, a participé à un livre sur le même sujet</em><br />
<a href="http://www.amazon.fr/dette-publique-dans-lhistoire-Historiques/dp/2110948000%3FSubscriptionId%3DAKIAJM4TYXISRK2BVY2Q%26tag%3Dnotrefumier-20%26linkCode%3Dxm2%26camp%3D2025%26creative%3D165953%26creativeASIN%3D2110948000"><img src="http://ecx.images-amazon.com/images/I/412J867310L._SL500_.jpg" alt="" /></a></p>
<p><em>ou si l&#8217;on préfère une personne plus mediatique, le livre de Jacques Attali</em><br />
<img src="http://ecx.images-amazon.com/images/I/415%2BwUEK-FL._SL160_.jpg" alt="" /></p>
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		<title>Le choc des égoïsmes par l&#8217;ex mediateur de la république</title>
		<link>http://www.notrefumier.fr/le-choc-des-egoismes-par-lex-mediateur-de-la-republique/1830</link>
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		<pubDate>Thu, 21 Apr 2011 21:00:26 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>
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		<category><![CDATA[état]]></category>
		<category><![CDATA[jean paul delevoye]]></category>
		<category><![CDATA[vivre ensemble]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous invite à écouter ces 10 minutes d&#8217;interview de jean Paul Delevoye membre de L&#8217;UMP ex médiateur de la république (le poste a été supprimé depuis) J&#8217; apprecie particulièrement la franchise et la simplicité de son discours. Première partie &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/le-choc-des-egoismes-par-lex-mediateur-de-la-republique/1830">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" title="jean paul delevoye" src="http://fr.altermedia.info/images/delevoye.jpg" alt="" width="198" height="166" />Je vous invite à écouter ces 10 minutes d&#8217;interview de jean Paul Delevoye</p>
<p>membre de L&#8217;UMP ex médiateur de la république (le poste a été supprimé depuis)</p>
<p>J&#8217; apprecie particulièrement la franchise et la simplicité de son discours.</p>
<p>Première partie (10&#8242;)<a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2011/04/10239-22.03.2011-ITEMA_20275337-0.mp3"> invite d&#8217;inter</a></p>
<p>La même chose en vidéo si vous preferrez</p>
<p><object width="480" height="269"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/video/xhrar6" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="wmode" value="transparent" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="269" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/xhrar6" wmode="transparent" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object></p>
<p><a href="http://www.dailymotion.com/video/xhrar6_jean-paul-delevoye_news" target="_blank">Jean-Paul Delevoye</a> <em>par <a href="http://www.dailymotion.com/franceinter" target="_blank">franceinter</a></em></p>
<p>Quelques points que je retiens :</p>
<ul>
<li> les français ne croient plus au destin collectif de la France, ils croient à leur reussite individuelle, à leur bonheur personnel.</li>
<li>1955 : La fracture sociale : je veux vivre avec l&#8217;autre<br />
2007 : La sécurité : j&#8217;ai peur de l&#8217;autre<br />
2012 :<em>&laquo;&nbsp;Si aujourd’hui 2012 n’est pas réflexion collective sur le vivre  ensemble et le chacun pour soi on risque d’avoir une remise en cause de  tout ce qui faisait la force collective de la France”.</em><em> </em><em> </em></li>
<li><em>La frontière n’est plus entre la droite et la gauche mais entre ceux qui récusent ou non la mondialisation</em></li>
<li>Refus de l&#8217;administration et de l&#8217;état : L&#8217;école ne sait plus former,  les stages ne forment à rien alors je cherche des voies parallèles</li>
<li>( <em>A NE PAS RATER à la 8 minutes</em>) à Les sociétés sont gérées par 3 grands sentiments : L&#8217; esperance , la peur ou l&#8217;humiliation &#8230; les droites exploitent les peurs, les gauches les humiliations &#8230;.</li>
</ul>
<p>Dans cette seconde partie (13 &#8216;)</p>
<p><a href="http://www.notrefumier.fr/wp-content/uploads/2011/04/10238-22.03.2011-ITEMA_20275334-0.mp3">Mediateur de la republique</a></p>
<p>Si vous êtes pressé vous pouvez aller directement à la 6&#8242; .</p>
<p>Quelques points que je retiens :</p>
<ul>
<li>Basculement du citoyen en consommateur</li>
<li>Je veux pas que le juge soit juste, je veux que le juge fasse mal a celui qui m&#8217;a fait mal. Je veux pas que le prof soit bon, je veux qu&#8217;il mette 20 à mon gamin.</li>
<li>Ce qui est important c&#8217;est de gagner un électeur même si on perd un citoyen.</li>
<li>Société qui bascule des convictions aux émotions</li>
</ul>
<p>Le site du médiateur : <a href="http://www.mediateur-republique.fr/fr-citoyen-08" target="_blank">ici</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le monde des systèmes et des supersystèmes cognitifs. Conflits et coopérations. Vers le post-humain.</title>
		<link>http://www.notrefumier.fr/le-monde-des-systemes-et-des-supersystemes-cognitifs-conflits-et-cooperations-vers-le-post-humain/256</link>
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		<pubDate>Wed, 21 May 2008 15:34:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cento</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Encore un super article passionnant avec pleins de concepts indispensables à une vision lucide du monde. La totalité en deuxième partie. Le modèle de soi qui donne à un système cognitif toute sa puissance compétitive est différent. Il est doté &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/le-monde-des-systemes-et-des-supersystemes-cognitifs-conflits-et-cooperations-vers-le-post-humain/256">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Encore un super article passionnant avec pleins de concepts indispensables à une vision lucide du monde. La totalité en deuxième partie.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Le modèle de soi qui donne à un système cognitif toute sa puissance compétitive est différent. Il est doté d’une propriété qui lui ouvre au moins virtuellement des possibilités innombrables, celle de pouvoir contribuer à la formulation d’hypothèses s’affranchissant des expériences précédemment vécues par le système. C’est précisément en cela que réside la capacité du système cognitif, non pas de s’affranchir des déterminismes, mais de faire des hypothèses ne tenant pas compte des déterminismes déjà expérimentés et mémorisés.</span></p>
<p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Le fait que le modèle du soi propre au système cognitif échappe aux déterminismes linéaires et puisse formuler des hypothèses sur un mode presque aléatoire permet au cerveau d’abord, au corps tout entier du système cognitif ensuite, de se comporter dans le monde réel en machines à inventer. Le bénéfice en terme de compétitivité de l’émergence d’une telle propriété a été immédiat. Le cerveau du système cognitif, enrichi par le modèle (imaginaire ou halluciné) d’un soi pouvant librement imaginer de modifier le monde afin de le transformer a priori, est devenu un compétiteur redoutable à l‘égard des systèmes non cognitifs qui n’évoluent que beaucoup plus lentement et le plus souvent a posteriori seulement d’un évènement perturbateur. </span></p></blockquote>
<p>Ces deux petits extraits m&#8217;ont poussés à la réflexion suivante : l&#8217;avantage de l&#8217;espèce humaine sur toutes les autres formes de vies connues est sa double capacité à transmettre un savoir sous forme de traditions et de remettre en question à chaque génération ces mêmes traditions. Ces deux facultés qui s&#8217;opposent et se complètent, la nouveauté devenant la tradition de la génération suivante, assurent une adaptation permanente des humains à leur milieu, même s&#8217;ils sont la cause des boulversements de leur environement.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Les systèmes cognitifs assemblés en SSC (super systèmes cognitifs) ont très vite, nous l’avons indiqué précédemment, exporté sur des réseaux de supports physiques externes à eux un certain nombre de représentations du monde, construites initialement dans les cerveaux des systèmes cognitifs individuels et s’étant révélées efficaces pour contribuer à la survie de ces systèmes. C’est ce mécanisme qui a donné naissance aux mémoires sociales les plus variées, depuis les mythes jusqu’aux programmes éducatifs enseignés dans les écoles. Si les contenus de ces mémoires ont été conservés et améliorés, ce n’était pas par ce qu’ils étaient vrais dans l’absolu (notion qui n’a pas de sens dans l’approche retenue ici) mais parce qu’ils étaient les plus propres à faciliter la survie des groupes et des individus qui s’y référaient. C’est ainsi que les mythes fondateurs, croyances religieuses et superstitions diverses sont apparus et ont continué à se développer du fait des références utiles à la survie qu’ils apportent aux systèmes cognitifs individuels et aux SSC. Ceci en dépit du fait que ces mythes, au regard des critères de la scientificité que nous allons présenter ci-dessous, ressemblent à des &laquo;&nbsp;mensonges &nbsp;&raquo; ou tout au moins des illusions. </span></p></blockquote>
<p>J&#8217;aime beaucoup cette explication de l&#8217;utilité des illusions! Cela parrait effectivement tellement logique!</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Les contenus des mémoires scientifiques ne sont pas plus « vrais » au sens ontologique que ceux des mémoires mythologiques. Ils sont seulement plus efficaces puisqu’ils représentent la globalisation réutilisable par tous d’un nombre considérable d’expériences « réussies ». Autrement dit, ils contribuent à construire un monde que l’on pourrait dire scientifique ou rationnel qui se superpose au monde naturel et qui le modifie en permanence dans la mesure où la machine à inventer des SSC continue à fonctionner sur le mode de la production de contenus scientifiques. </span></p></blockquote>
<p>J&#8217;ai envie de me revendiquer comme un représentationiste! Il n&#8217;existe pas de réel en soi. Seulement des représentations créées à partir de nos perceptions. On invente un modèle du monde qui nous sert d&#8217;environement d&#8217;interaction. Et l&#8217;on revoit ce modèle à chaque fois que nécessaire pour qu&#8217;il colle à à nos sensations. Ce processus nous permet de nous optimiser et améliorer nos chances de survie.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Les systèmes cognitifs sont en compétition les uns avec les autres. En simplifiant on dira qu’une première lutte pour la survie oppose les SSC scientifiques aux SSC privilégiant des représentations mythologiques. Vu l’efficacité des représentations scientifiques, on pourrait penser que les premiers l’emporteront inévitablement sur les seconds. Mais les connaissances scientifiques, bien qu’étendues, ne peuvent suffire à répondre à toutes les questions que les cerveaux des systèmes cognitifs se posent sur le monde. Donc, au sein même des SSC scientifiques persistent avec succès des représentations mythologiques dont s’inspirent beaucoup d’individus. Elles sont transmises tout naturellement par les langages, qui sont les vecteurs, non seulement des contenus de communication scientifique, mais de la prolifération d’entités informationnelles réplicantes n’ayant rien de particulièrement rationnel et que l’on désigne par le terme de mèmes. </span></p></blockquote>
<p>Mais il y a un défaut à ce processus d&#8217;optimisation. Notre besoin d&#8217;avoir un modèle qui répond à toutes les questions nous pousse à croire à n&#8217;importe quoi plutot que d&#8217;admettre notre ignorance. C&#8217;est tellement simple et évident comme explication du fait religieux! Renforcé par notre mimétisme sociale, la modélisation a ses défauts qui vont à l&#8217;encontre de l&#8217;efficacité.</p>
<blockquote><p><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana;">Par ailleurs et surtout, les corps et cerveaux des individus ou systèmes cognitifs individuels qui se regroupent au sein des SSC scientifiques ne sont pas entièrement dédiés à la construction de représentations scientifiques du monde. Quand il s’agit de corps biologiques (et non de corps artificiels), leurs héritages génétiques provenant de millions d’années d’évolution les laissent sensibles à des motivations qui peuvent venir en contradiction avec la rationalité scientifique (par exemple la défense exacerbée du territoire et la haine de l’autre considéré comme un rival). Au sein même de ceux des SSC que l’on pourrait globalement considérer comme des sociétés scientifiques ou technoscientifiques, les contenus de mémoire mythologiques réactivés en permanence par des héritages génétiques ou épigénétiques persistants depuis le fond des âges peuvent être bien plus nombreux que les contenus de mémoire provenant de la construction scientifiques. Les SSC à ciment principalement traditionaliste ou mythologique, dont certains sont aussi en partie des SSC scientifiques, sont finalement aussi puissants, en termes d’affrontement physique, que les SSC à ciment principalement scientifique. L’issue des conflits darwiniens pour la survie qui les oppose n’est donc pas prévisible.</span></p></blockquote>
<p>C&#8217;est tellement vrai! Quand on voit de grands scientifiques de renom qui font appel au spiritualisme, à dieu ou même l&#8217;âme pour expliquer ce qu&#8217;ils échouent à comprendre, on voit bien à l&#8217;oeuvre ce mécanisme de modélisation.</p>
<p><span style="font-size: x-small; color: #006699; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong><span style="color: #ff0000;"><span style="font-size: small; color: #000099;"><strong><span style="font-size: x-small; color: #339999;"><span id="more-256"></span>Le monde des systèmes et des supersystèmes cognitifs. Conflits et coopérations. Vers le post-humain </span><br />
</strong></span></span></strong></span><span style="font-size: x-small; color: #000000; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">par Jean-Paul Baquiast 20/03/2008</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><em><span style="color: #ff0000;"><span style="font-size: x-small; color: #000099; font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">NB. Ce texte ne vise pas à la scientificité au sens habituel. Il s&#8217;agit plutôt d&#8217;un apologue scientifique visant à concrétiser une vision du monde et de la science à laquelle, d&#8217;une façon bêtement métaphysique (et darwiniste) &laquo;&nbsp;croît&nbsp;&raquo; l&#8217;auteur. </span></span></em></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Appelons système cognitif (de l’américain <em>Cognitive system</em>) toute organisation biologique ou artificielle dotée d’un corps et d’un cerveau et capable de construire au niveau de son cerveau des modèles du monde incluant une image de lui-même (ou de soi). Le terme de système cognitif est préférable à celui de système conscient car ce dernier fait allusion à la conscience, propriété élusive pour laquelle aucune définition opérationnelle ne peut être retenue. Le terme cognitif, au contraire, implique que le système a la connaissance de quelque chose dont l’importance est telle qu’elle permette de le différencier de tous les autres systèmes. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Le système cognitif</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Est-ce le modèle du monde qui est ce &laquo;&nbsp;quelque chose&nbsp;&raquo; dont le système cognitif a connaissance? Pas seulement. Rappelons que tout système biologique ou artificiel doté d’un corps et d’un cerveau, en interagissant par ses organes d’entrée-sortie avec son environnement, identifie dans celui-ci, sur le mode essais et erreurs, des constantes qui pour lui représentent le monde. Ces constantes sont mémorisées dans la mémoire du système et constituent le modèle du monde auquel il se réfère lors de ses actions ultérieures. Ce modèle déclenche des actions en réponse quasi automatiques (stimulus-réponse), quand le système se retrouve confronté à des situations analogues à celles ayant fait l’objet d’une observation ou expérience dont les résultats ont été mis en mémoire.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ce qui fait l’originalité du système cognitif est le fait que le modèle du monde dont il dispose est « habité », si l’on peut dire, par une représentation du système cognitif lui-même, que nous appellerons image de soi. La comparaison parfois faite avec un jeu vidéo est utile. Un système non cognitif, nous venons de le voir, dispose d’un modèle du monde présent en permanence dans sa mémoire. Il l’a construit progressivement par apprentissage en interagissant avec le monde extérieur. C’est l’équivalent du décor visible sur l’écran du jeu vidéo. Mais ce décor est vide. Un système cognitif, au contraire, dispose d’un personnage, ou <strong>avatar</strong> de lui-même, qui le représente en train d’interagir avec le monde. C’est le modèle de soi. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">A quoi sert ce personnage ou modèle de soi ? Nous avons vu précédemment que le propre du cerveau associatif, dans les systèmes non cognitifs comme dans les systèmes cognitifs, est de construire des représentations du monde en élaborant, à partir des expériences précédentes conservées en mémoire, des hypothèses que le reste du corps se charge de mettre à l’épreuve. Ces hypothèses portent toujours sur l’effet positif ou négatif que tel élément du monde perçu par les sens pourra avoir sur la vie ou la survie du système tout entier. Prenons l’exemple d’un système non cognitif tel qu’un cheval non monté se déplaçant au galop sur un terrain varié comportant des haies. Le modèle du monde mémorisé dans le cerveau de ce cheval comporte, consécutivement à des expériences précédentes, deux catégories de haies, celles qui sont franchissables d’un bond et celles qui ne le sont pas. Lorsque le cheval se trouve en présence d’une nouvelle haie, son cerveau construit un modèle de cette haie à partir des informations visuelles qu’il en reçoit. Il compare ce modèle à ceux des haies déjà présentes en mémoire et procède à une hypothèse concernant la possibilité de la franchir ou non d’un bond. Le cerveau commande ensuite au corps de vérifier l’hypothèse qu’il vient de formuler : sauter ou se dérober. Le résultat de l’expérience, qu’il confirme ou infirme l’hypothèse, est enregistré. Il enrichit ainsi le modèle du monde dont dispose notre cheval</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous avons dit que tous les systèmes, qu’ils soient ou non cognitifs, procèdent de même. Les systèmes non cognitifs le font systématiquement et les systèmes cognitifs par défaut, quand ils fonctionnent en mode non cognitif, ce qui est le plus fréquent. Mais quand le système cognitif bascule en mode cognitif, que se passe-t-il ? Revenons sur l’exemple du cheval au galop, considéré comme représentatif d’un système non cognitif (ce qui était peut être un peu désobligeant pour cet animal, dont les capacités cognitives en remontrerait à beaucoup de cavaliers <em>lambda</em>). Dans le scénario retenu, son cerveau n’anticipe pas sur les évènements du monde extérieur. Il se borne à attendre que ceux-ci soient perçus par les sens et plus généralement, vécus par le corps. Ce sont ces perceptions qui déclenchent l’activité de formulation d’hypothèses caractéristiques du cerveau. Nous pourrions pour illustrer ceci nous placer dans la situation d’un apprenti pilote en cours de formation sur un simulateur de vol. Le simulateur, dans sa fonction la plus simple, se limite à faire défiler sur l’écran des scènes face auxquelles le pilote devra réagir, sans pouvoir anticiper sur le déroulement des évènements. Dans une approche de piste simulée, le simulateur se bornera à provoquer des turbulences auxquelles le pilote devra réagir pour corriger son assiette. Le pilote en ce cas ne se comporte pas véritablement comme un système cognitif. Les performances accomplies par son cerveau ne dépassent pas celles du cerveau du cheval précité. </span></p>
<p align="center"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><img src="http://by130w.bay130.mail.live.com/mail/SafeRedirect.aspx?hm__tg=http://65.55.135.121/att/GetAttachment.aspx&amp;hm__qs=file%3d1a60d406-5167-4744-8038-70f2d5be0135.gif%26ct%3daW1hZ2UvZ2lm%26name%3daW1hZ2U3LmdpZg_3d_3d%26inline%3d1%26rfc%3d0%26empty%3dFalse%26imgsrc%3dcid%253aimH&amp;oneredir=1&amp;ip=10.1.106.99&amp;d=d2321&amp;mf=0" alt="simulateur de vol" width="350" height="266" /></span></p>
<p align="center"><span style="font-size: xx-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><a href="http://rafale-f2.france-simulation.com/" target="_blank">Mirage 2000-5 survolant le porte-avions Charles de Gaulle.<br />
Source: http://rafale-f2.france-simulation.com/</a></span>
</p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">La situation est toute autre quand le simulateur fait intervenir un avatar ou image de l’avion auquel le pilote peut donner des ordres. Il peut alors commander à son avatar d’accomplir telles actions au sein du décor, lesquelles provoquent des évènements en réaction qui ne se seraient pas produits en l’absence d’avatar. Dans un exercice d’appontage sur porte-avion, le pilote peut alors décider de se mettre en approche ou au contraire de reprendre de l’altitude. Nous sommes toujours dans la simulation, c’est-à-dire dans le virtuel. Mais les simulations ainsi réalisées peuvent être beaucoup plus variées que si elles se déroulaient séquentiellement. Elles peuvent aider le pilote à maîtriser le moment venu des situations en vraie grandeur qu’il aurait lui-même provoquées pour optimiser le déroulement de son vol. Evidemment, sur un simulateur de vol, c’est le cerveau du pilote qui joue le rôle de modèle du soi en se projetant dans l’avatar. Quelle est la nature du modèle du soi qui intervient dans les systèmes cognitifs ? </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Tout système comportant un corps et un cerveau, qu’il soit ou non cognitif, acquiert un modèle de soi qui fait partie du modèle du monde construit par son cerveau. Mais le modèle de soi du système non cognitif n’est pas proactif. Autrement dit, il ne contribue pas, par des initiatives spécifiques, à la fabrication des hypothèses qui constituent l’activité principale du cerveau. Il fait partie, si l’on peut dire, du décor général dont le cerveau tient compte pour élaborer ses hypothèses. Le modèle du soi du système non cognitif est un modèle du corps, avec ses capacités mémorisées depuis les origines de la vie du système. Il a été construit par le cerveau du système non cognitif de la même façon que son modèle du monde, par apprentissage à partir des informations endogènes (provenant du corps). Un système faiblement cognitif, ou non cognitif, tel un insecte, « connaît » toujours exactement l’état de ses membres dans l’espace. Ces informations endogènes permettent à son cerveau de construire ce que l’on nomme parfois la conscience primaire de soi. Mais les informations correspondant à la construction de cette conscience primaire ne sont pas utilisées dans les hypothèses sur le monde auxquelles procède le cerveau en dehors des situations précises auxquelles le corps sera appelé à s’adapter. Le cerveau d’un système non cognitif, quand il perçoit l’existence d’une haie dans le monde extérieur, simule le saut compte tenu de ce qu’il a mémorisé des capacités saltatoires des jambes. Mais il ne va pas simuler par anticipation la réaction du corps à des situations qui ne se sont pas encore produites, tel que le saut imaginaire d&#8217;une rivière imaginée. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Le modèle de soi qui donne à un système cognitif toute sa puissance compétitive est différent. Il est doté d’une propriété qui lui ouvre au moins virtuellement des possibilités innombrables, celle de pouvoir contribuer à la formulation d’hypothèses s’affranchissant des expériences précédemment vécues par le système. C’est précisément en cela que réside la capacité du système cognitif, non pas de s’affranchir des déterminismes, mais de faire des hypothèses ne tenant pas compte des déterminismes déjà expérimentés et mémorisés. On connaît l’histoire (romancée) de la découverte des premiers outils par des hominiens en train de devenir des systèmes cognitifs à la différence de leurs cousins primates qui ne suivaient pas cette voie. Plutôt que rejeter les noix dont ils ne pouvaient casser l’enveloppe, ils ont entrepris de les casser avec des percuteurs de pierre. Ces hypothèses, mises en expérimentation par le corps du système cognitif, pouvaient échouer : l’hominien s’écrase un doigt et renonce, mais elles pouvaient aussi réussir. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Quand de telles hypothèses réussissent, le système cognitif s’est ouvert une marge d’action dans le monde extérieur qu’il n’aurait jamais découverte s’il était resté enfermé dans la chronologie des évènements s’imposant à lui. Si je m’imagine que je ne suis pas condamné à répéter indéfiniment les comportements anciens, avec leurs déterminismes bien définis, autrement dit si me suppose capable d’inventer un comportement nouveau tel qu’utiliser une pierre pour casser une noix, même si je n’ai jamais vu faire ce geste, il viendra bien un jour où je casserai effectivement une noix, augmentant ainsi mes chances de vie. Mais par quel terme traduire le fait de se supposer capable d’inventer un comportement nouveau échappant aux déterminismes anciens ? Dans la philosophie courante, on dira que c’est faire preuve de liberté. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous n’allons pas ici reprendre ce terme de liberté dont les implications métaphysiques empêchent de rechercher comment, dans l’évolution des systèmes cognitifs, des propriétés nouvelles favorisant l’invention créatrice ont pu être acquises par essais et erreurs au sein de systèmes en compétition pour la survie. Comment le cerveau du premier système cognitif aura-t-il généré l’image d’un soi capable de s’affranchir de certains déterminismes et d’expérimenter librement, hypothèse contraire à toutes les expériences faites jusqu’alors ? On retrouve là une question bien connue, celle de l’origine de la « conscience de soi » dans le règne animal ? Une explication relativement simple consisterait à dire que l’image d’un soi libre d’inventer pourrait n’être que la traduction, au niveau du cerveau associatif, d’un comportement très répandu y compris dans des espèces animales non réputées pour leurs aptitudes à la conscience de soi, qui est le jeu, l’exploration relativement « hors normes » du monde, auxquels se livrent les jeunes de nombreuses espèces, voire les cerveaux non matures d’espèces capables de conscience. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Mais l’hypothèse la plus vraisemblable fait appel à la vie de groupe. Un individu n’est jamais seul. Il est toujours membre d’un groupe plus ou moins important. C’est au sein de ce groupe qu’il se forme – en commençant par observer les comportements de sa mère. On considère généralement que ce sont des mutations apparues dans le cortex associatif de certains primates, sous forme de neurones miroirs (ou hypothèse analogue) qui ont permis, dans chacun des cerveaux individuels, d’associer et de construire par interaction l’image de l’autre et l’image de soi. Lorsque je vois quelqu’un d’autre que je considère semblable à moi cueillir un fruit pour le manger, je suis porté par empathie à faire de même. Ce faisant, je me crois libre de le faire puisque j’imite l’autre que je crois lui aussi libre de cueillir ou ne pas cueillir le fruit. Il ne me vient pas à l’idée que le geste de l’autre est entièrement déterminé. Par conséquent je ne me considère pas non plus comme déterminé lorsque je l’imite. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On voit que le cerveau du système cognitif a placé dans le modèle du monde qu’il s’est construit un modèle du soi ou avatar capable de prendre des initiatives échappant aux déterminismes inscrits dans le modèle du monde. Ces initiatives ne sont jamais totalement indéterminées, ce qui n’aurait pas de sens. Mais elles obéissent à des causes tout à fait extérieures au système, comme l’imitation de comportements ou phénomènes étrangers. Dès que dans le cerveau du système, le modèle du soi a pris (virtuellement) une initiative jamais prise jusqu’alors, le cerveau commande au corps d’expérimenter cette initiative dans le monde réel. Elle aboutira ou n’aboutira pas, mais dans les deux cas, le modèle du monde et le modèle du soi géré par le cerveau du système cognitif se seront enrichis. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Le fait que le modèle du soi propre au système cognitif échappe aux déterminismes linéaires et puisse formuler des hypothèses sur un mode presque aléatoire permet au cerveau d’abord, au corps tout entier du système cognitif ensuite, de se comporter dans le monde réel en machines à inventer. Le bénéfice en terme de compétitivité de l’émergence d’une telle propriété a été immédiat. Le cerveau du système cognitif, enrichi par le modèle (imaginaire ou halluciné) d’un soi pouvant librement imaginer de modifier le monde afin de le transformer a priori, est devenu un compétiteur redoutable à l‘égard des systèmes non cognitifs qui n’évoluent que beaucoup plus lentement et le plus souvent a posteriori seulement d’un évènement perturbateur. Les systèmes non cognitifs modifient certes le monde, mais sans faire appel au cerveau. Ils le font par divers mécanismes de mutation aléatoires liés à leur corps, dont certains réussissent et d’autres pas. Mais ils n’imaginent pas de pouvoir modifier le monde. Aucun circuit ne peut au sein de leur cerveau élaborer de telles intentions. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On n’oubliera pas cependant un point essentiel. Le modèle du soi généré par un système cognitif n’invente pas simplement au hasard, ce qui n’aurait pas de sens, comme nous venons de le rappeler. Il invente essentiellement à partir des informations et exemples visuels apportés par les autres individus du groupe. Mais il invente aussi (et peut-être surtout) à partir du modèle de soi acquis par le système dès sa naissance, informations endogènes venant des capteurs intérieurs qui renseignent sur les capacités du corps, informations mémorisées et disponibles en mémoire résultant des expériences précédemment vécues par le système. Ainsi, s’il me vient à l’idée d’imiter les oiseaux que je vois voler, je ne chercherai pas à procéder comme eux car mon système cognitif sait très bien que je n’ai pas d’ailes. Peut-être imaginerai-je de voler comme un oiseau, mais cette rêverie n’aura pas de suite pratique. Au contraire j’essaierai de mobiliser les ressources dont je dispose, individuellement ou dans le cadre du groupe, pour inventer des substituts au vol de l’oiseau. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Systèmes cognitifs et supersystèmes cognitifs</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On considère généralement que l’individu humain adulte constitue une version particulièrement accomplie de système cognitif. Mais il en existe un certain nombre de versions moins élaborées dans le règne animal et, de plus en plus, sous forme artificielle, dans un nombre croissant d’entreprises travaillant pour la défense, essentiellement aux Etats-Unis. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ceci dit, comme nous venons de le rappeler, ces systèmes, que nous pourrions nommer des systèmes individualisés, ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt. Ils n’auraient jamais pu apparaître et moins encore se développer sans les interactions permanentes qu’ils entretiennent entre eux au sein des groupes qui les réunissent. Nous pourrions considérer que lesdits groupes constituent en fait les véritables systèmes cognitifs, les seuls capables en tous cas d’agir sur le monde et d’y construire des environnements nouveaux. Nous appellerons donc ces groupes des supersystèmes cognitifs (SSC). Ce terme n’a rien d’original pour nous puisque dans la suite des propositions d&#8217; Howard Bloom, nous avons depuis longtemps pris l’habitude d’identifier comme moteurs de l’évolution globale du monde un certain nombre se superorganismes dotés, comme des organismes individuels, bien qu&#8217;à une autre échelle, de corps et de cerveaux.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Mais ces superorganismes sont-ils tous des systèmes cognitifs, autrement dits des supersystèmes cognitifs? Non, puisque dans la plupart des cas, leur cerveau ou ce qui en tient lieu n’est pas capable de construire des modèles globaux du monde et moins encore d’y introduire des modèles du soi présentant le moindre caractère de proactivité. Nous devrons donc les nommer des supersystèmes non cognitifs (SSNC). On trouve de tels SSNC à tous les niveaux d’organisation. C’est le cas d’une termitière, c’est le cas d’une espèce animale répartie sur tous les continents, comme les bactéries et certaines espèces d’oiseaux. C’est enfin le cas, au niveau de complexité le plus élevé, de la Terre toute entière. Certains scientifiques avaient imaginé qu’existait un supersystème non cognitif global (baptisé <strong>Gaïa)</strong> doté de facultés d’autoréparation suffisantes pour lui permettre de résister à des agressions naturelles (par exemple chute de petit astéroïde, variations climatiques spontanées) et continuer à se développer de façon globalement régulée. Mais il apparaît aujourd’hui que faute précisément de disposer de capacités cognitives, les SSNC naturels, qu’ils soient petits, grands ou global (Gaïa), ne semblent pas capables de résister spontanément aux modifications agressives que leur imposent les SSC. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les SSNC, bien qu’infiniment plus présents dans le monde que les SSC, ne génèrent pas en effet dans leur cerveau (quand ils en ont) d’images d’eux-mêmes ni d’ailleurs d’images du monde. Ils ne génèrent donc pas d’hypothèses sur le monde et sur leur soi. Leur cerveau ou ce qui en tint lieu leur sert seulement à la coordination locomotrice sur le mode stimulus-réponse/retard, en réaction aux évènements que l’évolution du monde leur impose. Ils peuvent apprendre à s’adapter aux changements du monde (principalement sur le mode des mutations génétiques réussies), mais sans pouvoir anticiper ces changements. Ils ne peuvent d’ailleurs pas s’adapter aux changements trop rapides ou trop importants. On dira, pour reprendre le terme précédemment utilisé, qu’ils ne sont pas proactifs. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Revenons aux SSC. Les premiers d’entre eux sont apparus dans le monde animal. Ils ont pris une grande extension au sein de l’espèce humaine. On considère généralement que les SSC biologiques se sont développés à partir des individus (individus humains dans le cas de l’espèce humaine). C’est une évidence dans la mesure où seuls les individus sont dotés de cerveaux. Mais les cerveaux eux-mêmes sont des constructions acquises génétiquement en conséquence des interactions entre individus au sein des groupes. Plus généralement, comme nous l’avons rappelé plus haut, ce sont les groupes ou sociétés qui ont permis, par l’imitation puis le langage, la mise en place au niveau du cerveau des individus des images du monde et de soi qui caractérisent les systèmes cognitifs. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les SSC sont évidemment très nombreux et divers. Ils regroupent des individus associés par des modes de vie communs et un tissu plus ou moins dense et permanent de symboles langagiers externalisés, matérialisés et mémorisés au sein de réseaux physiques. Ces réseaux constituent, avec les individus qui y sont connectés, les supercerveaux des SNC. Ces supercerveaux, de même que les cerveaux individuels, hébergent des modèles du monde et des modèles de soi représentant le supersystème cognitif. Pour simplifier, on dira qu’ils assurent les mêmes fonctions que les cerveaux biologiques individuels, malgré leurs profondes différences anatomiques. Les SSC, dans l’espèce humaine ou dans les autres domaines où ils apparaissent (notamment dans le monde de la vie artificielle, sur lequel nous reviendrons ultérieurement) sont, du fait de leur nombre, de leurs différences et donc de leurs exigences de survie pouvant éventuellement s’opposer, en conflit darwinien permanent. Il n’y a là rien de surprenant ni même d’inquiétant. Le moteur de leur évolution, pour eux comme pour tous les systèmes biologique, est la compétition darwinienne pour l’accès aux ressources et le « contrôle du monde ». Cette compétition n’exclut pas, comme on le sait, la coopération et les symbioses. Sans cette compétition, ils ne pourraient pas devenir de plus en plus cognitifs.</span></p>
<p>Nous avons vu qu’à la naissance d’un premier modèle du soi a été l’imitation en miroir par le proto- système cognitif de l’activité d’un système non cognitif extérieur intériorisé comme un soi. Le fonctionnement de la machine à inventer caractérisant les systèmes cognitifs a toujours été alimenté depuis lors par les échanges, de compétition ou de collaboration, avec les autres systèmes cognitifs. Laissé à lui-même, le recyclage interne sans apport de l’extérieur finirait vite en effet par enlever toute dynamique aux capacités d’invention du système cognitif. Le relais du groupe est nécessaire. L’accroissement de taille des SSC par recrutement constant de nouveaux membres individuels, qui semble être un de leurs traits significatifs, s’explique pour cette raison d’efficacité. Plus on est nombreux, plus on innove. On le vérifie aujourd’hui dans le domaine des systèmes cognitifs non biologiques ou artificiels, qui apprennent d’autant mieux à modifier le monde qu’ils sont groupés en essaims.</p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les systèmes cognitifs assemblés en SSC ont très vite, nous l’avons indiqué précédemment, exporté sur des réseaux de supports physiques externes à eux un certain nombre de représentations du monde, construites initialement dans les cerveaux des systèmes cognitifs individuels et s’étant révélées efficaces pour contribuer à la survie de ces systèmes. C’est ce mécanisme qui a donné naissance aux mémoires sociales les plus variées, depuis les mythes jusqu’aux programmes éducatifs enseignés dans les écoles. Si les contenus de ces mémoires ont été conservés et améliorés, ce n’était pas par ce qu’ils étaient vrais dans l’absolu (notion qui n’a pas de sens dans l’approche retenue ici) mais parce qu’ils étaient les plus propres à faciliter la survie des groupes et des individus qui s’y référaient. C’est ainsi que les mythes fondateurs, croyances religieuses et superstitions diverses sont apparus et ont continué à se développer du fait des références utiles à la survie qu’ils apportent aux systèmes cognitifs individuels et aux SSC. Ceci en dépit du fait que ces mythes, au regard des critères de la scientificité que nous allons présenter ci-dessous, ressemblent à des &laquo;&nbsp;mensonges &nbsp;&raquo; ou tout au moins des illusions. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Une révolution est cependant apparue dans la production de ces mémoires collectives, révolution due elle aussi au hasard et conservée par la sélection naturelle du fait de l’efficacité de sa contribution à la survie des SSC. Il s’agit de la révolution apportée par la méthode scientifique. Un certain nombre de SSC, aux alentour de la période dite des Lumières, voire auparavant, dès le XIVe siècle européen, ont expérimenté (là encore par suite d’un hasard heureux) l’intérêt pour la survie de la pratique consistant à mutualiser toutes les représentations du monde présentant à la fois le caractère d’être efficaces en terme d’action sur le monde et celui d’être cumulables avec d’autres analogues. Une représentation du monde provenant d’un mythe est rarement efficace. Elle est encore moins cumulable avec d’autres car la variété des mythes, religions et autres créations de l’imaginaire est sans limite. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les représentations dites par la suite scientifiques accumulées dans les mémoires scientifiques ont été générées par le travail d’un très grand nombre de cerveaux ayant appris par essais et erreurs l’efficacité :<br />
1. des méthodes de formulation d’hypothèses dites déduction, induction et abduction ;<br />
2. des méthodes de vérification d’hypothèses dites de la pratique expérimentale mutualisée ;<br />
3. des instruments d’observation et d’expérimentation physiques prolongeant les appareils sensorimoteurs des « corps » des systèmes cognitifs ;<br />
4. des outils logiques (mathématiques) et épistémologiques permettant de formaliser, rendre compatibles et critiquer les connaissances ;<br />
5. de la mutualisation des connaissances assurée sur un mode universel à travers les années et les continents, même lorsque les systèmes cognitifs contribuant à l’oeuvre commune sont en compétition sinon en guerre les uns avec les autres.</span></p>
<p>Les réseaux numériques modernes constituent aujourd’hui un des meilleurs terrains, comme nous le verrons ci-dessous, de la mutualisation des représentations scientifiques et donc du développement des SSC scientifiques.
</p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les contenus des mémoires scientifiques ne sont pas plus « vrais » au sens ontologique que ceux des mémoires mythologiques. Ils sont seulement plus efficaces puisqu’ils représentent la globalisation réutilisable par tous d’un nombre considérable d’expériences « réussies ». Autrement dit, ils contribuent à construire un monde que l’on pourrait dire scientifique ou rationnel qui se superpose au monde naturel et qui le modifie en permanence dans la mesure où la machine à inventer des SSC continue à fonctionner sur le mode de la production de contenus scientifiques. Les formes de vie, d’intelligence et de conscience artificielle constituent les aspects les plus récents de cette production d’un « nouveau monde » ». Mais comme on le verra, elles sont sur la voie de pouvoir elles-mêmes se transformer en systèmes cognitifs autonomes, éventuellement sans coopération avec les systèmes cognitifs humains, ce que ne peuvent pas faire des SSC tels que « le monde de l’automobile » ou « le monde des énergies fossiles ». Des problèmes ou même des conflits de coexistence pourront en surgir. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Les conflits entre supersystèmes cognitifs</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les systèmes cognitifs sont en compétition les uns avec les autres. En simplifiant on dira qu’une première lutte pour la survie oppose les SSC scientifiques aux SSC privilégiant des représentations mythologiques. Vu l’efficacité des représentations scientifiques, on pourrait penser que les premiers l’emporteront inévitablement sur les seconds. Mais les connaissances scientifiques, bien qu’étendues, ne peuvent suffire à répondre à toutes les questions que les cerveaux des systèmes cognitifs se posent sur le monde. Donc, au sein même des SSC scientifiques persistent avec succès des représentations mythologiques dont s’inspirent beaucoup d’individus. Elles sont transmises tout naturellement par les langages, qui sont les vecteurs, non seulement des contenus de communication scientifique, mais de la prolifération d’entités informationnelles réplicantes n’ayant rien de particulièrement rationnel et que l’on désigne par le terme de mèmes. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Par ailleurs et surtout, les corps et cerveaux des individus ou systèmes cognitifs individuels qui se regroupent au sein des SSC scientifiques ne sont pas entièrement dédiés à la construction de représentations scientifiques du monde. Quand il s’agit de corps biologiques (et non de corps artificiels), leurs héritages génétiques provenant de millions d’années d’évolution les laissent sensibles à des motivations qui peuvent venir en contradiction avec la rationalité scientifique (par exemple la défense exacerbée du territoire et la haine de l’autre considéré comme un rival). Au sein même de ceux des SSC que l’on pourrait globalement considérer comme des sociétés scientifiques ou technoscientifiques, les contenus de mémoire mythologiques réactivés en permanence par des héritages génétiques ou épigénétiques persistants depuis le fond des âges peuvent être bien plus nombreux que les contenus de mémoire provenant de la construction scientifiques. Les SSC à ciment principalement traditionaliste ou mythologique, dont certains sont aussi en partie des SSC scientifiques, sont finalement aussi puissants, en termes d’affrontement physique, que les SSC à ciment principalement scientifique. L’issue des conflits darwiniens pour la survie qui les oppose n’est donc pas prévisible. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Une autre compétition, bien plus aiguë encore, est celle qui oppose les systèmes et supersystèmes cognitifs scientifiques entre eux. Le fait de se référer à des modèles scientifiques ou rationnels du monde ne leur garantit pas un comportement en permanence rationnel ou scientifique. S’appuyer sur des socles communs de connaissance ne les pousse pas nécessairement à coopérer pour accroître celles-ci. La compétition au niveau des représentations scientifiques va d&#8217;ailleurs de soi. Sans elle il n’y aurait pas de progrès des connaissances. Ces compétitions sont d’autant plus vives que, comme nous l’avons vu, les SSC scientifiques comportent aussi de nombreux héritages venant des SSC mythologiques et génétiques. Les SSC scientifiques s’affrontent donc pour tirer de leurs modèles scientifiques des applications, économiques et surtout militaires, propres à augmenter leur puissance. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ces affrontements sont dangereusement à courte vue. Nous voulons dire par là que si les SSC scientifiques sont capables d’anticiper convenablement leur propre devenir, face aux adversaires qu’ils ont identifiés, ils sont incapables de mesurer les conséquences qu’auront leurs conflits sur le monde en général. Ils ne disposent pas en effet des informations suffisantes pour cela. Leur science n’a pas encore acquis la puissance nécessaire. Ceci tient notamment au fait qu’il n’existe pas, sauf de façon embryonnaire, de SSC universel, doté d’une vision globale du monde et d’un modèle de soi lui-même universel, qui puisse émettre des messages d’alerte. Dans ces conditions, on peut craindre que les compétitions entre SSC, même s’ils sont à dominante scientifiques, entraînent à brève échéance des conséquences catastrophiques, d’autant plus catastrophiques qu’elles mettront en œuvre des technologies d’inspiration scientifique. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">En effet, les compétitions entre SSC, qu’ils soient ou non scientifiques, ne se traduisent pas seulement par des conséquences susceptibles d’entraîner soit la complexification et l’enrichissement de certains d’entre eux, soit la disparition de certains autres. Elles retentissent aussi sur l’évolution des supersystèmes naturels non cognitifs (SSNC). Ceux-ci, nous l’avons rappelé, n’ayant pas la possibilité de représenter leur soi d’une façon coactive, sont livrés si l’on peut dire passivement aux initiatives, généralement agressives pour eux, des SSC. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Inutile ici de rappeler qu’une compétition de plus en plus vive a opposé les SSNC aux systèmes cognitifs, ceci dès l’apparition de ces derniers, que l’on peut faire remonter à quelques millions d’année avant le présent. La diversité, l’omniprésence, l’ancienneté de l’histoire évolutive des systèmes non cognitifs (dont l’histoire a commencé il y a environ 4 milliards d’années) leur a longtemps permis de résister avec succès au déploiement des systèmes cognitifs. Mais aujourd’hui, vu la puissance acquise par les SSC scientifiques dans les 50 dernières années, on peut s’inquiéter des conséquences de l’affrontement. On risque de voir s’établir une nouvelle ère d’extinctions massives analogues, mais dues à d’autres causes, à celles déjà subies par la vie terrestre. Le nombre et la variété des systèmes non cognitifs « naturels » risquent de diminuer considérablement, mettant en danger l’écosystème terrestre. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les combats que se livrent entre eux les SSC pour la maîtrise du monde seront, comme nous venons de l’indiquer, des facteurs aggravants majeurs dans la marche à ce désastre. On voit par exemple comment, pour soutenir les conflits qui les opposent, des puissances géopolitiques détruisent systématiquement les ressources naturelles de la planète, compromettant la survie d’innombrables espèces et d’équilibres vitaux, notamment ceux liés à la pureté de l’air et de l’eau. Les avertissements des scientifiques comme ceux des populations ne servent à rien face à la volonté de conquête malheureusement aveugle qui anime les chefs des Etats ou ceux des grandes entreprises. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">De nombreux indicateurs scientifiques fiables, largement diffusés par les réseaux d’information, montrent que, depuis quelques décennies, l’action des humains, des technologies qu’ils développent et des superorganismes sociaux qui les déterminent, conduit à des désastres en chaîne. Ceux-ci pourraient provoquer l’effondrement des civilisations sous leur forme actuelle. Ces désastres sont dorénavant décrits et documentés: explosion démographique, épuisement des ressources, destruction de la biodiversité et des écosystèmes, conflits interhumains généralisés. Le dernier rapport de l’OCDE, publié en mars 2008, conduit aux mêmes conclusions, tout en rapprochant à 2030 au lieu de 2050 l’échéance du non retour.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On pourrait qualifier cette marche au désastre de suicide collectif accepté. En effet, comme indiqué ci-dessus, les messages d’alertes sont très nombreux et convergent, mais les humains, à titre individuel ou au sein des superorganismes qui les réunissent, ne veulent pas ou plutôt ne peuvent pas en tenir compte. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Les superorganismes sociaux, armés des technologies de plus en plus efficaces qu’ils développent, sont devenus des machines très puissantes se disputant la maîtrise de l’anthropocène. Chacun d’eux, nous l’avons dit, vise, aussi intelligemment que possible, son intérêt propre, mais ce faisant aucun d’eux n’est capable de prendre en considération la survie de la biosphère mise en danger par leurs stratégies égoïstes. Emportés par la compétition darwinienne, aucun de ces organismes n’est capable, malgré les avertissements des scientifiques et des philosophes, de se réformer pour assurer un développement global bénéficiaire à l’ensemble. Tout se passe comme si la devise de chacun était « Plutôt mourir que se contraindre ».</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ces superorganismes sont en général bien identifiés par la science politique et économique, de même que les processus et procédures grâce auxquels ils fonctionnent en interne et interagissent collectivement. Il s’agit des administrations publiques militaires et civiles (par exemple le <em>Military Industial Congressional Complex</em> aux Etats-Unis), des entreprises grandes ou petites, des groupements d’intérêt divers. On doit y ajouter les Eglises et organisations religieuses, les partis et les groupes de pression multiples. Ils présentent deux faces, une face ouverte et une face cachée. La face ouverte (<em>overt </em>en anglais) est révélée par leurs statuts, leurs politiques de communication et plus généralement leurs comportements visibles. Leur face cachée (<em>covert</em>) est de double nature. Elle découle de structures et comportements maintenus volontairement confidentiels, pour des raisons de compétition stratégique. Mais elle est aussi fonction de déterminismes sous-jacents échappant aux représentants de ces organismes et qui ne pourraient être analysés que par des recherches scientifiques dotées d’outils d’investigation dont elles ne disposent pas encore pleinement. Ainsi les déterminismes génétiques et culturels déjà évoqués plus haut, qui fondent l’attachement au territoire, le rejet de l’autre et les pulsions soit altruistes soit agressives. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous sommes là en présence de systèmes et supersystèmes cognitifs qui, bien que cognitifs, se comportent dans leur compétition comme des mécanismes physiques ou climatiques déterministes, sans modèle de soi suffisamment ouverts pour pouvoir tenir compte d’informations générales concernant l&#8217;état du monde. Ils ne disposent pas de suffisamment d’ouverture sur le monde pour construire des modèles de celui-ci et d’eux-mêmes capables de prendre en considération tous les critères. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Nous venons de rappeler à propos du mythe de Gaïa que, faute précisément de disposer de capacités cognitives, les systèmes non cognitifs naturels, qu’ils soient petits, grands ou à l’échelle de la planète (Gaïa), ne semblent pas capables de résister spontanément aux modifications agressives que leur imposent les systèmes cognitifs. Quant aux SSC scientifiques, ils n’ont pas encore atteint des tailles et des puissances leur permettant de prendre en compte les intérêts globaux que pourtant ils devraient défendre, au lieu de se combattre aux dépends de ces intérêts. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Apparition de supersystèmes cognitifs scientifiques ouverts</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Qu’en est-il des individus composant les SSC ainsi en train de pratiquement se suicider ? Nous pouvons admettre en simplifiant beaucoup que les humains se répartissent en deux groupes. La majorité d’entre eux ne perçoit pas les dangers ou ne juge pas possible d’agir efficacement pour les prévenir. Beaucoup se consolent en pensant qu’une vie meilleure les attendra dans l’au-delà. Une petite minorité par contre essaye d’analyser les déterminismes auxquels ils sont soumis, afin de prendre les mesures les plus aptes à rendre l’avenir meilleur. Ils croient le faire volontairement ou librement. Mais ils sont en fait déterminés par des facteurs bénéfiques pour leur survie qui s’imposent à eux du fait de leurs statuts dans les groupes. Il s’agit notamment des contenus scientifiques et moraux tissant la représentation commune du monde générée par la coopération de leurs cerveaux au sein de ce que nous appellerons pour faire simple la démocratie citoyenne. On peut penser que le développement proliférant spontané des STIC, qui marque l’évolution du monde actuel vers une phase que certains ont appelé la Singularité pourrait favoriser leur regroupement et le renforcement de leurs pouvoirs politiques. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Face aux risques d’effondrement du supersystème non cognitif Gaïa, du fait des compétitions destructrices entre SSC incapables de prendre la mesure des conséquences globales néfastes de leurs agissements, ne verra-t-on pas naître spontanément des mécanismes correcteurs ? Il en est certainement un qui est en train de se mettre en place. La preuve en est que nous en parlons, ceci parce qu’il commence à prendre forme, par un mécanisme de mutation adaptative s’exerçant au niveau de certains SSC (dont font partie l’auteur de cet article comme sans doute la plupart de ses lecteurs). Il s’agit d’une véritable « émergence », celle de la mise en réseau d’un certain nombre de cerveaux et de corps appartenant à des systèmes cognitifs humains individuels ou associatifs profitant du développement spontané, proliférant, des STIC (sciences et technologies de l’information et de la communication). Aucune volonté supérieure n’a décidé de la création de ces réseaux. Il s’agit d’un phénomène évolutif spontané, analogue à la formation d’autres réseaux, tels que les réseaux bactériens, qui profitent eux-aussi, sinon des STIC, du moins des échanges physiques liés à la globalisation. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Ces réseaux de systèmes cognitifs commencent à constituer des SSC transversaux qui se superposent aux réseaux fermés des SSC verticaux. Les systèmes cognitifs individuels qui sont reliés par eux sont comparables aux neurones d’un cerveau global qui s’étendrait progressivement à travers le monde. Même s’ils ne perdent pas les liens verticaux avec le SSC auxquels ils appartiennent, ils acquièrent de nouveaux liens horizontaux entre eux, d’un supersystème vertical à un autre. Les STIC offrent évidemment un terrain favorable au développement de toutes sortes de SSC, qu’ils soient mythologiques ou scientifiques. Les STIC n’offrent donc pas l’assurance que des contenus scientifiques communs pourront se répandre à la surface de Gaïa, pour prendre en compte les intérêts de sa survie. En effet, elles facilitent aussi, comme on le sait, la prolifération de réseaux destructeurs de type terroriste agis par des représentations métaphysiques de monde. En dépit de cette ambivalence, le développement des STIC, accompagné de celui d’autres technologies émergentes, dites aussi nano, bio et cognotechnologies, constitue actuellement le seul facteur perceptible capable de contribuer à la mondialisation d’un SSC fédérateur dont Gaïa serait le corps. Ce facteur serait encore plus efficace si parallèlement les systèmes cognitifs humains changeaient progressivement de nature, adoptant un statut que nous qualifierons pour simplifier de post-humain. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; color: #339999; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong>Des supersystèmes cognitifs post-humains</strong></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Si les SSC verticaux peuvent être dits fermés sur eux-mêmes, les SSC horizontaux qui se créeront spontanément, grâce notamment aux STIC, pourront être dits ouverts, surtout s’ils se réfèrent à des contenus ou modèles scientifiques du monde et d’eux-mêmes. La science, nous l’avons dit, possède en effet la propriété, unique à ce jour sur la planète, d’être inductive, expérimentale, instrumentale, cumulable et collectivisable. Sous ses formes les plus récentes et les plus ambitieuse, elle peut être qualifiée d’hyperscience. Les SSC qui se référeront aux versions les plus ouvertes de cette hyperscience devraient donc pouvoir recruter de nouveaux membres dans toutes les parties du monde. Dans une vision optimiste de cette évolution, on pourrait admettre que s’ouvrirait alors une opportunité évolutive de grande portée. Il s’agirait de la construction du supercerveau qui manquait au supersystème non cognitif Gaïa, le transformant en un ensemble de SSC en symbiose, lequel ensemble serait doté notamment d’une représentation de soi globale. Dans ce cas, on pourrait espérer que cette représentation de soi générerait des hypothèses dont certaines, en cas de succès, pourraient contribuer à la sauvegarde de Gaïa. Les systèmes cognitifs individuels qui participeraient à la fois aux SSC verticaux fermés et au SSC horizontal ouvert pourraient faire remonter au sein des systèmes verticaux des informations relatives aux risques que ces derniers font courir à l’ensemble en refusant de prendre en compte les impératifs de survie de Gaïa. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">On voit que la clef de cette évolution salvatrice limitant les effets d’une compétition aveugle entre SSC verticaux seraient des systèmes cognitifs individuels jouant le rôle de passeurs entre le vertical fermé et l’horizontal ouvert. Ils le feront d’autant plus aisément qu’ils subiront des évolutions leur permettant, sans les nier entièrement, de s’affranchir des adhérences les plus pénalisantes à leurs SSC originels et d’acquérir de nouvelles qualifications les rendant aptes à s’intégrer à des SCC horizontaux ouverts. Concrètement, si ces systèmes cognitifs individuels sont des humains, ils devront les plus pénalisants et archaïques des déterminismes génétiques et culturels qui les enferment dans leurs groupes et les empêchent de s’ouvrir à des perspectives plus larges. Ils devront acquérir de nouvelles propriétés, de type technologiques mais aussi intellectuelles et morales, les rendant aptes à la coopération et à l’invention en réseau ouvert. Autrement dit, on pourrait dire, en reprenant une terminologie de plus en plus utilisée, que ces nouveaux humains devront devenir des post-humains. Ils s’affranchiraient d’un certain nombre des héritages génétiques et culturels des humains traditionnels et pourraient acquérir, grâce aux nombreuses « augmentations » rendues disponibles par l’évolution technologique, de nouvelles capacités fonctionnelles, tant sur le plan des performances physiques que mentales. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Si dans le même temps des systèmes cognitifs artificiels se sont développés et sont entrés en compétition avec les post-humains, il y a tout lieu de penser que cette concurrence aura des effets favorables. Elle pourra prendre la forme de coopérations réussies ou de symbioses unissant les représentants des deux catégories de partenaires, systèmes cognitifs humains d’une part, systèmes cognitifs artificiels d’autre part (sur le modèle de celui proposé par Alain Cardon). Une nouvelle sorte de SSC mixtes, biologiques « augmentés » et artificiels, en résultera, dont les capacités à prendre en compte les intérêts de survie de Gaïa seront considérablement accrues. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">Evidemment, la compétition entre les systèmes biologiques et les systèmes artificiels n’aboutira pas nécessairement à des symbioses favorables. Elle donnera nécessairement lieu aussi à des conflits destructeurs, illustrés dans la littérature de science fiction par le thème des guerres entre robots et humains. Mais par définition, ces conflits étant destructeurs élimineront les systèmes individuels humains ou robotiques incapables de coopérer et laisseront survivre ceux capables de coopérer. Des post-humains augmentés ou des robots humanisés y laisseront la vie. Mais d’autres survivront dotés des qualités conjuguées des uns et des autres. Il n’y aura rien d’original à cela. C’est bien ainsi que, dans le monde biologique ayant dominé la Terre jusqu&#8217;à ces derniers siècles, des espèces vivantes que rien ne prédestinaient à s’entendre ont, de conflits destructeurs en conflits destructeurs, fait apparaître des espèces symbiotiques nouvelles, enrichies des qualités des individus ayant trouvé la voie de la coopération au lieu de celle de la destruction mutuelle. </span></p>
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<div>
<p align="justify"><span style="font-size: x-small; font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif;">© Automates Intelligents &#8211; 25/04/2008</span></p>
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		<title>Le verre est solide ?</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Nov 2007 10:57:23 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le verre est solide A première vue, la consistance du verre ne fait aucun doute, il est bien solide et la question parait bien superflue. Pas tant que ça ! D&#8217;un point de vue physique, cette question soulève pas mal &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/le-verre-est-solide/90">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="3"><strong>Le verre est  solide</strong></font><font color="black" face="Arial"><br />
</font><em><font color="#333333" face="Arial" size="2"><strong>A première vue, la consistance du verre  ne fait aucun doute, il est bien solide et la question parait bien superflue.  Pas tant que ça ! D&#8217;un point de vue physique, cette question soulève pas mal  d&#8217;interrogations.</strong></font></em></p>
<p><font size="3"><strong>Octobre 2007<!--edd_date=071024--><!--date=2007-10-24 00:00--></strong> </font>Partie intégrante de notre quotidien, le verre est loin de nous être si  familier qu&#8217;il n&#8217;y parait. On peut certes le tenir dans la main, s&#8217;appuyer  dessus, y verser un liquide…Les physiciens ne se fient pas à cette apparence  extérieure et l&#8217;étudient minutieusement.</p>
<p class="intertitre"><font color="#ff0000"><strong>Un solide digne de ce nom  ?</strong></font></p>
<table class="bloc-image-grand" style="width: 264px; height: 346px" align="right">
<tr>
<td class="bloc-image" colspan="3">
<p align="right"><img src="http://www.linternaute.com/imprimer/science/magazine/vrai-faux/verre/cristobalite.jpg" /></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td class="bordure-bottomg"><center> </center></td>
<td class="bloc-contenu">
<p class="legende">Au dessus, structure microscopique d&#8217;un cristal ; en        dessous celle du verre. <span class="credit">Photo © Clem Cousi / GNU Free        Documentation License</span></p>
</td>
<td class="bordure-bottomd"><center> </center></td>
</tr>
</table>
<p><font face="Arial" size="2">La texture est parfois bien  trompeuse. Pour répondre à la question posée, il faut connaître physiquement les  caractéristiques de l&#8217;état solide. Qu&#8217;est-ce qui le distingue de l&#8217;état liquide  ? Cette <strong>rigidité</strong> est conférée par les liaisons entre les atomes qui  constituent le matériau. Prenons l&#8217;exemple du diamant : il comprend de nombreux  atomes de carbone. En le &laquo;&nbsp;scrutant&nbsp;&raquo; à une échelle microscopique, on constate que  les atomes sont liés entre eux par de fortes <strong>liaisons dites covalentes</strong>.  Elles sont complétées par des <strong>liaisons ioniques</strong> qui rattachent deux pôles  opposés (par exemple le sodium, Na+ et le chlore, Cl-). Cet ensemble constitue  un maillage fort d&#8217;où cet aspect dur et rigide. Autre point, les atomes sont  disposés dans l&#8217;espace de manière<strong> régulière</strong> et <strong>ordonnée</strong> ; comme  dans la figure ci-contre (au dessus). Le solide présente une <strong>structure  hexagonale</strong>, en nids d&#8217;abeilles.<br />
Et bien chez le verre, il n&#8217;en est rien.  Regardez la figure juste au dessous. Ces atomes sont répartis spatialement de  manière complètement anarchique. Les distances qui les séparent sont  irrégulières. Dans ce cas, le verre présente une structure proche d&#8217;un liquide.</font></p>
<p class="intertitre"><font face="Arial" size="2">Pas si liquide que ça</font></p>
<p><font face="Arial" size="2">Si les physiciens ne se fient qu&#8217;à sa structure microscopique, le verre a  tout d&#8217;un liquide. Difficile à croire car tout liquide qui se respect  <strong>coule</strong>. Or, le verre en est loin. Certains pourtant estiment que cet  écoulement s&#8217;opère également chez lui. Comment ? A regarder de plus près les  vitraux épais des cathédrales ou encore de simples carreaux, on peut observer un  <strong>épaississement</strong> au bas de la fenêtre. Les premières conclusions sont  d&#8217;ores et déjà tirées : le verre s&#8217;épanche bien.<br />
Cette explication est vite  réfutée par les spécialistes du verre. Ils justifient cette observation par la  méthode employée pour la <strong>confection</strong> des carreaux ou vitraux. Pour autant,  en regardant à nouveau les propriétés due verre, les scientifiques constatent  qu&#8217;en dessous de la<strong> température de fusion</strong>, température à laquelle le  matériau passe d&#8217;un état solide à un état liquide, le verre présente un état  n&#8217;ont pas cristallisé mais <strong>surfondu</strong>. Cette phase est la <strong>transition  vitreuse</strong>. A ce moment, il présente une <strong>viscosité </strong>importante et une  certaine aptitude à &laquo;&nbsp;couler&nbsp;&raquo;. Pour être plus exact, le verre <strong>flue</strong>.  L&#8217;écoulement peut en effet s&#8217;effectuer mais il faut des centaines et des  centaines d&#8217;années voire même plus pour observer ce phénomène. A l&#8217;échelle  humaine, il est impossible de le vérifier.</font></p>
<p><font face="Arial" size="2">Bilan : le verre n&#8217;est ni liquide, ni solide ; son état est intermédiaire.  Les physiciens le qualifient de <strong>matériau amorphe</strong>. Mais le verre continue  toujours d&#8217;intriguer et est une des énigmes de physique non résolues à l&#8217;heure  actuelle.</font></p>
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		<title>Bien public, bien privé</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Oct 2007 15:27:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cento</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[état]]></category>
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		<category><![CDATA[société]]></category>

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		<description><![CDATA[Encore un extrain d&#8217;article que je trouve très interessant. http://www.alternatives-economiques.fr/les-mots-du-developpement-durable_fr_art_47_4868.html Lorsque l&#8217;être aimé se montre volage, son amour pour vous diminue. Mais lorsque la mère donne naissance à un nouvel enfant, son amour pour le précédent ne se réduit pas. &#8230; <a href="http://www.notrefumier.fr/bien-public-bien-prive/79">Continue reading <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Encore un extrain d&#8217;article que je trouve très interessant.</p>
<p><a href="http://www.alternatives-economiques.fr/les-mots-du-developpement-durable_fr_art_47_4868.html">http://www.alternatives-economiques.fr/les-mots-du-developpement-durable_fr_art_47_4868.html</a></p>
<p>Lorsque l&#8217;être aimé se montre volage, son amour pour vous diminue. Mais lorsque la mère donne naissance à un nouvel enfant, son amour pour le précédent ne se réduit pas. C&#8217;est toute la différence entre bien privé et bien public: le fait de partager avec un autre la même affection réduit mon bonheur (ou mon utilité, dans le jargon des économistes) dans le premier cas, mais pas dans le second. La paix est un bien public parce que le fait pour moi d&#8217;en jouir ne réduit en rien la capacité des autres à en bénéficier aussi; la voiture est un bien privé parce que je roule d&#8217;autant mieux qu&#8217;il y a moins de voitures.</p>
<p>Le bien public est non rival &#8211; le fait que l&#8217;autre en bénéficie ne réduit pas mon utilité &#8211; et non exclusif &#8211; le fait de partager le même bien n&#8217;en réduit pas la qualité et l&#8217;intérêt. Le climat est un bien public, tout comme la biodiversité, une monnaie commune et stable, l&#8217;urbanisme, la formation ou l&#8217;Etat de droit. Mais ces biens publics ne tombent pas du ciel: ils résultent de règles, d&#8217;efforts, de compromis, d&#8217;interdits ou d&#8217;obligations, dont la justification est précisément qu&#8217;ils engendrent des effets bénéfiques pour tous.</p>
<p>Hélas, les biens publics mondiaux ont du mal à émerger ou à être préservés lorsqu&#8217;ils existent et sont menacés (la biodiversité, le climat&#8230;), parce qu&#8217;il n&#8217;existe pas de gouvernement mondial. Il faut donc s&#8217;en remettre à la sagesse des hommes et des institutions internationales, publiques ou privées. Ce qui, on le constate tous les jours, n&#8217;est pas gagné, car chaque groupe ou chaque nation, dans cette affaire, tend à refiler aux autres la charge de l&#8217;effort, de la contrainte ou des obligations.</p>
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