A quelles conditions la critique de la démocratie est-elle légitime?

Allez-vous choisir l’empire efficace ou bien la démocratie inefficace?

http://www.franceculture.com/emission-du-grain-a-moudre-a-quelles-conditions-la-critique-de-la-democratie-est-elle-legitime-2010-

Emission en partenariat avec la revue Books
La démocratie renvoie à deux réalités distinctes. Et peut-être même à trois. Etymologiquement, la démocratie c’est d’abord un mode d’organisation des pouvoirs (un peuple qui se gouverne lui-même selon des procédures à préciser : la souveraineté populaire). Ensuite, c’est un mode d’exercice du pouvoir qui, par des techniques diverses, garantit les droits subjectifs des individus ; en particulier, il protège les citoyens contre l’arbitraire et les abus auxquels tend spontanément tout pouvoir (la liberté). Enfin, la démocratie est aussi un régime social dont l’idéal régulateur est l’égalité – ce à quoi renvoie l’expression « démocratiser ».
La démocratie – quelle que soit la définition que l’on retienne et il en est d’autres – a toujours fait l’objet de critiques. On lui reproche, comme Platon dans La République, de flatter la plèbe au détriment des hommes sages et raisonnables. On lui impute la médiocratie des goûts et des mœurs, l’égoïsme et l’absence de sens civique, comme Tocqueville. On l’accuse de diviser la société et ainsi d’affaiblir l’Etat. On la soupçonne d’être incapable d’effort prolongé, notamment dans le domaine diplomatique et guerrier. On veut y voir un simple théâtre d’ombres, derrière lequel, quelques individus appartenant aux élites sociale miment l’affrontement, comme Vilfredo Pareto. On la soupçonne d’être corrompue et de protéger les intérêts des riches.
Voilà pour les critiques classiques. Mais il en vient toujours de nouvelles. Et voici quelques unes des plus récentes : la démocratie nourrit les haines ethniques et expose les minorités à la revanche des peuples majoritaires, lorsqu’elle est instaurée de manière trop brutale et précoce, avertit Amy Chua, dans « Un monde en feu ». La démocratie représentative est enfermée dans le cadre des Etats-nations, alors que les défis – climat, épuisement des ressources, finance, terrorisme, etc. – sont planétaires ; puisqu’elle elle n’est plus adaptée, il faut la remplacer par des gouvernances régionales, comme l’Union européenne, voire mondiale. Ou encore, pour citer John Gray, dans Books du mois dernier : « La majorité des gens veulent avant tout des gouvernements qui assurent une protection efficace de leurs intérêts, la démocratie n’est que l’un d’eux. Ils lui accordent une valeur instrumentale, plutôt qu’une valeur en soi. »
Invité(s) :
Chantal Delsol, professeur de philosophie à l’université de Marne-la-Vallée Directrice du Centre d’études européennes
Jean-Marie Donegani, professeur à Sciences po et Directeur de la revue Raisons politiques
Blandine Kriegel, philosophe Professeur émérite des universités Ancienne présidente du Haut Conseil à l’Intégration
Olivier Postel Vinay, directeur de la rédaction et de la publication du magazine Books

Déjà publié le 23 November 2010

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