Du bon usage du cannibalisme

Pour rester sur le sujet des pauvres, je vous propose un peu d’humour irlandais.

Le monde diplomatique m’a fait découvrir un texte satirique de Jonathan Swift , l’auteur des voyages de Gulliver, intitulé : »A Modest Proposal: For Preventing the Children of Poor People in Ireland from Being a Burden to Their Parents or Country, and for Making Them Beneficial to the Public » que l’on peut traduire par « Humble proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public ».

L’idée est fort simple. Dans une Irlande du XIX siècle qui souffre de la famine, Swift propose aux Irlandais pauvres d’élever leur enfants pour en faire de la viande de boucherie.
Mais ma présentation est bien trop brutale par rapport à son texte dont je vous livre quelques extraits.

Pour ma part, j’ai consacré plusieurs années à réfléchir à ce sujet capital, à examiner avec attention les différents projets des autres penseurs, et y ai toujours trouvé de grossières erreurs de calcul. Il est vrai qu’une mère peut sustenter son nouveau-né de son lait durant toute une année solaire sans recours ou presque à une autre nourriture, du moins avec un complément alimentaire dont le coût ne dépasse pas deux shillings, somme qu’elle pourra aisément se procurer, ou l’équivalent en reliefs de table, par la mendicité, et c’est précisément à l’âge d’un an que je me propose de prendre en charge ces enfants, de sorte qu’au lieu d’être un fardeau pour leurs parents ou leur paroisse et de manquer de pain et de vêtements ils puissent contribuer à nourrir et, partiellement, à vêtir des multitudes.

Nos marchands m’assurent que, en dessous de douze ans, les filles pas plus que les garçons ne font de produits négociables, satisfaisants et que, même à cet âge, on n’en tire pas plus de trois livres, ou au mieux trois livres et demie à la Bourse, ce qui n’est profitable ni aux parents ni au royaume, les frais de nourriture et de haillons s’élevant au moins à quatre fois cette somme.

je porte donc humblement à l’attention du public cette proposition : sur ce chiffre estimé de cent vingt mille enfants, on en garderait vingt mille pour la reproduction, dont un quart seulement de mâles – ce qui est plus que nous n’en accordons aux moutons, aux bovins et aux porcs -, la raison en étant que ces enfants sont rarement les fruits du mariage, formalité peu prisée de nos sauvages, et qu’en conséquence un seul mâle suffira à servir quatre femelles. On mettrait en vente les cent mille autres à l’âge d’un an, pour les proposer aux personnes de bien et de qualité à travers le royaume, non sans recommander à la mère de les laisser téter à satiété pendant le dernier mois, de manière à les rendre dodus et gras à souhait pour une bonne table. Si l’on reçoit, on pourra faire deux plats d’un enfant, et si l’on dîne en famille, on pourra se contenter d’un quartier, épaule ou gigot, qui, assaisonné d’un peu de sel et de poivre, sera excellent cuit au pot le quatrième jour, particulièrement en hiver.

On trouvera de la chair de nourrisson toute l’année, mais elle sera plus abondante en mars, ainsi qu’un peu avant et après, car un auteur sérieux, un éminent médecin français, nous assure que grâce aux effets prolifiques du régime à base de poisson, il naît, neuf mois environ après le Carême, plus d’enfants dans les pays catholiques qu’en toute saison ; c’est donc à compter d’un an après le Carême que les marchés seront le mieux fournis, étant donné que la proportion de nourrissons papistes dans le royaume est au moins de trois pour un ; par conséquent, mon projet aura l’avantage supplémentaire de réduire le nombre de papistes parmi nous.

D’un coeur sincère, j’affirme n’avoir pas le moindre intérêt personnel à tenter de promouvoir cette oeuvre nécessaire, je n’ai pour seule motivation que le bien de mon pays, je ne cherche qu’à développer notre commerce, à assurer le bien-être de nos enfants, à soulager les pauvres et à procurer un peu d’agrément aux riches. Je n’ai pas d’enfants dont la vente puisse me rapporter le moindre penny ; le plus jeune a neuf ans et ma femme a passé l’âge d’être mère.

Si vous voulez lire ce texte assez court dans son intégralité en français : ici

Comme bouquet final, je vous propose cette adaptation en vidéo dans une version actuelle:


Proposition de manger les enfants par ferdy29

 POUR RAPPEL :

A l’heure actuelle, 6 nourrissons sur 100 n’atteignent pas leur premier anniversaire, et 8 enfants, sur 100 survivants, meurent avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans. D’ici à 2025, 2 milliards d’êtres humains vont venir grossir la population mondiale. La quasi-totalité d’entre eux (environ 97 %) naîtront dans les pays pauvres du Sud et connaîtront une enfance misérable avec de graves carences en matière d’alimentation, d’eau potable, de logement, d’éducation et de santé.

Déjà publié le 16 March 2012

À propos de job

Job assis sur son fumier
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2 réponses à Du bon usage du cannibalisme

  1. Belbo dit :

    C’est Soleil vert ! 😉

  2. Cento dit :

    Nan dans soleil vert ils mangent des vieux tout rabougris, alors que là c’est de la chair bien tendre à souhait 😛 !
    Mais peut-être qu’ils le font déjà dans certain pays ais n’en parlent pas… pourtant ça ferait un bon sujet de reportage au 20h d’une certaine chaîne télé ça 😉 !

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